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Le secret de la femme en noir


" (...) Je n'oublierai jamais les anciens jours d'amitié et d'intimité avec lui, alors que je posais pour lui et que son esprit si charmant me tenait en éveil pendant ces longues heures."




Berthe Morisot : Le Secret de la femme en noir 
Dominique Bona
Le Livre de Poche 
Octobre 2002 
378 pages
ISBN ‏ : ‎ 978-0820417967

La nuit...


Les arbres parlent la nuit

Tous les hiboux les écoutent

Ils renversent sur leurs plumes

L'encre sombre des poètes,

Et dessinent de leurs ailes

Aux couleurs charbonneuses, 

Des rêves noirs dans le ciel.

En français dans le texte

Voyageuse immobile, j'aimerais vivre un conte d'été Rohmerien, et me perdre dans ces égarements passagers - mais denses - d'une introspection poétique surannée.

Eaux étranges

Le soleil d'hiver commence à baisser, créant des reflets sur l'étang qui éblouie le marcheur. 
Rêveur.

Puis une photo comme souvenir, et une forme apparait au-dessus des eaux étranges. 
Mystère.

"Les rêves, c'est rien que des mensonges"

Sandrine Collette est devenue l'une des grands auteurs du thriller français, sinon la première. Mais je ne suis pas là pour vous faire un classement, et parlons plutôt de ses livres, en particulier de son roman post-apocalyptique Et toujours les forêts, paru chez Jean-Claude Lattès, en janvier dernier. 
Je n'avais pas voulu lire le pitch de l'histoire, préférant découvrir, à mesure de la lecture, le sujet de ce roman. Le titre laisse songeur, et rappelle d'autres titres de ses livres (1), comme une continuité certes, mais en abordant plus concrètement ce thème de plus en plus utilisé chez les écrivains français actuels (il était temps depuis Barjavel ou Robert Merle) : le monde post-apocalyptique. 

Le sujet est d'actualité ! N'avons-nous pas basculé il y a quelques mois dans un pathétique Nouveau Monde ? Mais revenons à nos forêts. 

Sandrine Collette préfère vivre loin des villes, et c'est dans le Morvan qu'elle a choisi de s'installer. On retrouve dans tous ses romans, son attrait pour les grands espaces, la campagne perdue, la forêt profonde, sans oublier la mer et les coteaux de vignes. Dans des histoires ancrées dans une réalité âpre, les personnages basculent souvent dans une sorte de conte "moderne"(2), où la fiction bascule, sans que l'on s'y attende, dans une étrangeté tragique. 


Il était une fois, Corentin, un enfant traîné de foyer en foyer depuis son enfance, avant que sa mère (jeune femme volage qui aura en phrase d'adieu : «File, merde.») revienne le chercher pour l'abandonner aussitôt à Augustine, une arrière grand-mère un peu lugubre qui habite le hameau où il est né. La vie triste de Corentin prend un nouveau chemin dans cette vallée isolée au cœur des forêts, mais grâce à Augustine, il reçoit enfin un peu d'amour et de l'éducation, puis la Grande Ville l'appelle pour y faire des études supérieures. Corentin découvre les soirées enfumées aux conversations alcoolisées, aux fêtes et aux amourettes mornes. Ni lui, ni ses amis étudiants, ni personne ne voit le monde tel qu'il est : une terre meurtrie au climat devenu hostile. Le monde implose durant une nuit qui ressemble pourtant à tant d'autres, mais où il ne restera plus rien. Le monde s'est éteint, mais Corentin a survécu par miracle, coincé avec ses amis dans les catacombes où ils faisaient la fête. Quand ils découvrent la désolation autour d'eux, chacun décide de partir de son côté dans l'espoir de retrouver les siens. Corentin, resté seul parmi les cadavres et les vestiges de la Grande Ville, est déterminé à retrouver Augustine. Il prend alors la décision de longer les voies du chemin de fer pour rejoindre les Forêts à pieds. 

On pense bien évidemment au roman de Cormac McCarthy, La Route. Mais c'est bien la plume de Sandrine Collette que l'on retrouve dans Et toujours les forêts. Dans ce roman, les personnages doivent trainer l'histoire tragique de leur famille (ce fil rouge que l'on retrouve dans tous les romans de l'auteur) tout en devant se battre - en même temps que la Nature - pour survivre dans un monde éteint, où la violence des derniers hommes est d'autant plus exacerbée qu'elle a dû repousser la frontière entre l'humanité et l'animalité. Cette Nature, où les arbres dépouillés de tout feuillage sont devenus aussi noirs que l'espoir de Corentin, où le ciel gris ne fait plus passer aucune lumière, où seul le silence oppressant règne... et la peur en permanence. 
La survie d'un chiot aveugle trouvé dans sa pérégrination retient Corentin à ce monde figé dans la flétrissure, et puis il y a Augustine, qui l'attend depuis ce jour où il est parti pour la Grande Ville. Dans cette quête éperdue de survie dans un monde de solitude, Corentin veut voir la vie dans le moindre brin d'herbe dont la pâle verdeur balbutiante contraste avec la noirceur qui règne partout et dans ces petites formes étranges et grises qui s'agitent dans les rivières croupissantes. 

Et toujours les forêts conte une histoire prenante, dont le style cinématographique (3) ne fait jamais l'impasse sur la poésie déchirante d'une Nature quasi mystique, et personnage à part entière du roman.

L'espoir est là malgré tout, qui subsiste dans ces forêts mortes. Les jours et les années passent amenant des heures interminables de rudesses pour Corentin, mais l'expérience de son enfance meurtrie par une mère indigne, lui a permis de se modeler un caractère salutaire pour s'adapter à ce destin sinistre. Dans une nature mortifiée, Corentin va réussir à se créer une famille, où les sentiments seront forcés au départ, faisant fi de tout sentimentalisme évidemment hors de propos dans un monde apocalyptique, mais où peu à peu, telle une nature renaissante, l'harmonie et l'espérance gagneront. 

Et toujours les forêts reste avant tout une histoire de résilience sur fond d'apocalypse à la française

Le roman a obtenu de nombreux prix :  Prix de la Closerie des Lilas 20204,5, Grand prix RTL-Lire 2020, Prix du Livre France Bleu - Page des Libraires, ainsi que le prix Amerigo-Vespucci. 


Quelques citations :

Ce fut la fin du monde et ils n'en surent rien. Il regardait les Forêts et cela lui faisait penser à un dessin à l’encre de Chine, cela lui faisait penser à des squelettes que quelqu’un aurait peints en noir avec la régularité et l’acharnement d’un être malade.  

Quand il s’agit de survivre, on trouve en soi des ressources insoupçonnées, des forces impossibles. Quand il s’agit de survivre, on ne trébuche pas : on ne tombe qu’au dernier moment.  

S'il n'y avait plus d'étoiles. Il n'y avait plus à perdre son regard dans le ciel, il n'y avait plus de quoi rêver.

Les rêves, c'est rien que des mensonges. 

(1) Le roman Un vent de cendres paru chez Denoël en 2015, renvoie lui-aussi avec son titre à une atmosphère de désagrégation naturelle. Son roman paru en 2014, Il reste la poussière, baigne de même dans une ambiance crépusculaire et aride. Le titre de son livre Les larmes noires sur la Terre sorti en 2017, est très évocateur d'un contexte de fin du Monde, où règne la désolation. 

(2) Dans Un vent de cendres Sandrine Collette transporte le conte La Belle et la Bête, dans le vignoble champenois. 

(3) Espérons la préparation à venir d'un film (une série dirons-nous dorénavant) prochainement ! 

Titre : Et toujours les forêts 
Auteur: Sandrine Collette 
Éditeur: JC Lattès 
Genre: Roman 
Année : 01/2020 
Pays: France
ISBN : 9782709666152

Tout ça pourquoi ?

En ces périodes statiques, où nous n'avons plus qu'un seul loisir celui de consommer à outrance (le temps que le grand reset mondial soit terminé ?), alors quoi de mieux que lire un bon roman dans son texte intégral, (On a encore la possibilité de le faire, donc profitez-en) qui nous transportera dans un monde, où l'on pouvait encore se déplacer libre dans de grandes étendues sauvages.*

Je vous propose une évasion garantie avec le roman épique de l'écrivain américain Edward Abbey : Le Gang de la clef à molette (The Monkey Wrench Gang) qui date de 1975.


Quatre américains au caractère bien trempé se rencontrent au hasard d'une expédition au Colorado, où ils entreprennent de descendre les rapides en rafting. Un mormon polygame et mélancolique, un vieux chirurgien accompagné d'une jeune hippie aussi déjantée que sublime et un ancien du Vietnam, alcoolique, armé jusqu'aux dents. Leur point commun, en plus de leur folie douce : l'amour de la liberté et des grands espaces sauvages américains. Ils décident de se revoir, non pas pour de nouvelles balades, mais pour organiser une lutte acharnée contre les grandes firmes industrielles qui s'implantent dans tout le désert de l'Ouest américain. Ils commencent alors à saboter les chantiers, où règnent de monstrueux engins de constructions, armés de leurs simples clefs à molette. Le périple de ces quatre pieds nickelés commence quand ils se mettent à planifier la destruction des ponts et des mines de charbons qu'ils croiseront sur leur chemin. Le projet téméraire sera financé par le médecin du groupe, qui valse entre les opérations chirurgicales et les sabotages séditieux. Grisés par leurs premiers succès, ils décident d'abandonner leur clefs à molettes pour passer aux explosifs. Mais ces justiciers aussi attachants qu'incontrôlables vont voir alors la police et tout l'état de Californie se mettre à leur trousse. Devenus hors-la-loi, cachés dans les immenses canyons vertigineux, mais protégés par les connaissances topographiques du mormon. ils ne feront plus qu'un avec les rudes paysages, où les bêtes sauvages deviendront les seuls spectateurs de leur projet suicidaire.

La psychologie de chaque personnage est bien décrite, ce qui rend leurs motivations crédibles. George Hayduke, l' ancien béret vert spécialiste des explosifs est le personnage le plus captivant, son caractère bourru de brute mal dégrossi contraste avec la jeune et fluette Bonnie, à la beauté provocante, dont il tombera forcément amoureux. Dans le vaste désert de l'Utah, ces deux êtres que tout oppose feront exploser aussi bien les voies ferrées qu'une vaine passion.

A travers la longue traque dans le Grand Canyon de ces "touchants terroristes en herbe", Edward Abbey, fervent écologiste avant l'heure, dénonce dès 1975, dans un style impeccable et dans un rythme effréné, les ravages du monde industriel moderne, où le capitalisme s'insurge jusque dans le désert. Les descriptions techniques et les cavalcades effrénées se mêlent à la magnificence des paysages décrits dans une poésie subtile. Son hommage à la nature sauvage écrit il y a plus 45 ans, fait de ce roman épique, peu connu du grand public actuel, une référence qui peut dérouter pendant les premières pages par la profusion des détails techniques complexes, mais on se laisse vite emporter par la folie douce de ces personnages en marge, qui malgré leurs nombreuses "tares", ont conscience du danger couru pour la planète. Le caractère de chaque personnage est bien décrit, ce qui rend leurs motivations crédibles. La subtilité est telle que l'auteur va jusqu'à montrer ses personnages jeter leurs canettes vides au fond d'un canyon, participant eux-aussi aux ravages écologiques qu'ils combattent.

Un polar burlesque qui peut dérouter (en particulier les jeunes lecteurs peu habitués à se rebeller) par son ambiguïté tant l’insurrection y est célébrée, mais sa profondeur subtile rend cette histoire subversive puissante, et devient alors une référence pour les générations militantes écologistes actuelles, et réveille aussi nos consciences.


Edward Abbey (1927–1989)

Edward Abbey fait de son roman un véritable road trip dans l'Ouest Américain, qui se transforme par moment en western surréaliste avec ses lents duels épiques, où les personnages écrasés par la chaleur et la poussière aride du désert s'affrontent dans une lutte utopique. L'humour parsemée dans tout le roman évite par contre de sombrer dans la noirceur que l'on retrouve tout au long de cet autre chef-d'œuvre (mais celui-là cinématographique) : Délivrance de John Boorman, fervent écologiste lui-aussi qui dénonçait, trois ans plus tôt, les ravages de la grande industrie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord.

Edward Abbey a été un véritable visionnaire écologiste, dont le combat pour la sauvegarde des milieux naturels fut officiellement reconnu aux Etats Unis. Il reste encore à ce jour un auteur à découvrir pour cette fable chimérique mais salutaire (et toute son œuvre complète), où se mêlent avec grâce et subtilité, l'insolence, le rire et l'angoisse, mais aussi l'implacable spectacle de l'agonie d'une somptueuse nature ravagée par la course à la surconsommation et la culture intensive provoquant l'épuisement irrémédiable de nos ressources naturelles.

* Et sans avoir à respirer dans un masque chirurgical, pensez-donc !


bnf.fr



Il était une légende...

En 1977, Ridley Scott réalise son premier long métrage : The Duellists (Durant 15 ans, deux hussards se poursuivent et s’affrontent en duel à cause d’une simple brouille). Très impressionné par la magnificence des paysages français où il tourne la plupart des scènes de ce film, le réalisateur britannique plus habitué au tournage de films complexes (Blade Runner, Alien) destiné à un public restreint, commence à envisager l’idée d’un film mettant en scène un univers totalement imaginaire, racontant une mythologie plus accessible au « grand public ». Il fait appel au romancier William Hjortsberg afin que celui-ci ébauche un scénario inspiré d’un sujet universel, lié aux souvenirs d’enfance : le conte de fée. 

Dans une forêt enchantée aux arbres immenses et magnifiques, divers personnages et animaux vivent en harmonie avec des créatures fabuleuses (lutins, elfes et autres farfadets). Tous les habitants de la forêt vivent heureux grâce à la protection d’un couple de licornes sacrées. Mais le danger menace : Darkness, le seigneur des Ténèbres (incarné par Tim Curry himself !) attend, caché dans les entrailles de la terre, son heure… Lily, une toute jeune et belle princesse, va provoquer, à cause de son insouciance, la mort d’une des licornes et réveiller les forces du mal. Le fragile équilibre du monde de la lumière bascule alors. La forêt et ses habitants se figent dans une glaciation soudaine. La princesse Lily (Mia Sara, Timecop) aidée de son ami Jack (Tom Cruise alors acteur débutant) et de Gump (l’incroyable David Bennent mais sans son Tambour), lui-même secondé d’une fée clochette au fichu caractère, décident d’affronter Darkness dans son propre royaume voué au mal. 


Legend, comme Dark Crystal ou Le Seigneur des Anneaux, raconte la quête éternelle du héros au cœur pur et au courage sans faille affrontant les forces du mal pour rétablir l’ordre du monde. Ce scénario n’a bien sûr rien de révolutionnaire. Par contre, la réalisation maîtrisée et minutieuse, ainsi que la conception visuelle de la forêt enchantée et du royaume des ténèbres font de Legend une première dans l’histoire du cinéma et un film unique où le conte de fée de notre enfance prend forme devant nos yeux. 

Tous les décors ont été entièrement reconstitués dans les studios anglais de Pinewood. Ainsi, la forêt et tous ses immenses arbres ont occupé pas moins de six plateaux dont le fameux « oo7 stage » (créé uniquement pour les films James Bond). Point d’effets numériques pour les effets spéciaux de Legend ! Les rayons de lumière que filtrent les feuilles des arbres majestueux semblent émaner de véritables rayons du soleil. Pourtant ce sont d’immenses projecteurs qui font office de source solaire ! Mais c’est pourtant bien la vie qui émane de cette forêt (personnage principal du film). Le souffle d’un vent léger fait s’agiter les feuillages d’un vert tendre, le frémissement d’une mousse épaisse et fraîche invite les habitants à se reposer au pied d’un tronc millénaire, le bourdonnement des insectes se mêlant au pollen virevoltant dans l’air frais, accompagne les chants d’oiseaux multicolores. Grâce à un tel contrôle de l’environnement végétal (impossible dans des décors naturels), l’univers propre aux contes de fée prend vie, renforcé par la présence d’animaux réels : loups, biches, lièvres, grenouilles, vers luisants, oiseaux… (et licornes, cqfd). C’est ce qui fait la différence avec les films de Jim Henson (Labyrinth, Dark Crystal) où toutes les créatures sont issues de l’imaginaire Fantasy, voir même burlesque pour Labyrinth. D’ailleurs Ridley Scott dira à l’époque, qu’ « au départ, le film se voulait une célébration de la nature. » 

La représentation du royaume de Darkness est d’autant plus sombre que la forêt est merveilleuse. Les colonnes immenses aux sculptures démoniaques soutenant les voûtes du château maléfique terré dans les entrailles de la forêt rendent l’impression d’un monde aussi immense que celui de la Lumière. La cuisine dont l’âtre de la cheminée ressemble plus à une gueule béante crachant des flammes (de l’enfer !) grouille d’ogres cuisiniers affairés aux repas du Malin, sous le regard terrifié des prisonniers destinés à finir dans les plats. Toute cette richesse picturale permet à Ridley Scott de mettre en scène à l’échelle réelle un monde aussi féerique que démoniaque. 


De nombreux personnages au caractère bien défini et autres créatures peuplent ce monde de légendes : Darkness est le personnage le plus représentatif de la créativité et de l’originalité de ce film. L’acteur Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show) met la subtilité de son jeu ainsi que sa voix puissante au service du rôle et, malgré l’impressionnant maquillage qui le recouvre entièrement, Tim Curry donne au seigneur du mal une dimension terrifiante et majestueuse, inspirée principalement par le diable de Fantasia. Sublime ! Toutes les créatures qui font du conte de fée la plus merveilleuse des histoires à raconter (et à voir grâce à Ridley Scott) n’ont pas été oubliées : les méchants ogres et autres inquiétants Gobelins, les lutins, les elfes et farfadets, la curieuse créature Gump, judicieusement incarné par David Bennent, au corps juvénile, dont le regard et le sourire semblent pourtant si mystérieux et inquiétant, les gracieuses licornes (deux magnifiques chevaux d’un blanc immaculé) et bien sûr la princesse et son fidèle et courageux ami prennent vie dans cet univers aux décors naturels et pourtant magiques si minutieusement reconstitués. A noter la puissante et envoûtante musique de Jerry Goldsmith (dans la version européenne du film), ainsi que les maquillages spécialement conçus pour ce film par Rob Bottin (Robocop, Fight Club). Même si l’histoire et les personnages restent très manichéens,

Legend est un film qui a traversé le temps sans prendre aucune ride, restituant parfaitement l’univers merveilleux et inquiétant des contes de fée.


Réalisation : Ridley Scott
Scénario : William Hjortsberg
Décors : Leslie Dilley et Assheton Gorton
Costumes : Charles Knode
Photographie : Alex Thomson
Musique : Jerry Goldsmith (version européenne), Tangerine Dream (version américaine)
Pays d'origine : Royaume-Uni, États-Unis
Genre : fantasy
Durée : 125 minutes et 94 minutes (version internationale), 114 minutes (director's cut)
Sortie le 13 décembre 1985

Tiembla ante la Santa Inquisición, el libertino joven cinéfilo que eres !

La Révolte des morts-vivants ou La Noche del terror ciego, puis renommé plus tard La Noche (1), est le premier opus d’une série de films d’horreur débutée en 1971, opus appelé aussi La saga des Templiers, comprenant quatre épisodes écrits et réalisés par le réalisateur espagnol Amando de Ossorio.
Ces templiers morts-vivants font partis des rares mythes du cinéma fantastique ibérique, avec L'Horrible Docteur Orlof de Jesús Franco en 1962 et le loup-garou de Paul Naschy (Les Vampires du Dr Dracula, 1968) qui perdurent dans la mémoire du cinéphage. Le cinéma espagnol, plus connu dès les années 30 pour sa tradition surréaliste avec les œuvres de Luis Bunuel, voit apparaître, durant le régime franquiste déclinant du début des années 70, un nouveau genre incitant les spectateurs de l’époque, embourbés dans une société aseptisée, à se tourner vers un autre cinéma : le Fantaterror : un cinéma fantastique fauché, où monstres, érotisme et gore soft faisaient un cocktail bienvenue, exorcisant la soumission d’un peuple face à un Général Franco vieillissant. Au début des années 70, El Caudillo n’était-il pas, après tout, la parfaite incarnation du vampire décrépi ? 
Ce sous-genre cinématographique, atypique sous une ère de dictature, perdura toute une décennie. 

Des chevaliers de l’ordre du Temple, devenus cavaliers morts-vivants après avoir eu les yeux brûlés (Merci la Sainte Inquisition !), ont jeté leur malédiction sur un village du Portugal. Depuis, chaque nuit, les Templiers sortent de leurs tombes près des ruines de leur château pour hanter les vivants sous l’apparence de squelettes putréfiés, chevauchant inlassablement les plaines sur leurs montures fantômes. Une nuit, ils sont réveillés par Virginia, une jolie jeune femme, perdue dans la plaine et légèrement vêtue (sic). Roger son fiancé et une de leur amie recherchent la jeune femme, mais le fiancé se fait bien vite massacrer par les Templiers, tandis que Virginia, devenue vampire, meurt brûlée. Leur amie Betty, seule rescapée des ruines maudites, réussit à monter dans le train qui traverse la plaine déserte, mais les Templiers zombies se sont agrippés au dernier wagon... 


Durant la dictature franquiste, la censure (forcément inévitable, écrirait une certaine Marguerite D.) tolérait les films fantastiques de facture classique ; ainsi dans les années 60, Jésus Franco, réalisateur phare du genre gothique espagnol, réalisait des films fantastiques tel que son Dr Orloff, puis au fil des années, il se mit à tourner des films bien plus sulfureux comme Justine en 1969 ou Les cauchemars naissent la nuit en 1970, installant judicieusement, malgré le lourd contrôle de la production cinématographique, la prédominance de « l’horreur sadomasochiste » sur le « fantastique », ce qui donna l’idée originale et atypique à Amando De Ossorio en 1971 d’un tout nouveau style de créatures horribles : des templiers zombies. Afin de ne pas subir des coupes en tout genre (à cause de scénarios subversifs ou de scènes trop osées), voire un refus d’exploitation en salle, beaucoup de films de genre se cachaient derrière l’étiquette coproduction internationale. Les noms des personnages et des acteurs étaient toujours anglo-saxons, donnant un cachet hollywoodien aux films locaux. Ainsi, Amando de Ossorio, pour déjouer la censure, fit tourner ses Templiers dans une coproduction portugaise, et pouvant donc critiquer à son aise le régime franquiste. 
Le budget très limité donne au film de De Ossorio un aspect kitsch (les subventions de l’état allant de toute façon en priorité au cinéma de patrimoine). Son succès en salles lui permis de créer une saga, chacun des films devenant une sorte de remake perpétuel du premier. Avec cette saga horrifique, l’âge d’or du Fantaterror battra son plein pendant toutes les années 70, telle une métaphore cinglante (sanglante ?) d’une Espagne à la dérive, étouffée par un conservatisme extrême : les templiers sanguinaires et puritains évoquant le Général Franco et ses amis ecclésiastiques. 
Ce cauchemar gothique (car il y a bien un aspect gothique avec ces Templiers, mais nous y reviendrons plus tard), et gore à la fois, renvoie le spectateur de l’époque à ses craintes ancestrales. De Ossorio rappelle ainsi une époque sombre de l’Espagne en évoquant la légende des Templiers du Moyen-Age : l’ordre religieux et militaire qui protégea les pèlerins en route pour Jérusalem durant la Guerre sainte jusqu’à ce que l’Inquisition Espagnole détruise L’ordre, accusée d’hérétique. Les Templiers d’Amando De Ossorio deviennent ainsi des morts-vivants vengeurs, sanguinaires et très puritains : incarnation audacieuse de la censure imposée par le régime national-catholique de Franco en guerre contre la débauche de toute sorte ! 
Audacieux, mais surtout original ce templier mort-vivant. Le réalisateur espagnol a su créer un nouveau mythe du cinéma fantastique : le zombie ibérique momifié s’inspirant du zombie américain de George Romero (La Nuit des morts-vivants, 1968) qui, lui, est représenté dans une putréfaction toujours humide (le zombie pas le réalisateur !). Originale aussi grâce à l’une des grandes trouvailles du film : des chevaliers morts-vivants chevauchant des puissants destriers fantômes galopant au ralenti et sortant toujours de nulle part.


C’est un cauchemar au ralenti auquel assistent les spectateurs grâce à ce procédé visuel réussi et bien singulier. Par divers aspects techniques et une mise en scène maîtrisée malgré le budget ridicule, le film rappelle, dans certains plans, l’esthétique du giallo chers à Mario Bava, Dario Argento (L’Oiseau au plumage de cristal, 1970), et un an plus tard, Lucio Fulci (La Longue Nuit de l’exorcisme). Le recours de l’inspecteur menant son enquête ou du savant théorisant dans la bibliothèque, sans compter les inévitables scènes gores, rappellent le giallo qui aura son heure de gloire avec les réalisateurs italiens des années 70. 
Le traitement de la couleur, avec la scène où Virginia, devenue vampire, meurt dans les flammes (2) ou le plan de la grenouille qui saute dans une mare de sang, entraînent aussi le film vers une ambiance onirique. 
L’une des scènes importantes de cette révolte est celle du prologue (3), où par sa violence sadomasochiste elle évoque la période faste à venir des premiers films gore. Amando De Ossorio (avec Jess Franco) anticipe ainsi, dans une Espagne pourtant prude, la vague de voyeurisme de la décennie à venir. La crudité d’un prologue dès plus sanglant reste un beau camouflet à une censure et une morale chrétienne excessive. Le réalisateur distille dan son film des scènes tantôt sadiques, tantôt érotiques, prenant plaisir à bafouer l’église toute puissante de l’époque, telle la scène de saphisme éthéré entre Betty et Virginia, où les deux jeunes femmes se souviennent de leurs caresses dans le couvent de leur adolescence, sans oublier la terrible scène du viol de Betty par un contrebandier dans les ruines du château. Amando De Ossorio va même jusqu’à évoquer le tabou ultime, celui du massacre sanglant d’un enfant, dans la scène du train pris d’assaut par les Templiers. Le chef de gare (De Ossorio lui-même) et la population découvriront alors, dans un plan suggestif, l’enfant, ainsi que tous les corps des autres passagers à moitié dévorés. 

Même si le film fait parti de la longue liste des films Z, en raison de contraintes matérielles, d’une interprétation approximative et d’un scénario simpliste rendant des scènes bien répétitives, le talent d’Amando De Ossorio permit une certaine originalité, créant une œuvre importante du cinéma bis qui marquera le public de l’époque dans sa représentation singulière de l’horreur sadique avec des effets spéciaux et une ambiance onirique plutôt réussis. 

Mais il est bien loin le temps où les sous-genres faisaient les beaux jours des cinémas de quartier. Le genre disparu des salles au début des années 80 pour faire place à la Movida dans une Espagne libérée du Franquisme, illustrant l’envie de la population de vivre, sous toutes les formes artistiques et culturelles, la joie et la liberté. 
Il faudra attendre Alejandro Amenabar au début des années 2000, pour un renouveau du cinéma fantastique espagnol. 


( 1) De nombreux titres ont illustré diverses jaquettes à l’époque de la VHS du film (à se coincer les doigts dans sa croix de Saint-Benoit !), comme par exemple : Night of the Blind Terror ou Tombs of the blind dead. 

(2) Rebecca meurt dans les flammes comme une sorcière, et comme les Templiers combattus par l’Inquisition. 

(3) Une jeune femme dénudée sur une croix est sacrifiée par des Templiers hérétiques du Moyen-Âge, dans un voyeurisme complaisant... et bien érotique. 

(4) A noter qu’en 1985, Jess Franco réalisa La mansión de los muertos vivientes, le dernier volet des Templiers maudits, beau clin d’oeil (qui s’avèrera néanmoins être une version fade par un Jess Franco sans doute très fatigué) du maître du cinéma déviant à son acolyte espagnol.

La saga des Templiers

La Noche del terror ciego (La Révolte des morts-vivants, 1971) 
El Ataque de los muertos sin ojos (Le Retour des morts-vivants, 1973) 
El Buque maldito (Le Monde des morts-vivants, 1974) 
La Noche de las gaviotas (La Chevauchée des morts-vivants, 1975) 
Et sans oublier, La mansion de los muertos vivientes de Jess Franco en 1985

L’Imaginaire du Docteur Gilliam

On a beaucoup parlé du dernier film de Terry Gilliam lors de sa sortie, car ce fut le film posthume de l’acteur Heath Ledger (Les Frères Grimm, The Dark Knight). 
L’univers burlesque et pessimiste aux images sombres et baroques, où la lumière jaillit de mille feux pour faire chavirer le film (et le spectateur) dans un rêve extraordinaire, aura permis de mettre en valeur et de confirmer le charisme du jeune comédien trop tôt disparu. Ainsi, il aura fallu la participation de Johnny Depp, Colin Farrell et de Jude Law pour « jouer » les scènes manquantes de Heath Ledger. C’est dire le charisme du jeune homme.

A notre époque, le docteur Parnassus parcourt une sombre mégalopole avec sa petite troupe de théâtre l’Imaginarium, invitant le public noctambule à traverser le Miroir magique pour pénétrer dans les mondes parallèles, les mondes de leurs rêves.
Il y a 1000 ans, le don du docteur Parnassus, ainsi que son immortalité, lui ont été transmis au cours d’un pari perdu avec le Diable lui-même (le sombre et bizarre Tom Waits dans le rôle de Lucifer… quoi de plus normal !) : la fille du docteur, Valentina (l’actrice Lily Cole dont le visage d’ange convient parfaitement au rôle) deviendra la fiancée du diable dès ses 16 ans.

Le docteur, aidé des membres de sa troupe, un nain grincheux (sic) et le jeune amoureux transi de la malheureuse promise, ainsi qu’un mystérieux amnésique (le lumineux Heath Ledger), vont tenter de rompre le pacte diabolique en traversant le Miroir magique pour arracher la jeune fille à son terrible destin.

Même si l’intrigue se perd souvent dans la complexité du pari ambigu entre le Bien et le Mal (le bon docteur et le terrible Lucifer), le spectateur reste constamment attiré par l’attraction du Miroir et des merveilles qui s’y cachent. Terry Gilliam n’a jamais aussi bien représenté la singularité de son monde depuis son fameux Brazil. Le recours à une mise en scène théâtrale dès les premières images est remarquable. Il nous donne la possibilité à nous, spectateur confiné dans son fauteuil et au pitoyable public de l’Imaginarium, de pénétrer facilement dans un monde féerique, celui de notre imagination. La richesse des détails et des décors (le théâtre ambulant nous renvoie dans l’Angleterre du 19ème siècle, époque propice à une ambiance gothique), l’utilisation des effets numériques pour représenter les mondes parallèles sont un tel contraste avec les décors « réels et tristes » de la cité déshumanisante ! On a une seule envie, c’est de traverser le Miroir. C’est bien là toute la réussite du film. La profusion des couleurs, des matières, l’intérieur du théâtre, les costumes lourds, éclatants et poussiéreux à la fois, l’action soutenue, la musique très présente, l’interprétation des acteurs tous magnifiques et habités (Andrew Garfield est un comédien à suivre et Christopher Plummer a toujours autant de Classe) permettent à l’imaginaire de prendre vie.  

L’Imaginarium du docteur Parnassus est un film déroutant et intelligent, où le rôle de l’Artiste dans la société est souvent rappelé, Terry Gilliam n’hésitant pas à faire quelques « clins d’œil » à sa relation avec l’échec dans la créativité. De même, il rappelle ses propres débuts dans un rêve loufoque évoquant sa période Monty Python. Jubilatoire ! Même son film Brazil est évoqué avec le premier costume que porte Anton, le Monsieur Loyal du spectacle : une armure de Samouraï.

Le choix d’un univers chamarré et poétique pour représenter les mondes parallèles, les personnages marginaux du théâtre représenté par une sorte de haute caravane étriquée et bringuebalante, défiant souvent les lois de la gravité, évoquent l’univers narratif et visuel de Tim Burton (Edward aux mains d’argent, Beetlejuice...) mais aussi l’univers des tableaux surréalistes de Salvador Dali et de la peinture sombre et mystique d’un Jérôme Bosch.

Pendant deux heures, le spectateur assiste à une représentation digne des plus beaux spectacles où l’imaginaire est le personnage principal. Le spectateur baigne dans une profusion de couleurs tantôt sombres tantôt lumineuses, dans un rythme intense. L’émotion est présente pendant tout le film et laisse, malgré un scénario complexe, le spectateur quitter la salle de cinéma avec le sentiment d’avoir lui aussi traversé le miroir magique.

Un film rare par un réalisateur encore plus rare dans le cinéma actuel bien aseptisé. Je laisserai le mot de la fin à Anton joué par Andrew Garfield : « Voilà ! » (en français dans le film).




Titre original : The Imaginarium of Doctor Parnassus
Réalisation : Terry Gilliam
Scénario : Terry Gilliam, Charles McKeown
Musique : Jeff Danna, Mychael Danna
Directeur de la photographie : Nicola Pecorini
Pays : France, Canada, Royaume-Uni
Durée : 2h03
Année : 2009

Entretien avec Jean-Manuel Costa, réalisateur spécialiste du stop-motion

La dame dans le radiateur : Dès l’âge de 14 ans vous réalisiez des films d'animation en Super-8, puis en 16mm : Galaxie Kong, Rêve de Noël et La Bague Magique. D'où vous est venue cette passion pour l’animation image par image ? 
JM Costa : Vers 12-15 ans je regardais une émission qui s'appelait La Séquence du Spectateur qui était diffusée tous les dimanches de 12h à 12h30. Trois extraits de films étaient montrés avec la voix-off de la présentatrice des programmes de l’époque Catherine Langeais il me semble. Parfois nous avions la chance de voir un extrait des films comme Jason et les Argonautes, Le septième voyage de Sinbad, Les soucoupes volantes attaquent avec les fantastiques animations de Ray Harryhausen, que j'ai pu rencontrer plusieurs fois par la suite et j'ai même eu la joie d'aller chez lui. 
Une autre émission de télé qui s'appelait: 100000 images par seconde présentée par Pierre Tchernia nous gratifiait d'extraits de films d'animations de marionnettes tchèques de Jiri Trnka. 
Puis, un soir, au Ciné-Club, toujours à la télévision, j'ai eu le choc de ma vie en découvrant King Kong
L'animation dessinée m'attirait moins mais voir des personnages en volume prendre vie, je trouvais cela magique. J'ai toujours aimé les films avec des effets spéciaux et le cinéma est un outil formidable pour visualiser des mondes imaginaires. 

Quelques marionnettes avant La Tendresse du Maudit

La dame dans le radiateur : Il y a des thèmes récurrents dès vos premières réalisations : des personnages (créatures) solitaires aux grands yeux interrogateurs évoluant dans un monde fantastique, mythologique, voir post-apocalyptique en quête de rédemption (La Tendresse du Maudit, Le Voyage d’Orphée), ou des personnages (marionnettes) en quête d’amour, tout simplement confinés dans un univers restreint, comme un grenier (La Ballerine et le Ramoneur) ou un bureau (Histoire de Papier). Quels films vous ont marqués adolescent (en plus du King Kong de 1933) et quels romans lisiez-vous à cette époque ? 
JM Costa : La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Le mythe de la belle et la bête m'a toujours séduit, peut-être que je me considérais comme un monstre à l'époque ! 
J'ai lu les romans imposés par l'école (les Classiques) et aussi Arthur Conan Doyle, Edgar Allan Poe, Guy de Maupassant, Théophile Gautier, Jean-Henri Rosny Aîné et pas mal d'auteurs américains de science-fiction et aussi les contes des frères Grimm.

Jean-Manuel Costa sur le tournage du Voyage d’Orphée.

La dame dans le radiateur : D’où vient la fluidité de vos personnages, cette élégance dans les mouvements de votre caméra et cette poésie que vous avez su insuffler à toutes vos histoires ? Ces mouvements fluides rappellent les fameuses animations de Willis O’Brien (King Kong). 
JM Costa : Willis O'Brien est le maître dans ce domaine et m'a également beaucoup inspiré surtout pour le magnifique travail visuel de King Kong. Quand le film est passé sur le petit écran, j'avais installé mon appareil photo devant l'écran et j'ai fait tout un rouleau ! J'ai enregistré également la bande son sur mon magnétophone à cassette que je me repassais en faisant mes devoirs de maths ! 

La Tendresse du Maudit 

La dame dans le radiateur : Vous avez dédié, je crois, tous vos courts-métrages, dont Histoire de Papier à Paul Grimault. Quels autres artistes vont ont inspiré à vos débuts, et il y a-t-il de nouveaux artistes que vous appréciez actuellement ? 
JM Costa : J'ai dédié mon film, la Ballerine et le Ramoneur, à Paul Grimault (réalisateur du Roi et l'Oiseau précédemment intitulé la Bergère et le Ramoneur) car il m'avait suggéré d'en faire un court-métrage et m'avait prêté sa table de montage. Paul était un monsieur charmant qui m'a trouvé, ainsi qu'à mon frère Alain, mon premier emploi dans une boîte de production de films d'animation : Les films Martin-Boschet. Nous avons pu d'ailleurs travailler sur son film et j'ai fait un peu d'animation en volume sur la Table Tournante (la tasse de café et le guéridon). 
Curieusement, je ne suis pas issu d'un milieu d'artiste, mon père était carrossier et ma mère fonctionnaire à la préfecture mais tous deux avaient la passion de la photographie. Ils développaient et tiraient sur papier. Mon frère Alain s'intéressait lui au dessin-animé et à l'époque surtout à Walt Disney, il a d'ailleurs travaillé beaucoup plus tard sur le Bossu de Notre-Dame. Quand Walt Disney est mort, je me souviens qu'il était désespéré mais des bruits couraient qu'il avait été cryogénisé et il avait l'espoir que l'on pourrait le ramener à la vie un jour. 
Je n'aime pas que la science-fiction ou le fantasque, j'adore aussi Orson Wells et particulièrement son chef d'œuvre Citizen Kane, Alfred Hitchcock, Roman Polanski. J'adore les réalisateurs qui créent des univers et n'aime pas trop les films "parlottes autour d'une table".

Histoire de Papier

La dame dans le radiateur : Après votre baccalauréat vous avez intégré une école de cinéma à Bruxelles. Quels étaient vos « rêves professionnel s» durant cette période d’apprentissage, et quelle a été, pendant cette période, la technique la plus difficile à maîtriser ? 
JM Costa : Dans notre école, l'INRACI (qui a changé de nom depuis), il n'y avait pas de section animation mais avant d'y entrer, mon frère et moi avions déjà réalisé plusieurs court-métrages d'animation en super 8. Nous nous étions inscrits à un club de cinéastes amateurs : "Les Lumières d'Artois" (je suis originaire d'Arras dans le Pas-de-Calais) avant de faire cette école. Un vieux professeur de l'INRACI nous a encouragés à continuer dans l'animation et de faire un film pour notre diplôme. 
Beaucoup plus tard j'ai même pu acheter sa Caméra Mitchell 35mm avec laquelle j'ai fait les trois derniers court-métrages, des pubs et des effets spéciaux. Dans l'audiovisuel comme dans beaucoup d'autres domaines les rencontres sont souvent capitales. Les techniques, nous les avons maîtrisées petit à petit. Mon père nous a toujours soutenus même si notre mère était inquiète pour notre futur dans le cinéma. Comme mon père était carrossier, j'avais à disposition tout l'outillage et ses conseils pour fabriquer des décors et les armatures pour les marionnettes. Nous avons même construit un banc-titre pour faire du dessin animé ! 
Mon rêve a été pendant un moment de travailler avec Ray Harryhausen mais, à part cela, je n'ai jamais eu de plan de carrière. Ma seule grosse déception a été l'abandon de l'animation image par image pour le film : Mars Attacks de Tim Burton. 
J'avais été contacté par le réalisateur anglais : Barry Purves qui devaient superviser l'animation. Puis la production, curieusement contre la volonté de Tim Burton, a décidé de faire les martiens en image de synthèse. Je m'étais rendu à Los Angeles (mon frère travaillait à l'époque chez Warner sur Space Jam) et j'avais vu les premiers essais et déjeuné avec quelques animateurs. Tout le monde a été viré, l'animation et les effets spéciaux ont été réalisés chez LucasFilm. 

Banc titre fabriqué par Alain et Jean-Manuel Costa Caméra Eyemo Bell and Howell 35 mm avec un travelling manuel 

La dame dans le radiateur : Avez-vous conservé votre caméra 35 mm que vous avez conçus pour les travellings de La Tendresse du Maudit ? L’avez-vous utilisée pour d’autres réalisations ? 
JM Costa : J'ai toujours mes trois caméras 35mm, ainsi que ma caméra super 8 et mes deux caméras 16 mm. Ma première caméra 35 mm je l'ai achetée durant mon service militaire au cinéma des armées à un adjudant. C'était une petite caméra américaine de reportage sans visée réflex (on ne voyait pas directement à travers l'objectif pour cadrer et faire la mise au point, c'était donc une vrai galère pour filmer des marionnettes, j'ai changé en cours de film pour une caméra française: un Camé 6, avec laquelle je pouvais voir au travers de l'objectif. J'ai construit un système précurseur de la caméra assistée par ordinateur pour les mouvements, un système très répandu maintenant, avec des moteurs électriques et des minuteries pour faire avancer la caméra régulièrement. 
Pour mon premier film, la Tendresse du maudit, je travaillais chez les films Martins-Boschet et une grande partie du peu que je gagnais, était investi dans le film. J'ai emprunté également de l'argent à mon frère et ma sœur. 
Par la suite, après le succès de mes deux premiers court-métrages, j'ai pu trouver du travail dans la publicité, rembourser mes dettes et m'offrir la caméra Mitchell de mon prof, et un vrai "Motion Control" contrôlé par un ordinateur. 

Sur le tournage de la Tendresse du Maudit 

La dame dans le radiateur : Dans Le Voyage d’Orphée, vous avez de nouveau (1) travaillé avec Pierre Mourey pour la musique (vous lui avez d’ailleurs dédié vos deux Césars (2)). La musique tient une place importante dans tous vos films, et vous avez vous-même conçu la musique pour Histoire de Papier. Comment abordiez-vous le thème musical dans vos premiers courts-métrage ? Pendant l’écriture du scénario ou au visionnage final ? 
JM Costa : Pierre Mourey travaillait chez Jean-Michel Jarre comme ingénieur du son, je l'avais rencontré grâce à un ami commun, Françis Grosjean qui travaillait lui dans une boîte de post-production "Eurocitel" et m'a aidé pour le scénario. 
En fait j'ai commencé à tourner mon film, la Tendresse du Maudit, en 1977, cela m'a pris un an et demi car je ne pouvais y consacrer que les weekend et les vacances. Malgré mes espoirs je ne trouvais pas le film à la hauteur de mes espérances et je l'ai laissé terminé sans bande sonore pendant trois ans. C’est Pierre, qui, enthousiasmé par mon travail, m'a proposé de faire la musique et le son dans le studio de Jean-Michel Jarre. Bien lui en pris ! Il a forcément travaillé sur le second: le Voyage d'Orphée et comme j'ai obtenu également un César pour ce film, je lui ai donné. Cela me semblait la moindre des choses. 
En fait, quand j'ai réalisé la Tendresse du maudit, ma mère était malade de cancer, elle est morte à la fin du tournage et n'a donc jamais rien vu. Si le film est aussi "fort" cela est sans doute dû à la souffrance que j'éprouvais à cette époque (je suis le monstre qui combat la mort pour sauver sa mère). 
Quand j'ai décidé de faire Orphée, je venais depuis peu de rencontrer celle qui allait devenir ma femme. Finalement, si je regarde rétrospectivement mes réalisations, elles correspondent à certaines étapes de ma vie. Dans mon dernier film Histoire de Papier, je mets en scène, vers la fin, un garçon et une fille et j'ai effectivement un garçon et une fille. Je dois avouer que j'ai fait cela inconsciemment. 

Le compositeur Pierre Mourey

La dame dans le radiateur : Comment est né le projet de la Tendresse du Maudit, qui est encore de nos jours toujours aussi touchant d’émotion et de beauté visuelle ? Avez-vous eu des difficultés à mener à terme ce projet ?
JM Costa : Le problème est de croire à son film malgré le temps qui passe jusqu'à ce qu'il soit terminé. En terme de difficultés et de ténacité, je crois que Paul Grimault qui a terminé son film au bout de 25 ans comme il l'entendait et non comme l'entendait son producteur, est le champion du genre. 
J'ai toujours été un admirateur du chef-opérateur Henri Alekan qui a fait la lumière de la Belle et la Bête et j'ai eu l'occasion de travailler avec lui sur un film en Omnimax réalisé par Pierre Etaix en 1989. 
J'ai fait la lumière sur quelques pubs et quelques court-métrages également en prise de vue réelle. J'adore cela. En fait je m'intéresse à toutes les techniques, je me suis mis à l'image de synthèse il y a dix ans. Les outils actuels sont formidables. La bonne technique est celle qui est adaptée au scénario même si dans le cas de l'audiovisuel il ne faut jamais perdre de vue le côté financier. Un film c'est tout de même beaucoup plus cher que d'écrire un livre ou peindre. 

La dame dans le radiateur : La scène d’ouverture de La Tendresse du Maudit rappelle certains passages du Terminator de 1984 avec ses plans post-apocalyptiques. James Cameron aurait-il vu votre court-métrage ! Que pensez-vous de la vague déferlante du cinéma 3D comme Avatar et bientôt Tron Legacy?
JM Costa : Je ne pense par que James Cameron ait vu mon film quoiqu'il ait été diffusé aux USA dans un circuit universitaire pendant trois ans avec d'autres films d'animation français et a participé à beaucoup de festivals. Des copies tournent encore par l'intermédiaire de l'Agence Du Court-Métrage. Le cinéma 3D, que je préfère appeler cinéma en relief, est intéressant même si cela n'est pas nouveau. Je ne suis pas contre l'évolution des techniques sinon nous en serions encore au cinéma muet (même s'il ne l'était pas totalement). Le problème est : qu'est-ce-que l'on en fait ? 
J'étais récemment membre du jury des court-métrage aux Utopiales de Nantes et j'ai assisté à la projection d'un vieux film américain muet de 1916 : 20 000 lieux sous les mers de Stuart Paton avec au piano Serge Bromberg qui l'avait restauré (pas le piano, le film). 
La magie du cinéma muet fonctionne encore mais je doute que cela puisse plaire aux jeunes. Quand elle était au collège, ma fille, qui elle aussi est fan de cinéma, a vu des films en noir et blanc avec le prof et d'autres élèves, notamment le film de François Truffaut Les 400 coups. Elle a été stupéfaite que ses camarades trouvent le noir et blanc "fatiguant à regarder" !

La dame dans le radiateur : Vos courts-métrages ont été distribués en VHS chez Haxan Films en 1995 sous le titre Anges et Démons. Pensez-vous qu’ils seront un jour disponibles en DVD (*) ? JM Costa : Pour les exploiter en DVD, il faudrait refaire un master d'après les négatifs originaux et cela coûte beaucoup d'argent. J'attends d'en avoir la possibilité, et si un jour je fais un long-métrage, je les mettrai en bonus. 

La jaquette de la VHS Anges et Démons

La dame dans le radiateur : Vous avez réalisé le teaser pour le film Réincarnations de Gary Sherman, dont les effets spéciaux sont de Stan Winston. Avez-vous, à cette occasion, pu rencontrer le spécialiste américain des effets spéciaux ?
JM Costa : Le film annonce, que j'ai réalisé avec un maître des effets spéciaux Guy Delécluse, aujourd'hui disparu, est tiré de l'affiche américaine qui était un dessin. Le distributeur français a eu l'idée d'en faire un film annonce qui est devenu l'affiche du film lors de sa sortie en France (d'ailleurs je n'ai rien touché pour l'affiche !). Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de rencontrer Stan Winston. 
J'ai, par contre, rencontré et déjeuné avec Jim Henson (le créateur des Muppets (4)) et à la fin du repas il m'a demandé ce que je faisais, je lui ai répondu : « de l'animation de marionnette », il m'a alors dit qu'il détestait cela ! 
Mais j'ai eu la chance de prendre un petit déjeuner, à Munich, en tête à tête avec Dark Vador (David Prose), cela ne s'oublie pas. 

Photo extraite du tournage de Réincarnations

Jean-Manuel Costa et Ray Harryhausen

La dame dans le radiateur : Vous avez réalisé les effets spéciaux du film Les Aventures d’Hercule de Luigi Cozzi. Les amateurs des productions Cannon seront curieux d’apprendre comment vous avez été amené à travailler sur ce film.
JM Costa : Armando Valcauda qui avait travaillé avec Luigi Cozzi sur Star Crash et Hercule 1 s'est fait viré par la production (question de caractère). 
J'avais rencontré Luigi au cinéma le Grand Rex à Paris lors d'un festival, il venait présenter Star Crash et mon film la Tendresse du maudit était également projeté. On a fait connaissance et comme ma femme est italienne, j'ai appris l'italien ce qui a facilité le contact. 
Il m'a appelé pour prendre la suite d'Armando. Le film était pratiquement terminé, il fallait ajouter les effets spéciaux. J'ai créé ma société à cette époque et cela m'a permis de produire ensuite moi-même mes autres courts-métrages... 
J'ai revu Luigi Cozzi assez récemment, il tient la boutique Profondo Rosso de Dario Argento à Rome. Il m'a adressé un mail il y a quelques semaines pour m'informer qu'Hercule 2 était sorti en DVD et qu'il allait m'envoyer un exemplaire.

Hercule 2

La dame dans le radiateur : Après avoir obtenu vos deux Césars, vous avez eu beaucoup de demandes pour réaliser de grandes campagnes publicitaires françaises dans les années 80 (EDF, Chronopost, La Poste) ou d’autres grandes marques telles que Philips (3), Chanel, etc… Vous êtes alors devenu le spécialiste des effets spéciaux en France. La France ayant toujours été plutôt hermétique à l’univers fantastique, avez-vous vous eu envie de vous diriger vers des réalisations plus classiques ?
JM Costa : J'aime le cinéma en général du moment que l'histoire est bonne. J'adore diriger les acteurs et l'ambiance d'un plateau de tournage. 
Pendant ces dix dernières années j'ai été enseignant dans des écoles de cinéma et en même temps je dirigeais une école pendant quatre ans. J'ai donc participé à pas mal de films d'étudiants en animation et en prise de vue réelle. J'aime aussi beaucoup le montage et la musique de film. 
Je pense que j'aurais du mal à refaire moi-même de l'animation en stop motion maintenant que je vais vers mes 57 printemps car c'est une technique très éprouvante physiquement. Je suis en train de chercher des idées pour un long-métrage, il y aura sans doute de l'animation et des effets spéciaux, mais j'aimerais qu'il y ait également des acteurs en chair et en os.

 (En haut et au centre) Publicité Philips
(En bas) Publicité EDF

La dame dans le radiateur : Vous avez enseigné l’Animation. Déjà pour Le voyage d’Orphée, vous aviez collaboré avec le réalisateur Jean-Pierre Jeunet. Je crois que vous avez des idées de projets ensemble. Pouvez-vous nous parler un peu de cette possible nouvelle collaboration ? JM Costa : Jean-Pierre est un ami de longue date, nous nous sommes donné des conseils mutuellement. J'ai travaillé sur les pubs pour lui et il a travaillé pour moi sur les effets spéciaux d'une série : Astrobab 22 (qu'il vaut mieux oublier). 
Il a envie de produire un long-métrage d'animation. Il m'en parle depuis qu'il a fait Alien la Résurrection. Il m'avait dit : « Si je fais fortune, je te produirai un film d'animation ! ». Il ne reste plus qu'à trouver un excellent sujet. 
Jean-Pierre est très exigeant et ne peut participer qu'à un film auquel il croit fermement. Etant donné la pléthore de films qui sortent depuis plusieurs années, c'est assez dur d'être original, mais maintenant j'ai plus de temps de libre et j'ai une idée (pas simple à développer !). 

Jean-Pierre Jeunet pendant le tournage d’Astrolab 22

La dame dans le radiateur : Quel regard avez-vous en cette fin d’année 2010 sur tout le travail que vous avez accompli ? Pensez-vous que de nos jours, un jeune réalisateur puisse réussir ce que vous avez fait avec la Tendresse du Maudit : mener un film d’animation seul, puis être reconnu par les professionnels ?
JM Costa : Oui, bien sûr. Beaucoup de jeunes auteurs se font remarquer dans les festivals et sur internet. Les moyens de diffusion n'ont jamais été si nombreux. Il y a malheureusement aussi beaucoup plus de concurrence. J'ai toujours du mal à regarder mes propres films. Je n'ai plus l'insouciance des débuts. C'est ma fille Marie-Eugénie, qui me pousse à m’y remettre. 

Jean-Manuel Costa et David "Dark Vador" Prose

La dame dans le radiateur : Quel premier conseil donneriez-vous à ce débutant ?
JM Costa : Mon fils, Jean-Nicolas, s’est lancé dans la même branche que moi. Il ne fait pas d'animation mais du "compositing", c'est à dire qu'il travail sur les effets visuels devant un ordinateur. Il a travaillé trois ans en France, et depuis quelques mois il est à Londres. 
Il a travaillé quelques mois sur le dernier Harry Potter et vient de signer un contrat chez Cinesite. Il a passé une licence de physique fondamentale à la fac, puis à remis son diplôme à ma femme et a décidé de se lancer dans les effets spéciaux. Dans ce métier, il ne faut pas forcément avoir les diplômes, mais plutôt les compétences, une grande rigueur et être un grand travailleur. 
L’audiovisuel fascine beaucoup de jeunes gens pour le côté "glamour". Le Cinéma c'est tout sauf glamour ! Il faut avoir une passion inébranlable et surtout ne pas penser aux récompenses éventuelles. Beaucoup de réalisateurs ou de comédiens n'ont pas de récompenses et font un excellent travail. Maintenant, avec les nouvelles technologies vidéo, il est possible de faire un film sans trop de moyens financiers. Le problème reste le même qu'auparavant: il vaut mieux avoir de bonnes idées. 
Pour débuter, il est possible de tourner des films courts qui permettent de se rendre compte du travail que cela demande comme réunir une équipe ou même travailler seul. Il y a tout de même plus d'idées dans deux cerveaux que dans un seul ! 
Il faut faire des exercices courts pour appréhender la technique et ne pas se lancer dans un projet trop ambitieux dès le départ. Faire une école de cinéma n'est pas absolument nécessaire, c'est une bonne béquille mais personne ne peut vous garantir que vous trouverez du travail en sortant, même si vous faites la FEMIS. 
Il y a plus de possibilité de trouver du travail dans la postproduction (animation, compositing...) car les sociétés d'effets spéciaux ont besoin de grosses équipes souvent pendant une longue période. 
Les festivals sont la meilleure façon de se faire connaître même si on n'est pas récompensé. Il faut y aller le plus souvent possible pour voir ce que font les autres, prendre des contacts et surtout ne pas se décourager. 
Le Centre National du Cinéma et les régions accordent des aides financières pour la production de court-métrage et aussi, bien sûr, pour les longs et les documentaires. Il faut les contacter mais c'est tout de même mieux si on a quelque chose à présenter. 
Pour les aides techniques, on trouve énormément de chose sur internet. Il y a plus de trente ans ce n'était pas la même histoire.

"On n'a plus d'excuses pour ne pas s'y mettre !"

(*) le dvd est enfin disponible à partir du 15 novembre 2016 !


Un grand merci à Jean-Manuel Costa, aussi talentueux que doté d’une incroyable gentillesse en voulant bien se prêter au jeu de mes questions « étranges ».

Toutes les photos sont la propriété de Jean-Manuel Costa.
Entretien que nous avons eu à l'origine sur le site Mondes Étranges.

(1) Pierre Mourey fut le compositeur de la sublime musique de La Tendresse du Maudit.
(2) Jean-Manuel Costa a obtenu en 1982 le César du film d’animation pour La Tendresse du Maudit, puis a obtenu en 1984 son second César pour Le Voyage d’Orphée.
(3) Ce film publicitaire aura marqué les mémoires : "Philips invente la musique laser !". Toujours aussi impressionnant bien des années après.
(4) Réalisateur aussi de Dark Crystal.