samedi 8 août 2020

Oserez-vous monter sur cette étrange scène ?

The Theatre Bizarre rend hommage au genre Grand Guignol (des spectacles créés au 19ème siècle, montrant des gags horrifiques et très souvent sanguinolents) sous la forme d’une anthologie de sept courts-métrages macabres et gores à souhait tournés dans quatre pays, dont la France et le Canada, par une équipe de réalisateurs bien connus des spectateurs avides de cinéma d’exploitation (d’horreur et autres petites perversions cinématographiques) : Richard Stanley (Hardware), Karim Hussain (Subconscious Cruelty), Buddy Giovinazzo (Combat Shock), Tom Savini (le maître des effets spéciaux), Douglas Buck (Cutting Moments), David Gregory (Plague Town) et Jeremy Kasten (The Wizard of Gore) donnant la vedette entre autre à l’inoxydable Udo Kier (Chair pour Frankenstein, Suspiria, Epidemic, j’en passe et pas que des meilleurs, je pense à Dracula 3000). 

C’est le réalisateur Jeremy Kasten qui frappe les trois coups, en tirant les lourds rideaux poussiéreux du Théâtre Guignol : dans un quartier mal famé d’une grande ville américaine, une jeune fille est intriguée par les lumières qui s’échappent d’un théâtre depuis longtemps abandonné. Une nuit, elle voit que la porte d’entrée est restée entrouverte ; elle décide alors de se faufiler à l’intérieur. Mais là, dans l’obscurité, un inquiétant automate "plus vrai que nature" (l’acteur Udo Kier) lui annonce le programme du théâtre, sous la forme d’un spectacle de marionnettes. Six contes de l’Étrange lui sont alors racontés dans des sketches morbides, tandis que le maître de cérémonie devient de plus en plus "humain".


La première histoire nous emmène au cœur des Pyrénées : un jeune couple achète un collier représentant un Pentagramme sur un marché local. La marchande (la comédienne Catriona MacColl) propose aux jeunes gens de venir chez elle découvrir un exemplaire du Necronomicon. Mais la jeune femme préfère se promener, et laisse son compagnon y aller seul. Arrivé dans la maison isolée de l’étrange femme, le jeune homme se laisse séduire puis envoûter par la marchande devenue bien lubrique. The mother of toads du réalisateur Richard Stanley est un conte lovecraftien baignant dans une atmosphérique moite, qui rappelle un peu l’univers de Lucio Fulci (1) où règne la magie noire et la perversion.


La seconde histoire est mise en scène par Buddy Giovinazzo, et évoque là-aussi la fragile frontière entre la réalité et le cauchemar : un mari infidèle se perd dans ses rêves Freudiens. Un jour il se réveille en sang dans la salle de bain, avec une large entaille à la main. Alors ses souvenirs resurgissent : sa femme est venue plus tôt lui annoncer qu’elle le quittait pour aller vivre avec son amant. Cette sombre et pathétique déclaration d’amour : I love you, nous raconte la fin d’une romance virant au drame macabre avec le troublant André Hennicke (La Chute, A dangerous Method). 

Dans le conte de Douglas Buck, The accident, une mère roule paisiblement, avec sa petite fille à ses côtés, aux abords d’une forêt quand elles se font doubler par un motard. Peu de temps après, elles découvrent que la moto a percuté un élan. L’animal, blessé, est couché sur le bord de la route, et la petite fille se voit confrontée à la lente agonie de l’élan. Rentrées toutes les deux à la maison, la fillette se blottit sous les couvertures de son petit lit, pour écouter sa mère lui expliquer ce qu’est la Mort. The accident est une lente réflexion sur la cruauté du Monde. Cette histoire fait une douce césure avec les histoires gores précédentes, et semble flotter au dessus du Theatre Bizarre, en attente d’un nouveau conte horrifique.


Le maître des SPFX, Tom Savini, passe de nouveau derrière la caméra (2) pour mettre en scène un homme qui sombre peu à peu dans la paranoïa après avoir fait un cauchemar terrifiant. Sa femme va-t-elle sombrer elle-aussi dans la folie quand elle découvrira que son mari la trompe ? Mais où se situe vraiment la réalité ? Wet Dreams met en scène l’actrice Debbie Rochon (connue chez les plus aware d’entre nous comme étant une Scream Queen Tromasienne (3)) dans un rôle différent de ses personnages habituels : une gentille femme au foyer découvre que son mari la trompe. A noter que les effets spéciaux très gores sont réalisés par la société spécialiste des films d’exploitation Toetag Pictures (August Underground de Fred Vogel).


Vision stains, réalisé par Karim Hussain, est l’histoire qui, à mon humble avis, se veut la plus originale : une jeune femme vivant dans un recoin insalubre d’une ville obscure écrit dans son journal intime les effets de la nouvelle drogue qu’elle utilise et surtout comment elle se la procure. Elle n’hésite pas à tuer les clochards qu’elle côtoie pour se faire un shoot avec le fluide de leurs yeux, puis se l’injecte dans son propre oeil. Vision stains met le spectateur mal à l’aise dès les premières images. L’interprétation de l’actrice Kaniehtiio Horn (The Wild Hunt) est saisissante, donnant vie au cauchemar surréaliste que ressent son personnage drogué jusqu’aux yeux !


La sixième et dernière histoire propose aux spectateurs du Theatre Bizarre de prendre une petite collation qui va se transformer très vite en orgie cauchemardesque : un jeune homme timide et fou amoureux d’une femme adorant les bonbons, se force à manger lui-aussi des kilos de sucreries, mais cette envie d’amour sucré (!) va se transformer en dramatique obsession pour la nourriture et les banquets orgiaques. Bientôt la jeune femme annonce qu’elle veut quitter son compagnon. Sweets, réalisé par David Gregory, est un délire visuel jouant à la fois sur le dégoût de la nourriture et le désir de luxure. Entre Marco Ferreri et Tim Burton !


The Theatre Bizarre est une œuvre cinématographique réalisée et produite par des fans et surtout des spécialistes du genre fantastique. La société de production Metaluna, créée par Jean-Pierre Putters (le créateur de la revue mythique Mad Movies) et le réalisateur Fabrice Lambot (Dying Dog), a collaboré à cette aventure internationale. Le cinéma de genre en France étant totalement dédaigné (4), il est bon de saluer cette initiative cinématographique.

Ce Théâtre Bizarre joue, tantôt sur la sempiternelle peur et la fascination du spectateur pour les histoires d’horreur, tantôt sur les images provoquant le dégoût, avec des scénarios, des tons et des styles très chamarrés. C’est avant tout un film pour les fans de gore distillant les clins d’oeils et les références cinématographiques à ce genre de cinéma : la comédienne Lynn Lowry (Score, I drink your blood, Shivers) fait une apparition dans le film de David Gregory, le compositeur Simon Boswell (Phenomena, Santa Sangre, Le Maître des illusions) fait lui-aussi une apparition dans ce Theatre Bizarre. C’est un film à sketches conçu par des passionnés, où chaque réalisateur a pu aider et travailler sur différentes histoires, comme Karim Hussain qui s’est occupé par exemple de la photographie pour le sketch de Richard Stanley. The Theatre Bizarre est une œuvre destinée aux plus férus des amateurs du genre horrifique, mais elle reste bien inégale. Malgré la présence d’acteurs fétiches de ce cinéma, et des meilleurs réalisateurs indépendants actuels, l’exercice de style reste toujours aussi périlleux, il suffit en effet d’évoquer les films fantastiques à sketches les plus connus comme Creepshow de George A. Romero (même s’il n’y a qu’un seul réalisateur au générique, le film reste pourtant très bancal), le film britannique Tales from the Crypt de 1972, ou la référence absolue : La Quatrième Dimension réalisée par John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller. Ces films n’ont pas eu le succès attendu à l’époque, montrant bien que le film à sketches est un genre particulier aux segments souvent aléatoires, tentant le difficile équilibre entre des scénarios, des styles et des tons trop différents. Le film Histoires Extraordinaires de 1968, inspiré des nouvelles d’Edgar Allan Poe est peut-être le film à sketches le plus abouti, et prouve que l’on peut réussir, malgré toutes les difficultés, cet exercice cinématographique bien complexe. Saluons tout de même cette récente tentative, en nous rendant dans ce Theatre Bizarre, qui n’a, après tout, que le seul but de redonner vie à un genre cinématographique toujours aussi peu reconnu en France, mais que la Dame aime tant.


Réalisation : Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini et Richard Stanley
Designer sonore : David Uystpruyst
Budget : 500 000 dollars
Sociétés de production : Severin Films, Metaluna Productions, Nightscape Entertainment, Quota Productions
Pays d'origine : États-Unis, France
Langue originale : Anglais
Genre : Horreur Durée : 114 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 20 avril 2012 en DVD 
France : 9 mai 2012

Article paru le 12 décembre 2012 sur le site Les Mondes Etranges.

(1) Catriona MacColl est une égérie de Lucio Fulci (Frayeurs, L’Au-Delà, La Maison près du cimetière).
(2) Tom Savini, plus connu pour ses effets spéciaux gore (Zombie, Vendredi 13, Family Portraits), tourne en 1990 le remake de La Nuit des morts-vivants de George A. Romero, film où il était d’ailleurs pressenti pour réaliser les SPFX.
(3) En français : Reine du Hurlement dans les productions Troma ( The Toxic Avenger 4, Tromeo et Juliet).
(4) A voir, cette production originale de chez Metaluna, qui intéressera tous les fans d’un cinéma fantastique 80’s sentant bon l’amateurisme : Super 8 Madness réalisé par Fabrice Blin et Vincent Leyour.


samedi 6 mai 2017

Il était une légende...

En 1977, Ridley Scott réalise son premier long métrage : The Duellists (Durant 15 ans, deux hussards se poursuivent et s’affrontent en duel à cause d’une simple brouille). Très impressionné par la magnificence des paysages français où il tourne la plupart des scènes de ce film, le réalisateur britannique plus habitué au tournage de films complexes (Blade Runner, Alien) destiné à un public restreint, commence à envisager l’idée d’un film mettant en scène un univers totalement imaginaire, racontant une mythologie plus accessible au « grand public ». Il fait appel au romancier William Hjortsberg afin que celui-ci ébauche un scénario inspiré d’un sujet universel, lié aux souvenirs d’enfance : le conte de fée. 

Dans une forêt enchantée aux arbres immenses et magnifiques, divers personnages et animaux vivent en harmonie avec des créatures fabuleuses (lutins, elfes et autres farfadets). Tous les habitants de la forêt vivent heureux grâce à la protection d’un couple de licornes sacrées. Mais le danger menace : Darkness, le seigneur des Ténèbres (incarné par Tim Curry himself !) attend, caché dans les entrailles de la terre, son heure… Lily, une toute jeune et belle princesse, va provoquer, à cause de son insouciance, la mort d’une des licornes et réveiller les forces du mal. Le fragile équilibre du monde de la lumière bascule alors. La forêt et ses habitants se figent dans une glaciation soudaine. La princesse Lily (Mia Sara, Timecop) aidée de son ami Jack (Tom Cruise alors acteur débutant) et de Gump (l’incroyable David Bennent mais sans son Tambour), lui-même secondé d’une fée clochette au fichu caractère, décident d’affronter Darkness dans son propre royaume voué au mal. 


Legend, comme Dark Crystal ou Le Seigneur des Anneaux, raconte la quête éternelle du héros au cœur pur et au courage sans faille affrontant les forces du mal pour rétablir l’ordre du monde. Ce scénario n’a bien sûr rien de révolutionnaire. Par contre, la réalisation maîtrisée et minutieuse, ainsi que la conception visuelle de la forêt enchantée et du royaume des ténèbres font de Legend une première dans l’histoire du cinéma et un film unique où le conte de fée de notre enfance prend forme devant nos yeux. 

Tous les décors ont été entièrement reconstitués dans les studios anglais de Pinewood. Ainsi, la forêt et tous ses immenses arbres ont occupé pas moins de six plateaux dont le fameux « oo7 stage » (créé uniquement pour les films James Bond). Point d’effets numériques pour les effets spéciaux de Legend ! Les rayons de lumière que filtrent les feuilles des arbres majestueux semblent émaner de véritables rayons du soleil. Pourtant ce sont d’immenses projecteurs qui font office de source solaire ! Mais c’est pourtant bien la vie qui émane de cette forêt (personnage principal du film). Le souffle d’un vent léger fait s’agiter les feuillages d’un vert tendre, le frémissement d’une mousse épaisse et fraîche invite les habitants à se reposer au pied d’un tronc millénaire, le bourdonnement des insectes se mêlant au pollen virevoltant dans l’air frais, accompagne les chants d’oiseaux multicolores. Grâce à un tel contrôle de l’environnement végétal (impossible dans des décors naturels), l’univers propre aux contes de fée prend vie, renforcé par la présence d’animaux réels : loups, biches, lièvres, grenouilles, vers luisants, oiseaux… (et licornes, cqfd). C’est ce qui fait la différence avec les films de Jim Henson (Labyrinth, Dark Crystal) où toutes les créatures sont issues de l’imaginaire Fantasy, voir même burlesque pour Labyrinth. D’ailleurs Ridley Scott dira à l’époque, qu’ « au départ, le film se voulait une célébration de la nature. » 

La représentation du royaume de Darkness est d’autant plus sombre que la forêt est merveilleuse. Les colonnes immenses aux sculptures démoniaques soutenant les voûtes du château maléfique terré dans les entrailles de la forêt rendent l’impression d’un monde aussi immense que celui de la Lumière. La cuisine dont l’âtre de la cheminée ressemble plus à une gueule béante crachant des flammes (de l’enfer !) grouille d’ogres cuisiniers affairés aux repas du Malin, sous le regard terrifié des prisonniers destinés à finir dans les plats. Toute cette richesse picturale permet à Ridley Scott de mettre en scène à l’échelle réelle un monde aussi féerique que démoniaque. 


De nombreux personnages au caractère bien défini et autres créatures peuplent ce monde de légendes : Darkness est le personnage le plus représentatif de la créativité et de l’originalité de ce film. L’acteur Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show) met la subtilité de son jeu ainsi que sa voix puissante au service du rôle et, malgré l’impressionnant maquillage qui le recouvre entièrement, Tim Curry donne au seigneur du mal une dimension terrifiante et majestueuse, inspirée principalement par le diable de Fantasia. Sublime ! Toutes les créatures qui font du conte de fée la plus merveilleuse des histoires à raconter (et à voir grâce à Ridley Scott) n’ont pas été oubliées : les méchants ogres et autres inquiétants Gobelins, les lutins, les elfes et farfadets, la curieuse créature Gump, judicieusement incarné par David Bennent, au corps juvénile, dont le regard et le sourire semblent pourtant si mystérieux et inquiétant, les gracieuses licornes (deux magnifiques chevaux d’un blanc immaculé) et bien sûr la princesse et son fidèle et courageux ami prennent vie dans cet univers aux décors naturels et pourtant magiques si minutieusement reconstitués. A noter la puissante et envoûtante musique de Jerry Goldsmith (dans la version européenne du film), ainsi que les maquillages spécialement conçus pour ce film par Rob Bottin (Robocop, Fight Club). Même si l’histoire et les personnages restent très manichéens,

Legend est un film qui a traversé le temps sans prendre aucune ride, restituant parfaitement l’univers merveilleux et inquiétant des contes de fée.


Réalisation : Ridley Scott
Scénario : William Hjortsberg
Décors : Leslie Dilley et Assheton Gorton
Costumes : Charles Knode
Photographie : Alex Thomson
Musique : Jerry Goldsmith (version européenne), Tangerine Dream (version américaine)
Pays d'origine : Royaume-Uni, États-Unis
Genre : fantasy
Durée : 125 minutes et 94 minutes (version internationale), 114 minutes (director's cut)
Sortie le 13 décembre 1985

dimanche 16 avril 2017

What’s in the basket ? Xtro !


Xtro de Harry Bromley Davenport (1983) et Basket Case de Frank Henenlotter (1982) ont en commun une réalisation proche de l’artisanat avec un budget se réduisant à une peau de chagrin, le tout sous l’égide de distributeurs en mal d’effets gore (très à la mode à l’époque, le "Sick Movie") et de scènes coupées ou remontées à leur guise. Un autre point commun me donne l’envie de faire un parallèle entre ces deux films « fauchés » et très personnels : la thématique de la filiation dans ce qu’elle a de plus contraignante ! Mais attention aux éclaboussures, car on risque de se mettre du sang partout...

Dans Xtro, un anglais, Sam Phillips, se fait enlever par des extraterrestres sous les yeux terrifiés de son jeune fils Tony. Trois ans plus tard Sam revient sur terre sous l’aspect d’une créature monstrueuse. Bien décidé à renouer avec sa famille, Sam réussit à retrouver son aspect d’homme, (je reviendrai sur cette scène horrible et culte) afin de transmettre ses pouvoirs surnaturels à Tony et perpétuer ainsi une nouvelle espèce.
 
 
Pour Basket Case (Frères de sang), Duane, un jeune blondinet débarqué de sa province, s’installe dans un hôtel de passe en plein cœur de la sordide 42ème rue d’un New-York du début des années 80. Le jeune homme a été séparé à l’adolescence de son frère siamois, Bélial, par des chirurgiens sans scrupules. Encombré d’un énorme panier en osier, Duane veut se venger…
 

« What’s in the basket ? » Telle est la question récurrente pour chacune des futures victimes de Duane et Bélial. 

Tandis que Xtro veut évoquer les films de science-fiction américains des années 50 dans une trame plutôt classique, comme La Guerre des Mondes, Basket Case rappelle (si on est une chroniqueuse audacieuse) Sisters de Brian De Palma, Eraserhead , mais surtout les films trash de Herschell Gordon Lewis et ceux de John Waters. Harry B. Davenport voulait avant tout pour son second film (le premier, Whispers of Fear, lorgnait plutôt vers le thriller) étonner, surprendre voir provoquer le spectateur faisant fi de la qualité des effets spéciaux (à noter les différents aspects des extraterrestres pourtant issus de la même espèce, ou le mode de procréation lui-aussi un peu trop varié), tout comme Franck Henenlotter se fichait du rendu « cheap » de la technique stop-motion et de l’aspect caoutchouteux de Bélial, le frère siamois du blondinet benêt. Le but des deux réalisateurs étant de contrer la vague politiquement correct qui commençait à déferler avec la grosse machinerie Spielbergienne : les gentilles créatures n’ont pas toutes de grands yeux bleus innocents.
 

Les deux films se divisent en deux parties : la partie sociale et la partie « agressive ». Cette dernière partie étant « adoucie » pour Xtro par les scènes « oniriques » avec Tony, mais accentuant par là même, les scènes gores dont la fameuse « scène du viol par l’extraterrestre ». Je l’avais promise, la voici donc cette scène devenue culte : la créature de l’espace « engrosse » une jeune femme. Sam renaît instantanément des entrailles de la pauvre victime. C’est ce qu’on appelle une fécondation express ! Choquant 27 ans après. Dans Basket Case les scènes deviennent de plus en plus gores à mesure que Bélial comprend son implacable marginalité : la fiancée de Duane rendra Bélial fou de jalousie et poussera celui-ci à « convoiter » la promise de son frère. Le père des deux frères siamois, après avoir été retrouvé, se verra « tranché » en deux, puis l’un des chirurgiens comprendra l’effet du scalpel sur son propre visage. Attention aux âmes sensibles ! Mais on peut déceler dans ces deux films extrêmement gore, une note (légère certes) de poésie macabre. Pour Basket Case : Bélial, cette aberration de la nature, ce freak, écoute paisiblement au coin du feu, sur les genoux de sa tante adoptive, un conte pour enfant. Touchant, malgré les élans imprévisibles de Bélial, tel le refus de la société quand il fait tomber un téléviseur offert par son frère. Duane quant à lui, se rêve nu parcourant les rues d’un New-York endormi. Dans Xtro, les rêves et les jouets de Tony prennent vie grâce aux pouvoirs de son père. Mais Tony n’est pas Elliot et très vite les rêves de l’enfant deviennent un enfer pour le voisinage.
 

C’est surtout le mauvais goût, parfois grossier, qui a la part belle dans Basket Case, tandis que Xtro hésite perpétuellement entre film d’horreur moderne et onirisme agressif. Franck Henenlotter, lui, en digne héritier de John Waters, mais malgré une réalisation difficile à cause des conditions de tournage (les décors sont ceux d’un vrai hôtel de passe dans les bas-fond de New-York) joue la carte des couleurs jaunâtres, de l’interprétation douteuse, d’un éclairage sombre et d’une animation hasardeuse pour Bélial. Ainsi chaque scène deviendra culte car complètement ringarde. D’ailleurs ce sont les fans de la première heure qui pousseront le distributeur américain à « rendre » toutes les scènes intactes à Basket Case. Ces deux cinéastes alternatifs resteront marqués par leurs premiers films et Harry B. Davenport réalisera trois Xtro pour disparaître dans les oubliettes du film d’horreur, tandis que F. Henenlotter réalisera Brain Damage, sorte de remake plus « léché » de son Basket Case, qu’il disait à l’époque détester, puis le plus connu : Frankenhooker (1990) et enfin Basket Case 3 : The Progeny avec pour ces deux séquelles, la collaboration de Bob Martin le rédacteur-en-chef de la mythique revue Fangoria.
 

A (re)découvrir si l’on veut connaître deux pièces maîtresses d’œuvres fauchées venant droit du cinéma d’exploitation dont l’honnêteté féroce et le mauvais goût volontaire des réalisateurs ne sont certainement pas à mettre en doute.
 
Titre original : Basket Case
Titre français : Frère de sang
Réalisation : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter
Photographie : Bruce Torbet
Pays d'origine : États-Unis
Genre : horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie : 1982

Titre : Xtro
Réalisation : Harry Bromley Davenport
Scénario : Ian cassie & Robert Smith
Production : New Line Cinema
Photographie : John Metcalfe
Pays d'origine : Grande-Bretagne
Genre : science-fiction & horreur
Durée : 1h20
Date de sortie : 1982

Article publié sur le site Mondes étranges.fr en 2010

samedi 7 janvier 2017

samedi 17 décembre 2016

Passez la porte, et installez-vous dans la Room 237

Oyez, oyez : spoiler en vue ! 

Room 237 est un documentaire de Rodney Ascher étrange et fascinant, qui présente différentes théories ou idées de complots découverts par des fans acharnés, voire des experts et néanmoins cinéphiles, à travers leurs inlassables visionnages d’un classique du cinéma d’horreur, Shining de Stanley Kubrick réalisé en 1980. 

Stanley Kubrick signa avec son film déroutant, une œuvre autant admirée que dénigrée, fascinant les uns, rebutant les autres qui, à l’époque de la sortie du film, criaient au travail bâclé ou accusaient le génial réalisateur du sulfureux Lolita ou du choquant Les Sentiers de la gloire de, s’être « vendu » au Dieu dollar en adaptant un best-seller de l’écrivain le plus lu au monde à cette époque : Stephen King. 


A travers neuf chapitres (segments), où se mêlent faits et fictions illustrant les explications des fans et des experts, le réalisateur donne sa propre relecture du film de Kubrick grâce à un montage élaboré qui donne une vision saisissante de ce que Kubrick montrerait réellement au spectateur. Cette analyse, et par là même, cette nouvelle critique d’un film réalisé il y a 33 ans, nous laisse pantois devant l’évidence des indices « redécouverts » grâce aux nouvelles technologies (le visionnage du film en blu-ray par exemple), les incroyables fondus au ralenti (certains fans passionnés iront jusqu’à superposer le film au début et en même temps par la fin, découvrant des images subliminales troublantes... et explicites !) 


Rodney Ascher emporte le spectateur dans un tourbillon de théories incroyables en montrant les nombreux indices, clins d’œil (parfois drôles ou à connotations sexuelles) distillés dans tout le film par Stanley Kubrick, qui, sous prétexte d’adapter un roman horrifique, n’aurait eu de cesse de donner (restons au conditionnel) l’occasion au public de connaître sa vérité. Car Stanley Kubrick aura montré, dans toute son œuvre complexe, à un public souvent démuni face à des scènes rendues « étranges » par l’abondance de détails atypiques, une vérité pesante et refoulée, comme la vérité cachée derrière la porte d’une certaine chambre 237 d’un hôtel isolé. Dans Shining, les théories et idées de complots obsèdent de nombreux fans, des professeurs, journalistes ou des experts en Histoire, certains s’interrogeant d’ailleurs sur le fait qu’à la sortie du film, personne ne s’était demandé pourquoi Shining laissait-il une telle impression de malaise, voire l’idée d’un film bâclé par les nombreuses scènes incompréhensibles. 

L’histoire étant de facture plutôt classique (un hôtel hanté qui terrorise ses habitants), ainsi, c’est par la personnalité même du réalisateur qu’il faudrait trouver les clés du film : que représentent vraiment les tableaux, les motifs des tapis ou tapisseries, certaines fenêtres à la lumière trop aveuglante, les petites pancartes accrochées sur les poignées de portes, le parcours en tricycle de Danny le petit garçon dans les couloirs gigantesques de l’hôtel, la marque de la machine à écrire de Jack Torrance, le terrifiant labyrinthe (inexistant dans le roman de Stephen King mais imposé par Kubrick, provoquant par là même la colère de l’écrivain) ? Une pile de boites de conserves de la marque Calumet dans la réserve va « frapper » la tête de Jack Torrance par un effet subtil de camera. Certains ont vu dans ce plan le départ d’une théorie incroyable qui formera le premier segment du documentaire. 

Les fans sont insatiables pour démontrer leur théorie, et on ne peut que s’incliner devant la probabilité de certaines d’entre elles, mais aussi la fantaisie des autres. Le titre du documentaire fait bien sûr référence à la terrifiante chambre de l’Hotel Overlook. Mais pourquoi 237 ? (Pourquoi pas, me répondrons certains d’entre vous... réfractaires à toute idée de conspiration). Dans le documentaire, un expert en Histoire a une réponse. Sa théorie représente le second segment du documentaire : pour lui, l’obsession de Kubrick pour l’Holocauste est si violente qu’il n’arrivait pas à réaliser un film sur le sujet. 

Après avoir réalisé Barry Lindon, film esthétiquement parfait, mais plutôt ennuyeux à tourner (Sic !), Kubrick voulut se tourner vers un film plus personnel... et donc plus complexe (le monsieur ayant 200 de QI, la complexité de Shining serait donc à la mesure de sa démesure !). Alors pourquoi 237 ? Je vous laisse comprendre... en regardant le documentaire. De nombreuses métaphores se référent à l’Holocauste, mais aussi à d’autres génocides. Ces indices, images subliminales, plans de caméra, etc.. amènent le spectateur à se sentir mal à l’aise, cherchant à comprendre quelque chose qu’il devrait voir, mais qu’il n’arrive pas à se rappeler. Ce sentiment de mémoire enfouie est symbolisée dans ce plan incroyable des portes d’ascenseurs de l’hôtel ne s’ouvrant pas, jusqu’à ce qu’un déluge de sang s’échappe par les interstices pour nous submerger. Le public (le Monde) refuse de voir, alors les fantômes du passé (l’Histoire) se chargeront de lui rappeler ses actes par n’importe quel moyen ! 
 Dans l’univers cinématographique de Stanley Kubrick (2001 : l’odyssée de l’espace, Orange mécanique, Barry Lindon, Eyes Wide Shut, Full Metal Jacket, etc...) il y a toujours ce leitmotiv d’une société déclinante, d’un peuple soumis, mais aussi parfois d’une famille « désagrégée », où la folie macabre des hommes est toujours sous-jacente. Il y a bien d’autres théories curieuses, dont le fameux complot qui prétend que Stanley Kubrick aurait tourné dans un studio : La Moon Room 237, les images de la mission Apollo 11, le 20 juillet 1969. 

Tous ces segments intriguent par ces démonstrations implacables et parfois amusantes. Le documentaire est alors un parfait complément au film, donnant envie de revoir Shining pour "accepter" enfin l’œuvre à travers le propre esprit d’un réalisateur secret et inclassable.


Titre : Room 237
Réalisation : Rodney Ascher
Scénario : Rodney Ascher
Production : Tim Kirk
Pays : États-Unis
Genre : Film documentaire
Durée : 102 minutes
Année : 2012


Post-scriptum de la Dame : A noter en complément de ce documentaire, le livre de Roger Luckhurts, Shining, très riche en référence, et paru cette année chez Akileos Eds.

Article initialement écrit pour le site Mondes Etranges.fr