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Retour aux sources

 


Black & Noir, enragez-vous ! 


Patrick Foulhoux 
Editeur : Metro Beach 
Date de parution : 11 octobre 2024 
EAN : 9782957430826 
Prix : 14€

Vers d'autres horizons

Quand on pense à l'Arménie, on pense aussitôt à l'artiste Charles Aznavour et à ses magnifiques chansons d'amour. Mais un autre artiste français d'origine arménienne de la même génération que le Grand Charles aurait pourtant mérité lui-aussi d'être reconnu et aimé du grand public.
Les chansons de Marc Aryan, auteur, compositeur et interprète né à Valence en 1926, sont totalement oubliées de nos jours (1), mais ce français d'origine arménienne, mort trop tôt, a pourtant composé et interprété de très belles chansons d'amour à la poésie, à la fois naïve et parfois drôle, qui fleuraient bon le bonheur d'une époque révolue : les années 60, dont le romantisme suranné avait su conquérir un jeune public.

Je t'aimais, Katy
Je t'aimais déjà
Mais tous les mots d'amour
Restaient au fond de moi
Par délicatesse, Katy
Pour un premier soir
Et parce que je pensais
Qu'on pourrait se revoir

- Extrait de Katy (1965) -

Mais il n'est pas trop tard pour découvrir ce chanteur à la voix douce et aux belles mélodies. J'ai pour ma part découvert par hasard cet artiste atypique en regardant une rediffusion de l'émission, elle-aussi atypique : L'Oeil du Cyclone. D'abord amusée en voyant ce curieux personnage ballotté par les vents sur un énorme bateau, bien emmitouflé dans un épais manteau et affublé de grosses lunettes, j'ai été peu à peu charmée par sa voix chaude, la mélodie et la poésie de sa chanson.

J'y passe des jours, j'y passe des nuits
A ordonner mille détails de mes doigts
En pensant, chérie, à toi

- Extrait de Mon petit navire (1965) -


Marc Aryan, de son vrai nom Aroutioun Henry Markarian, est né à Valence le 14 novembre 1926. Dès son plus jeune âge, Marc veut devenir chanteur, il apprend alors le solfège et le piano, puis se met à écrire ses premiers textes.

Devenu adulte, au lieu de reprendre l'affaire familiale (2), il ouvre avec succès un magasin de disques à Valence, puis grâce à un formidable talent d'homme d'affaires, il crée d'autres magasins dans toute la région lyonnaise. En 1957 Il vend tous ses magasins, et monte à Paris, mais les éditeurs ne s’intéressent pas à ses compositions, ni les chanteurs qui refusent d’interpréter ses chansons. Il achète alors une maison à Aulnay-sous-Bois, et décide de chanter lui-même ses textes.

En 1959, Marc Aryan enregistre deux titres chez Pathé-Marconi, mais l'expérience sera un bel échec. Au début des années 60, à la grande époque des années Yé Yé, Marc Aryan avait déjà 33 ans, pas évident pour lui de trouver son public ; la mode des "minets" battant son plein !
Trois ans plus tard il décide de créer son propre label de disque (Markal) et sa propre maison d'édition (Malatya) ; ainsi il pourra enregistrer et faire paraître ses propres compositions.
C'est dans la boite de nuit de sa soeur, la Barqu'à Jack à Zeebruges en Belgique, qu'il "testera" son premier disque. Les danseurs aiment sa voix et le bouche à oreille commence à opérer. Sa chanson, Ballade, apparaîtra dans son album Volage Volage en 1965. D'autre clubs, et des disquaires belges, reprendront les titres, puis, enfin, il signera avec EMI BELGIUM en 1963 un accord pour distribuer son label MARKAL. Il s'installe alors en Belgique, à Waterloo puis plus tard à Ohain.

Marc Aryan, s'inspire de toutes ses rencontres pour composer. En dirigeant lui-même un véritable orchestre composé de talentueux musiciens, il enregistre avec minutie toutes ses compositions, et voit enfin les succès se succéder, avec des titres comme Si j'étais le fils d'un roi qui sera tiré à 12000 exemplaires, où son tube le plus célèbre, Katy, qui lui a été inspiré d'une rencontre avec une jeune fille sur le port d'Anvers.
Marc Aryan commence à devenir très célèbre dans des pays comme le Liban, en Turquie, mais aussi en URSS, en Iran, et bien sûr en Arménie.

C'est en 1965, qu'il trouve son fameux look : des grosses lunettes et une perruque à la Roy Orbison.
Les albums se succèdent, et en 1975 il enregistre déjà son 7ème album, qui comprendra de nouvelles versions de ses anciens titres, comme la très émouvante chanson Istanbul.

Istanbul, Istanbul, j'ai soif de ses baisers, 
Istanbul, Istanbul, de sa peau veloutée.
J'ai faim de ses regards, 
Je voudrais la revoir
Pour abreuver mon coeur
D'un peu de bonheur.

- Extrait de Istanbul (1965) -

Son studio d'enregistrement d'Ohain voit passer des artistes aussi talentueux que Marvin Gaye, qui enregistrera en 1981, son sublime album Midnight Love. La star Anthony Quinn, chanteur à ses heures perdues(sic), viendra enregistrer quelques unes de ses "étonnantes" chansons (3). Le studio Katy de Marc Aryan enregistrera d'autres artistes, comme Patrick Hernandez et son fameux Born To Be Alive.

En avril 1985, Marc Aryan organise une tournée de concerts pour une durée de six mois aux USA, malheureusement il ne pourra pas concrétiser son grand projet, car il meurt quelques mois plus tard des suites d'un malaise.
Les douces compositions à la fois naïves et sentimentales de cet auteur-compositeur-interprète resteront longtemps en mémoire pour qui aura l'occasion de les découvrir (avec un clic rapide sur internet, ce sera désormais chose faite). Marc Aryan était un artiste qui, malgré les objections des "professionnels du disque", persista dans la création de son oeuvre ; cette volonté, propre au vrai artiste, renforce d'autant plus l'humanité qui découle de ses textes.


Post-scriptum de la Dame : Il existe un excellent site consacré, entre autre à Marc Aryan, n'hésitez pas à y faire un tour !

(1) Avec Dominique A comme artiste interprète de l'année aux Victoires de la Musique, le grand public français n'a de toute façon rien à faire de chansons telles que : Au fond de tes yeux, Parce que je t'aime, Bête à manger du foin, Toi je te garde, etc...
(2) La socièté Markal : une entreprise de fabrication de produits alimentaires à base de céréales et de riz qui existe toujours à Valence
(3) I Love You, You Love, Me et Nous deux c'est fini sont des perles du patrimoine musical mondial !


Come Inside à La Cigale


Mercredi 7 novembre - Tindersticks, La Cigale


Let the music play. Le Bal - 1983

Le raz-de-marée médiatique, justifié ou non, provoqué par le film The Artist de Michel Hazanavicius a redonné goût au cinéma muet et dansant. Il est d'autant plus dommage que malgré cette frénésie qui semble d'ailleurs perdurer (il suffit de voir le dernier clip de Bob Sinclar (sic) pour s'en rendre compte), personne n'a profité de cette ferveur pour rendre hommage au film Le Bal (Ballando Ballando) d'Ettore Scola, l'une de ses plus belles oeuvres dans un genre cinématographique que l'on croyait révolu.


Le pitch est très simple : dans une salle de bal, des couples se font puis se défont à travers la musique et les évènement majeurs qui ont marqué l'histoire de la France des années 30 jusqu'aux années 80. 

Le film Le Bal est une adaptation, par le maître de la comédie italienne, du spectacle musical au titre éponyme, créé en région parisienne par les membres du Théâtre du Campagnol. Le spectacle a eu un grand succès populaire et critique en 1981. Grâce à Ettore Scola ce spectacle est devenu un pur bijou visuel et sonore... et sans un seul dialogue !


1983 : sous le regard imperturbable des membres d'un orchestre miteux attendant de jouer, un vieux serveur s'affaire à passer un air à la mode sur le tourne-disque d'un salon de danse, tandis que des femmes de tous âges, pénètrent, fébriles, dans l'immense salle dont le haut plafond est orné de quelques boules à facettes. Certaines femmes jettent un regard timide à leur reflet, d'autres ont un regard plus assuré sur l'image qu'elles renvoient à l'immense miroir mural devant la piste (1), puis chacune à leur tour, elles font le choix d'une petite table autour de la piste de danse pour s'y asseoir et attendre... 
Des hommes arrivent peu à peu, s'assurant eux-aussi de leur apparence devant le miroir, puis d'un pas hésitant pour les uns ou déterminé pour les autres, ils s'installent au bar. Tous les protagonistes sont enfin prêts, s'observant déjà subrepticement. Le bal peut alors commencer, et faire remonter le temps à ces danseurs du dimanche en quête de rencontres amoureuses.

Accompagnement musical : J'attendrai (version disco) - Et maintenant (version instrumentale) - Les plaisirs démodés (Charles Aznavour)


Le film d'Ettore Scola est un film singulier, mêlant à la fois humour et mélancolie dans un tourbillon musical où baignent tous les événements marquants qui ont fait la France du 20ème siècle, mais dans un seul lieu : une salle de bal (2).

La direction artistique du Maestro Ettore Scola (Une journée particulièreNous nous sommes tant aimésAffreux, sales et méchants) est impeccable, accompagnée d'un jeu d'acteur irréprochable.
La gestuelle pourtant excessive des comédiens, l'expression des visages souvent poussées à l'extrême, ne font jamais tomber le film dans la caricature mais permettent au contraire de faire oublier au spectateur l’absence de dialogue, mettant ainsi en valeur le personnage principal du film : le bal et son inéluctable orchestre invitant à danser le plus introverti des personnages. 
Car c'est bien là le sujet du film : l'Homme, cet être social n'ayant de cesse de vouloir rencontrer ses semblables, provoquant parfois la joie, l'amour, mais aussi la désillusion et le conflit. Plus le film avancera dans le temps, plus ce besoin de convivialité diminuera à mesure que le modernisme s'impose.


Au début du film, les personnages des années 80 ont du mal à aborder leur partenaire d'une danse (voire plus si affinité), puis par un mouvement subtil de caméra, les personnages d'Ettore Scola deviennent alors des couples ivres de bonheur de danser et virevoltent dans les bras les uns des autres : nous sommes en 1936, c'est le temps du Front Populaire et des airs de Java, quand les ouvriers allaient ensemble au bal pour se changer les idées et rire. 
La caméra, si statique pendant la scène se déroulant en 1983, est ici, en mouvement permanent, faisant corps avec les danseurs. On ressent leur joie d'être ensemble, on danse avec eux. 
Le cinéphile Ettore Scola rend dans cette scène un bel hommage au couple de cinéma Fred Astaire et Ginger Rogers, mais alors que les comédies musicales hollywoodiennes étaient tournées en longs plans séquences avec des chorégraphies très élaborées, dans le film d'Ettore Scola les danseurs sont des hommes et des femmes du quotidien avides de convivialité, et non pas de magnifiques personnages-danseurs. 
Ettore Scola rend aussi hommage à Jean Gabin en évoquant le film de Julien Duvivier Pépé le Moko dans une très belle scène (3) où quelques touches de couleurs se mêlent à un noir et blanc rappelant les films de l'époque. 
L'expressivité des visages y est poussée jusqu'à l'extrême, comme dans les films muets, accentuant par là même, la sincérité des protagonistes, qui durant cette décennie (les années 30) où l'union populaire était primordiale, croyaient encore aux valeurs sociales et morales. 

Accompagnement musical (4) : Le Dénicheur - Encore un petit verre de vin - La Belotte - Java de concert - La valse brune - Au plaisir des bois - Danse du tapis - Les Triolets - Perles de cristal - Parlami d'amore Mariu


Une photo immortalise les danseurs de cette fin des années 30, laissant arriver une période sombre de l'histoire de France : l'Occupation. 
Deux protagonistes du bal de cette époque se démarquent bien vite des autres pour former un couple atypique et révélateur du contexte de l'époque : le Nazi (le comédien à l'allure dégingandée Jean-François Perrier) en recherche de plaisirs "à la française" et le Collaborateur (l’inquiétant Marc Berman) prêt à tout pour plaire à l'occupant. Celui-ci "jouera" d'ailleurs la cavalière déjà conquise d'avance...


Mais bientôt les cloches des églises retentissent annonçant la Libération tant espérée. Les visages s'éclaircissent alors et les sourires font places à des éclats de rire couverts par le tintement assourdissant des cloches. Une farandole de danseurs se forme empêchant le Collaborateur d'y entrer, tandis que le Nazi a fui le bal depuis longtemps. La joie est collective et de nouveau immortalisée par une photographie.

Accompagnement musical : J'attendrai - Sérénade sans espoir - Lili Marleen - Marcel Azzola, accordéon solo - Fleur de Paris - Tha Ma Ra Boum Di Hé-Ah ! - Les fraises et les framboises - Paso Doble - La plus bath des javas


Cette libération de la France annonce une période de nouveaux plaisirs : les français apprennent le "besoin" de consommer "grâce" à leurs libérateurs américains. Le petit orchestre musette s'est transformé en un splendide orchestre de Jazz qui invite à libérer les corps et amène peu à peu nos danseurs à plus de liberté dans les mouvements (et la pensée) en se trémoussant sur des airs d'un Glen Miller Orchestra à la française (5). 

Accompagnement musical : In the mood - Top Hat & Let's Face the Music and Dance – Harlem Nocturne


Puis les années 60 s'installent doucement dans notre salle de bal. 
On vient parfois en famille pour y passer le dimanche après-midi, mais bientôt les adolescents voudront "s'amuser" loin du chaperonnage de leurs parents, et l'arrivée et l'influence des premiers Blousons noirs ne va pas arranger le conflit qui commence à se créer entre les enfants et les parents de ce début des années 60. La recherche de son petit plaisir personnel, qui répond ainsi au besoin toujours grandissant de consommer plus et posséder des biens matériels, trouve écho avec l'arrivée fracassante du rock 'n' roll. Les jeunes danseurs déchaînés s'imposent sur la piste, écartant les vieux couples bien dépassés par ces nouvelles danses "fougueuses". 

Accompagnement musical : La vie en rose - Amour, castagnettes et tango - Si tu vas à Rio - Brazil - El Negro Zumbon – Tutti Frutti


Après la sempiternelle photographie-souvenir, la salle de bal se retrouve plongée dans l'obscurité. Avec les événements de mai 1968 le silence règne dans la grande salle de bal, que seules rompent les sirènes ininterrompues des fourgons de police dans la rue. De jeunes manifestants ont investit le lieu. Allongés sur le sol de la piste de danse et utilisant le mobilier pour se protéger des bris de verre, ils écoutent le chaos à l'abri dans la salle de bal. Les étudiants de mai 1968 ne veulent pas danser, ils échangent des regards pleins d'espoirs et de peurs, espérant un changement radical à cette société de consommation de masse... tout en découvrant les effets de la marijuana. 
C'est le début de la recherche de nouveaux moyens d’évasions, ainsi la mode hippie et la vague érotique des années 70 qui en découleront, font leur chemin.

Plus qu'un film muet et musical, Le Bal à cette force de se passer de dialogue au travers d'expressions corporelles et de différents genre musicaux. Ainsi la salle de bal devient le témoin de l'Histoire, c'est bien elle le véritable personnage principal du film. 

Accompagnement musical : Michelle

Après s'être essayés à la recherche de nouveaux plaisirs, nos danseurs se retrouvent au début des années 80. 
La piste semble peu occupée, seuls un ou deux couples dansent d'un air absent. La lumière est très tamisée et les quelques boules à facettes éblouissent plus qu'elles n'invitent à la fête. Des hommes et des femmes déambulent chacun de leur côté sans trop savoir quoi faire. Les crises économiques successives ont assombri le climat de l'époque... jusque dans la salle de bal. On se réfugie dans sa solitude, ne recherchant plus l'autre. Communiquer devient alors très difficile, voire laborieux et le plaisir narcissique est roi : certains dansent devant leur image qui se reflète dans l'éternel miroir, d'autres gesticulent devant quelques danseurs ou danseuses pour essayer d'attirer l'attention. 
Parfois ça marche... 

Accompagnement musical : T'es OK


 

Bientôt tout le monde rentre chez soi, rarement accompagné. 
Ainsi le bal s’achève sur un air triste de trompette, tandis que le serveur débarrasse quelques verres sur des tables rapidement délaissées. 

Accompagnement musical : Que reste-t'il de nos amours (version instrumentale)


 

(1) La caméra prend la place du miroir, ainsi chaque personnage regarde le spectateur pendant qu'il vérifie son allure vestimentaire ou se recoiffe. 
(2) La salle de bal a été entièrement construite dans les studios de Cinecittà. 
(3) Un Jean Gabin vieillissant "apparaîtra" de nouveau dans la scène des années 6o. 
(4) A noter : c'est dans la période des années 30 que la programmation musicale est la plus riche, contrastant par exemple avec la platitude du seul titre des années 80.
(5) Cette période années 40-50 plaira beaucoup, je pense, aux amateurs et amatrices de la mode vestimentaire style Pin-up, n'est-ce-pas Miss Sunalee ;-)

Titre original : Ballando, ballando
Réalisation : Ettore Scola
Scénario : Ruggero Maccari, Jean-Claude Penchenat, Furio Scarpelli et Ettore Scola (sur une idée de Jean-Claude Penchenat).
Production : Mohammed Lakhdar-Hamina et Giorgio Silvagni
Musique : Vladimir Cosma
Photographie : Ricardo Aronovich
Pays : France - 1983
Genre : Historique, film musical
Durée :112 minutes


Petit jeu de comparaison

Petite comparaison entre la pochette d'un album célèbre :


L'album de Bob Dylan, The Freewheelin' (1963) 


et l'affiche d'un film sans prétention, mais à découvrir absolument : 
Once de John Carney (2006)


Nowhere to run, nowhere to hide. The Warriors - 1979

Le réalisateur américain Walter Hill réalise en 1979 un film devenu culte (1) The Warriors (le titre français Les Guerriers de la nuit sera pour une fois bien choisi (2)).

Alors que l’affiche de l’époque scandait : «Voici les armées de la nuit. Ils sont 100 000. Ils sont cinq fois plus nombreux que les flics. Ils pourraient diriger la ville de New-York», provoquant immanquablement le tollé général chez les forces de l’ordre, le film n’aura eu pourtant qu’un succès populaire mitigé à sa sortie en salle, et n’aura pas fait naître de vocation guerrière chez le délinquant en herbe des banlieues ghettoïsées des grandes métropoles du début des années 80. Les banlieues ne se réveilleront véritablement que dans les années 90, mais nous y reviendrons plus tard si vous le voulez bien… et même si vous ne le voulez pas, c’est moi qui décide, étant la chef de gang sur ce blog !
Le leader du plus puissant gang de New-York a réuni, au cœur de la nuit et du Bronx, les principaux représentants d’une centaine de bandes régnants dans les bas quartiers de la ville. Tel un gourou devant ses adeptes, il annonce son projet mégalomane : regrouper tous les malfrats pour commander cette nouvelle armée prête à en découdre avec la police.
Mais son projet démentiel est contré par le chef psychopathe d’un gang frondeur qui l’abat sans raison. Il se dépêche d’accuser le chef du petit groupe des Warriors qui est le seul gang à l’avoir vu tirer.
Une descente de police disperse alors l’assemblée, et chacune des confréries n’a plus qu’une idée en tête : être celle qui retrouvera la première les Warriors pour les tuer et venger ainsi la mort de leur chef.
Commence alors pour les Warriors un long périple nocturne contraints de se livrer à de terribles combats de rue pour rejoindre leur quartier sains et saufs. C’est dans une interminable déambulation nocturne que les jeunes garçons, flanqués d’une nouvelle recrue marginale, verront enfin leur innocence prouvée sur la plage de Coney Island, leur territoire retrouvé, au lever d’un soleil salvateur dissipant ainsi les moiteurs d’une nuit sanglante. Je sais, c’est une très belle fin, mais la bande originale est bien plus belle encore. Il suffit de (ré)écouter les titres de Desmond Child (Last of An Ancient Breed), Arnold McCuller (Nowhere To Run), Joe Walsh (In The City) pour le comprendre.


The Warriors est un film qui a gardé encore aujourd’hui toute sa puissance visuelle grâce à la maitrise d’une réalisation nerveuse où les scènes très réalistes de rixes se succèdent dans une chorégraphie stylisant la violence, rappelant ainsi cette volonté si particulière à l’époque (3) d’afficher ses couleurs et d’avoir « the Attitude » (même dans la violence) pour s’affirmer et prouver son appartenance à un groupe.
Même si de nos jours la volonté principale d’un gang n’est plus de contrôler un quartier (territoire) pour imposer ses propres règles et couleurs, mais plutôt gérer l’économie souterraine (trafic de drogue, crime organisé, etc...); le film de Walter Hill intéressera surtout la jeune génération plus intéressée par les prémices d’une imagerie urbaine et populaire, inexistante dans les médias de l’époque, et qui influencera toute une génération d’artistes underground (les musiciens de N.W.A ou Public Enemy entre autre) plutôt que de les inciter aux émeutes.


Mais on peut quand même se demander si cette armée si bien dépeinte dans le film de Walter Hill finira un jour pas se constituer, prête à une prochaine guérilla urbaine.
Les dramatiques et médiatiques évènements de mars dernier à Toulouse ont remis le sujet des violences urbaines d’actualité, et cette année les médias ne manqueront de rappeler une certaine date anniversaire : le 29 avril 1992 débutèrent les émeutes à Los Angeles où durant 6 jours, en représailles à l’acquittement des quatre policiers qui passèrent à tabac un afro-américain arrêté pour un simple excès de vitesse. Les gangs les plus puissants de la ville utilisèrent ce soulèvement populaire pour s’allier et imposer leurs revendications au pouvoir local jusqu’à ce que les Marines soient envoyés pour rétablir l’ordre.


Post-scriptum de la Dame : Tony Scott réalise actuellement un remake dont l’histoire se déroulera à Los Angeles. Il existe un jeu vidéo très populaire type beat them all sorti en 2005 sur PlayStation 2 et Xbox.


(1) Je rappelle ma définition du mot Culte : une poignée, et une seule (sic), d’admirateurs porte un intérêt particulièrement fort et constant à un film dès sa sortie en salle, alors qu’il ne suscitera que peu d’entrain aux yeux du plus grand nombre. Clamer par exemple que le film Intouchables est un film culte est, non pas une hérésie, mais une stupidité désespérante, enrobée d’un relent communautaire inquiétant (le film communautaire étant devenu par ailleurs le thème de prédilection du cinéma français actuel).

(2) Clockwork orange devient Orange Mécanique, Blood Simple se traduit par Sang pour Sang, The Hangover et Very Bad Trip sont un seul et même film, etc… Je vous laisse compléter la longue liste de ces traductions françaises très aware

3) Je pense au fameux clip vidéo The Message de Grandmaster Flash pour le côté « the Attitude » des gangs de l'époque du film.

Titre : Les Guerriers de la nuit
Titre original : The Warriors
Réalisation : Walter Hill
Scénario : David Shaber et Walter Hill, (d'après le roman Les Guerriers de la nuit de  Sol Yurick)
Musique : Barry De Vorzon
Directeur de la photographie : Andrew Laszlo
Producteurs : Lawrence Gordon, Frank Marshall, Joel Silver
Société de production : Paramount Pictures
Pays : États-Unis
Genre : Action
Durée : 92 minutes

Année :1979

En attendant Noël... Les Chaussons rouges - 1948

Alors que va commencer la course aux préparatifs des fêtes de fin d'année, pourquoi ne pas s'installer confortablement près de la cheminée et revoir ce magnifique conte filmé : Les Chaussons rouges.


Ambiance féerique assurée !

Les Chaussons rouges est une production britannique de 1948 écrit et réalisé par Michael Powell (Peeping Tom, 1960) en collaboration avec Emeric Pressburger, deux réalisateurs atypiques dont la recherche visuelle, l’innovation technique et l’écriture scénaristique ont influencé toute une génération de cinéastes, comme Martin Scorsese, Steven Spielberg ou Brian De Palma.

En 1942, le réalisateur anglais Michael Powell s’associe à Emeric Pressburger pour créer une société de production indépendante (The Archers) et ainsi donner quelques uns des plus beaux chefs-d’œuvre du cinéma : Colonel Blimp, Les contes de Canterbury, Le Narcisse noir, les contes d’Hoffmann et bien sûr Les Chaussons rouges.

Pourtant les deux réalisateurs semblent trop précurseurs pour leur époque : l’utilisation du procédé technicolor trichrome et une réalisation moins « traditionnelle », collant plus à la vision singulière du monde qu’ils conçoivent, provoqueront alors l’incompréhension des critiques et du public.
Le film Peeping Tom (Le Voyeur) en 1960, trop choquant, entrainera même la fin de The Achers. Peu à peu les films de Powell et de Pressburger tomberont dans l’oubli jusqu’à ce que, dans les années 70, la nouvelle génération de réalisateurs (Brian De Palma, Francis Ford Coppola, voire même George Romero) fassent de Peeping Tom une œuvre culte et inspiratrice.



Un compositeur encore inconnu et une jeune danseuse sont engagés dans une prestigieuse troupe de ballet par un directeur aussi despote que talentueux. Celui-ci renvoi sa danseuse étoile, sur le point de se marier, et la remplace par la jeune danseuse, tandis que le compositeur doit écrire un nouveau ballet à partir du conte d’Andersen, Les Souliers rouges : une jeune fille chaussent des souliers magiques et perd le contrôle de sa vie.
Le ballet est un triomphe. La nouvelle danseuse étoile et le compositeur devenu célèbre tombent amoureux, mais le directeur intransigeant impose à sa danseuse de choisir entre son amour et la danse. Tiraillée par ses deux passions, la jeune femme mettra fin à ses jours.


A la fois drame et conte musical, Les Chaussons rouges est un film remarquable évoquant très justement l’art et la danse en particulier. Belle réflexion sur la dureté implacable du milieu et la beauté gracile qui doit en découler pourtant, où l’art (la danse classique) « dévore » celui qui s’y adonne, le poussant à toutes sortes de sacrifices (psychologiques et physiques) jusqu’à basculer parfois dans la névrose. Ainsi la longue et sublime séquence du ballet (17 minutes du film) marquera longtemps le spectateur par sa belle métaphore et la fluidité de la mise en scène : Victoria devient son personnage pour ne plus le quitter, annonçant alors son funeste destin.

C’est par le talent de toute une équipe que le film Les Chaussons rouges a pu voir le jour et devenir au fil des décennies une référence cinématographique. La réalisation impeccable et innovante de Michael Powell (fondus enchaînés, abondances des décors, superpositions d’images, diversités dans les plans, etc…), le scénario pointu d’Emeric Pressburger, la flamboyance du technicolor grâce au directeur de la photographie Jack Cardiff (Le Narcisse noir, Guerre et Paix, Les Vikings), les chorégraphies et la partition musicale, ainsi que les interprétations des acteurs principaux, font de ce film une rareté à (re)découvrir.


Les Chaussons rouges de Michael Powell sont disponibles dans une version restaurée en DVD et BluRay depuis le 09 novembre 2011. A noter que Martin Scorsese fut le consultant pour la restauration avec Thelma Schoonmaker Powell.

Voilà une belle occasion pour (re)découvrir ce chef-d’œuvre qui a inspiré de nombreux réalisateurs dont Darren Aronofsky avec son film Black Swan. Mais est-ce que Darren Aronofsky influencera autant "le cinéma de demain" comme le fit Michael Powell, mais lui sans tapage médiatique ?
Sans attendre la réponse, je pars vite enfiler mes fantasmagoriques « chaussons rouges », me délectant déjà à l'idée de voir le film dans sa version restaurée.

Post-Scriptum de la Dame : Découvrez chez Cinetrafic la catégorie la danse au cinéma ou d'autres titres dans la catégorie film à voir



That's the hell of it

Laissez-moi vous parler d'un film fantastique qui me tient à coeur depuis bien longtemps : Phantom of The Paradise de Brian De Palma. Un film inclassable de 1974 avec en vedette Paul Williams himself, un compositeur de génie.
C'est un film culte, inconnu du grand public et adulé par une poignée d'inconditionnels. C'est bien la définition même d'un film culte (n'importe quelle grosse production ou série télé est culte de nos jours).

Je n'ai pas eu la chance de découvrir cet ovni cinématographique lors de sa sortie n'étant à l'époque qu'une petite fille (et pas encore cachée dans son radiateur), mais au Cinéclub du vendredi soir sur Antenne 2 dans les années 80. Les moins de 20 ans ne comprendront pas, mais là, je verse une petite larme de nostalgie car il y avait tellement de rareté à découvrir dans ce ciné club du vendredi.

Swan (Paul Williams), un célèbre producteur, cherche un son nouveau pour l'ouverture du temple de la musique : le Paradise.
Lors des auditions, il entend la musique tant recherchée : c'est celle de Winslow (l'acteur William Finley), un compositeur aussi talentueux que naïf. Swan n'hésite pas à faire mettre Winslow en prison et s'approprie les précieuses notes. Winslow, après avoir subi les pires tortures (visage défiguré, dents arrachées...) s'échappe et trouve refuge dans les coulisses du Paradise. Il dissimule son visage monstrueux derrière un magnifique masque d'oiseau (c'est le phénix qui renaît de ses cendres) et enveloppe son corps (et son âme) meurtrie dans une grande cape noire et argent.
Le Phantom va alors pouvoir se venger de Swan.
Il se met à hanter le Paradise en sabotant toutes les répétitions. On assiste alors à une scène de douche digne du film Psycho, mais en plus délirant ! Swan décide alors d'apprivoiser le Phantom en lui faisant signer un drôle de contrat...



Phantom of The Paradise est-il une comédie musicale, un film d'horreur qui revisite tous les thèmes littéraires du Mythe ?
On pense bien sûr au roman de Gaston Leroux, Le Fantôme de l'Opéra, au mythe de Faust, au Portrait de Dorian Gray avec le personnage de Swan.

La musique est aussi importante pour l'action du film. Tous les tubes américains des années 50 à 70 sont évoqués et les stars du show-biz, facilement reconnaissables, sont bien égratignées !

Mais Phantom of The Paradise n'est pas une comédie fantastique. C'est un film sombre, dérangeant.
Ainsi, seul le personnage féminin du film : Phoenix la chanteuse vedette choisie par Swan (ou plutôt volée elle-aussi à Winslow) incarne le peu d'humanité présent encore dans ce "paradis".
Quand on entend Phoenix (l'actrice Jessica Harper) chanter la chanson Old Souls à travers le regard du Phantom, il se dégage tant d'émotions. On sait que l'on regarde et écoute un film rare. 
Un chef-d'oeuvre.

On retrouve dans ce film, les obsessions du réalisateur Brian De Palma : la manipulation, le voyeurisme, et la scène finale (l'ouverture du Paradise) est d'un tel désespoir, d'une telle noirceur qu'on est loin de la comédie musicale fantastique dans le style de Rocky Horror Picture Show. Autre film culte dont je vous parlerai, chers ami(e)s, très bientôt.



When you come near to me...


Il me revient un commentaire que j’avais laissé sur un blog il y a peu. J’évoquais Vincent Gallo et son film Buffalo 66. Voici ce que je laissais alors :

« L’incommunicabilité (oh le vilain mot) est un thème récurrent dans l’œuvre de Vincent Gallo, autant dans ses films toujours audacieux que dans ses albums très personnels. Dans Buffalo 66, Billy s’adressant à Layla dans la scène du Photomaton résume cette « sensibilité à fleur de peau » si forte chez cet artiste atypique :

- Don't touch me.
- What do you mean, ''Don't touch me'' ?
- We're supposed to be husband and wife.
- l'm just tryin'to make it look good.
- We're the couple that doesn't touch one another.
- We like each other a lot,and we span time together.
- We just don't touch each other, all right ?

Ce cri d’amour désespéré me bouleverse à chaque fois que je regarde ce film. Est-ce que Vincent Gallo est un Freak ? Bonne question… Mais nous le sommes tous aux yeux des autres. »

Ce petit comm’ m’a donné envie de continuer plus loin dans l’évocation de l'œuvre de cet artiste-dandy, voire agaçant pour beaucoup, qui incarne si bien la solitude dans l’intime.

Quoi de plus logique que de commencer cette évocation avec son album très personnel When sorti en 2001 chez Warp Records (label indépendant anglais découvreur dans les années 90 de nombreux artistes Electro tels que Aphex Twin ou Autechre).

L’album When est composé (et enregistré dans le propre garage de l’artiste autodidacte transformé en studio d’enregistrement) principalement de chansons instrumentales. Dix titres évoquant l’Amour qui semblent « flotter » dans une ambiance parfois Jazzy ou folk.
Il règne dans tout l’album une impression d’errance aléatoire où la solitude (Yes, I'm lonely), l’amour obsession, voire exacerbé (Laura), le romantisme gentiment naïf (Honey Bunny) sont évoqués, paisiblement, dans une douceur précieuse. Vincent Gallo, grand collectionneur de matériels audio rares et d’instruments de musique vintages, ne compose pourtant que des mélodies simples pour When, et met ainsi en valeur sa voix si particulière, tremblante et androgyne à la fois, renforçant ainsi sa vulnérabilité. Cette vulnérabilité déjà perçue dans le moyen-métrage US Go Home de Claire Denis diffusé sur Arte dans la collection « Tous les garçons et les filles de leur âge » en 1994.

Il faut rester concentré quand on écoute When, car chaque titre composé à partir d’une instrumentation minime s’égare dans une langoureuse mélancolie, mais sans jamais céder à l’affliction.
Vincent Gallo est un artiste plus romantique que mégalo, dont la voix douce et hésitante vouée à une sempiternelle tristesse « délicate » laisse sa meilleure empreinte musicale dans ces compositions dépouillées. Elles se reconnaissent assez facilement depuis son film Buffalo 66. Dès les premières minutes du film, dans un sublime patchwork d’images granuleuses de narcissisme triste, il y a déjà cette volonté d’utiliser peu d’instruments : quelques accords de piano aléatoires, de maigres percussions qui se brisent dans l’air telles des vagues imaginaires, un ou deux claviers vintages... et enfin la voix féminine de Vincent Gallo, calme, presque brisée, tant attendue dans When.
Cet album est une invitation à accepter l’amour éphémère, mais certainement pas au suicide… Vincent Gallo « nous fait la grâce » de découvrir, avec cet album intimiste (autobiographique ?), une partie de son étrange univers. Déjà en 1979, avec son groupe Gray (1), dont l’un des membres n’était autre que Jean-Michel Basquiat, il emmenait l’auditeur dans une atmosphère musicale mystérieuse et « borderline ».

Vincent Gallo n’est pas psychotique, paranoïaque ou névrosé comme on peut le lire partout et surtout n’importe où. C’est un artiste sincère aux multiples talents, féru de recherches musicales et picturales. Il a su «imposer» son univers avec intelligence et classe en dévoilant ses doutes et ses faiblesses… Un comble pour celui qui a été tant décrié à cause de son magnifique et incompris film Brown Bunny ! (2)




(1) Dans le film Basquiat, Julian Schnabel, montrent quelques extraits vidéos des compositions de ce groupe underground New-Yorkais.

(2) J'évoquerai bientôt ce film ainsi que Buffalo 66.