mardi 1 novembre 2011

When you come near to me...


Il me revient un commentaire que j’avais laissé sur un blog il y a peu. J’évoquais Vincent Gallo et son film Buffalo 66. Voici ce que je laissais alors :

« L’incommunicabilité (oh le vilain mot) est un thème récurrent dans l’œuvre de Vincent Gallo, autant dans ses films toujours audacieux que dans ses albums très personnels. Dans Buffalo 66, Billy s’adressant à Layla dans la scène du Photomaton résume cette « sensibilité à fleur de peau » si forte chez cet artiste atypique :

- Don't touch me.
- What do you mean, ''Don't touch me'' ?
- We're supposed to be husband and wife.
- l'm just tryin'to make it look good.
- We're the couple that doesn't touch one another.
- We like each other a lot,and we span time together.
- We just don't touch each other, all right ?

Ce cri d’amour désespéré me bouleverse à chaque fois que je regarde ce film. Est-ce que Vincent Gallo est un Freak ? Bonne question… Mais nous le sommes tous aux yeux des autres. »

Ce petit comm’ m’a donné envie de continuer plus loin dans l’évocation de l'œuvre de cet artiste-dandy, voire agaçant pour beaucoup, qui incarne si bien la solitude dans l’intime.

Quoi de plus logique que de commencer cette évocation avec son album très personnel When sorti en 2001 chez Warp Records (label indépendant anglais découvreur dans les années 90 de nombreux artistes Electro tels que Aphex Twin ou Autechre).

L’album When est composé (et enregistré dans le propre garage de l’artiste autodidacte transformé en studio d’enregistrement) principalement de chansons instrumentales. Dix titres évoquant l’Amour qui semblent « flotter » dans une ambiance parfois Jazzy ou folk.
Il règne dans tout l’album une impression d’errance aléatoire où la solitude (Yes, I'm lonely), l’amour obsession, voire exacerbé (Laura), le romantisme gentiment naïf (Honey Bunny) sont évoqués, paisiblement, dans une douceur précieuse. Vincent Gallo, grand collectionneur de matériels audio rares et d’instruments de musique vintages, ne compose pourtant que des mélodies simples pour When, et met ainsi en valeur sa voix si particulière, tremblante et androgyne à la fois, renforçant ainsi sa vulnérabilité. Cette vulnérabilité déjà perçue dans le moyen-métrage US Go Home de Claire Denis diffusé sur Arte dans la collection « Tous les garçons et les filles de leur âge » en 1994.

Il faut rester concentré quand on écoute When, car chaque titre composé à partir d’une instrumentation minime s’égare dans une langoureuse mélancolie, mais sans jamais céder à l’affliction.
Vincent Gallo est un artiste plus romantique que mégalo, dont la voix douce et hésitante vouée à une sempiternelle tristesse « délicate » laisse sa meilleure empreinte musicale dans ces compositions dépouillées. Elles se reconnaissent assez facilement depuis son film Buffalo 66. Dès les premières minutes du film, dans un sublime patchwork d’images granuleuses de narcissisme triste, il y a déjà cette volonté d’utiliser peu d’instruments : quelques accords de piano aléatoires, de maigres percussions qui se brisent dans l’air telles des vagues imaginaires, un ou deux claviers vintages... et enfin la voix féminine de Vincent Gallo, calme, presque brisée, tant attendue dans When.
Cet album est une invitation à accepter l’amour éphémère, mais certainement pas au suicide… Vincent Gallo « nous fait la grâce » de découvrir, avec cet album intimiste (autobiographique ?), une partie de son étrange univers. Déjà en 1979, avec son groupe Gray (1), dont l’un des membres n’était autre que Jean-Michel Basquiat, il emmenait l’auditeur dans une atmosphère musicale mystérieuse et « borderline ».

Vincent Gallo n’est pas psychotique, paranoïaque ou névrosé comme on peut le lire partout et surtout n’importe où. C’est un artiste sincère aux multiples talents, féru de recherches musicales et picturales. Il a su «imposer» son univers avec intelligence et classe en dévoilant ses doutes et ses faiblesses… Un comble pour celui qui a été tant décrié à cause de son magnifique et incompris film Brown Bunny ! (2)




(1) Dans le film Basquiat, Julian Schnabel, montrent quelques extraits vidéos des compositions de ce groupe underground New-Yorkais.

(2) J'évoquerai bientôt ce film ainsi que Buffalo 66.



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