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L'homme est un loup pour l'homme. Wolfen - 1981

Wolfen est un film américain de 1981 réalisé par Michael Wadleigh, adapté du roman de Whitley Strieber. C'est un film qui date un peu c'est vrai, mais à recommander pour les amateurs de cinéma fantastique plutôt "sophistiqué" grâce à sa mise en scène recherchée et aux effets spéciaux originaux (1).

Son histoire est elle aussi très originale : un riche homme d'affaires et sa femme sont retrouvés massacrés dans un parc de Manhattan.
Dewey Wilson, un inspecteur de police (l'impeccable Albert Finney) et une psychologue vont mener l'enquête. Bientôt d'autres corps vont être découverts dans le Bronx. Cette fois-çi ce sont des clochards. Seuls les blessures similaires sur chacun des corps vont relier les deux affaires. L'enquête va prendre une tournure surréaliste quand des poils de loups vont être retrouvés sur les cadavres déchiquetés...


Dès le générique, on est plongé dans une atmosphère étrange avec la musique "sublime" de James Horner, Brainstorm, Aliens 2, etc... et bien sûr hum...Titanic), accentuée par les magnifiques images de descendants d'indiens se tenant graves et silencieux au sommet du pont de Brooklyn, dominant un New York crépusculaire.
Le contraste est saisissant : une poignée d'hommes (les indiens respectueux de la nature) faisant face au Wall Trade Center symbole du capitalisme outrancier des années 80.

Les images qui suivent nous donnent une vision d'un New-York d'Apocalypse : des quartiers laissés à l'abandon, des églises en ruines. On pense aux dernières images de La Planète des Singes de Franklin J. Schaffner quand Charlton Heston découvre sur une plage les vestiges de New York.
Très vite, les spectateurs de l'époque qui croyaient voir un film de loup-garou comprennent que Wolfen allait être bien plus exigeant.

Wolfen est un film ambitieux par sa mise en scène efficace et par ses effets spéciaux ingénieux, qui amènent peu à peu le spectateur à se sentir "concerné" par ce qu'on lui montre.
Comme le policier, homme désabusé et distant, on découvre une réalité divergente à mesure que les repères s'effritent pour laisser place aux doutes.

Eddie Holt, un personnage étrange et ambïgue va finir par briser les repères du policier (et du spectateur). Edward James Olmos (Blade Runner) incarne Eddie, le descendant d'un indien. Il est un peu le guide du policier sur le chemin de la "vérité". A noter la performance d'acteur d'Eward James Olmos dans une très belle scène où il entre en transe (lycantropie ?) par une nuit de pleine lune, et ce, sans effets spéciaux ! Eddie annoncera d'ailleurs au policier : "Tout est dans la tête ."
La force de Wolfen, c'est d'avoir adopté la vision du "tueur" grâce au principe de la steady-cam qui rappelle alors le pas fluide et lèger d'un animal. Le spectateur se met (malgré lui) à sa place : il voit à travers son regard, il est à sa "hauteur" ! Quand c'est le "tueur" qui observe, les couleurs changent grâce à un très bon procèdé optique. Les voix humaines sont transformées et deviennent inquiètantes voire menacantes. Ces differents effets (simplissime de nos jours mais toujours efficace) montrent une autre réalité : celle du "tueur".
Malgré les massacres perpétrés au début du film, le spectateur bascule peu à peu du côté du "coupable" tant la mise en scène et les effets spéciaux sont réussis. Et quand ce "tueur" fait face aux policiers (et au spectateur) on ressent un tel frisson tant son regard est puissant et magnétique...

Alors Wolfen est-il un film fantastique ? Oui et je me plussoie !
C'est un film d'une beauté onirique : jusqu'à la fin du film, on ne sait plus où se situe la réalité. On ne sait pas si des indiens se sont réincarnés dans une meute de loups règnant sur les vestiges d'une humanité en
déclin.
La nature a-t'elle uni ses dernières forces (loups et indiens) pour se réapproprier ses droits ?
Dans la scène finale, le policier Wilson finira par comprendre et voir...

Mais Wolfen a cette force de laisser le spectateur voir ce qu'il veut. Ainsi les dernières images du film nous ramènent au sommet du pont de Brooklyn où deux indiens semblent attendre le moment où leur "réalité" deviendra celle de tous les hommes.

A vous de voir...

(1) SPFX originaux pour l'époque, car forcément en 2012 ce n'est plus évident de s'aligner avec cette sacro-sainte 3D !

Titre original : Wolfen
Réalisation : Michael Wadleigh
Scénario : Michael Wadleigh, David Eyre, Eric Roth (d'après le roman éponyme de Whitley Strieber).
Production : Rupert Hitzig et Alan King
Sociétés de production : Warner BrosMusique : James Horner
Photographie : Gerry Fisher
Pays d'origine : États-Unis
Genre : Fantastique, Policier
Durée : 115 minutes
Année : 1981



En attendant Noël - Partie 2. La Compagnie des loups - 1984


Il était une fois un conte magnifiquement filmé que les enfants ne sont pourtant pas invités à regarder pendant la veillée de Noël. Un conte pour grandes personnes où règne dans chaque plan le loup avide de chair fraîche, en particulier la chair délicieuse des jeunes filles en fleurs...


La Compagnie des loups de Neil Jordan est un film ambitieux et complexe sorti en 1984, inspiré du livre féministe d’Angela Carter, la scénariste du film. Dans son récit, une femme très âgée (l'actrice Angela Lansbury) invente une suite aux contes de Charles Perrault et des frères Grimm en mettant en avant les femmes, faisant fi des valeurs classiques attendues dans ces contes pour enfants. 

Rosaleen est une toute jeune fille en proie aux troubles des prémices de l’adolescence. Elle trouve refuge dans sa chambre et, sous l’œil protecteur de ses peluches et poupées, s’enfonce inlassablement dans un rêve troublant. Elle franchit alors chaque étape l’amenant aux confins de son inconscient (comme Alice au Pays des Merveilles) pour se retrouver aux abords d’une forêt dense et crépusculaire. 
Devenue petite paysanne, Rosaleen vit paisiblement dans un hameau médiéval entourée de ses proches qui veulent la protéger de sa témérité candide et des dangers qui rôdent dans la forêt. 
Sa grand-mère, telle la grand-mère du Petit Chaperon Rouge, tente sans cesse de la convaincre des risques à venir si elle ne se méfie pas suffisamment de l’inconnu en lui racontant des histoires étranges, peuplées de jeunes femmes et de créatures mystérieuses…


Ainsi, à partir du rêve de Rosaleen, le spectateur et la protagoniste elle-même, vont vivre une ramification de contes et légendes dont les thèmes principaux sont la peur de l’inconnu et la perte de l'innocence, représentés dans le film de Neil Jordan par le loup, personnage récurrent du film, dangereux et séduisant à la fois.
Mais on est bien loin du Loup-garou de Londres ou plus récemment du personnage de Jacob Black dans Twilight !
La Compagnie des loups évoque plutôt le cinéma onirique comme Wolfen, Legend ou les classiques de Disney.

Les non-dits, si chers à la société britannique toute faite de réserve, sont très bien évoqués avec les proches de Rosaleen qui ne savent pas comment répondre aux attentes « innocentes » de la jeune fille.
Chaque plan travaillé (Neil Jordan a souvent collaboré avec John Excalibur Boorman), chaque détail dans les costumes, couleur ou jeu de lumière dans les feuillages de la forêt et à travers les petites fenêtres du hameau renforcent cette impression de surréalisme pendant tout le film : rêve, réalité puis peur, attirance. Ce réalisme britannique est aussi très bien rendu avec les couleurs sombres et la lumière douce qui rappellent les œuvres du peintre paysagiste anglais John Constable.


La dualité est aussi magnifiquement évoquée avec cette créature noble et féroce qu’est le loup. 
Ainsi chaque plan où apparait le mystérieux animal est attendu et redouté tant par Rosaleen que par le spectateur : tantôt solitaire, régnant sur le monde de la nuit (symbolisant l’homme individualiste et libre), tantôt créature cruelle et implacable rassemblée en meute sans pitié pour sa proie (le groupe, symbolisant la force et l’asservissement du plus faible).


L’homme n’est-il pas un loup pour l’homme ?

Quoi de plus naturel donc pour représenter cette dualité « attirance-répulsion », que cette brève apparition du démon (sulfureux ?) dans une très belle scène surréaliste où, dans une Rolls-Royce d’un blanc immaculé, l’acteur anglais Terence Stamp (Histoires extraordinaires, The Collector…) prête à l’Ange Noir les beaux traits fins de son angélique visage.


Neil Jordan n’a jamais cédé à la psychanalyse facile ni à l’érotisme gratuit, préférant suggérer toute la sensualité que peut provoquer le rêve d’une jeune fille en fleurs et son éveil à la sexualité. 

Cette Compagnie des loups, malgré des effets spéciaux quelques peu datés, (Christopher Tucker, The Elephant Man, La Guerre du feu, dira lui-même avoir été déçu par certains plans sur les transformations de ses mi-hommes, mi-loups, pourtant originales à l’époque) mérite pourtant d’être (re)découverte à l’heure où les vampires et loups numérisés sont toujours autant acclamés par le grand public.




Post-Scriptum de la Dame : A noter la très belle bande originale du film composée par George Fenton qui nous plonge dès les premières images dans un rêve éveillé.