Les Temps morts - Partie 1
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Eaux étranges
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Tout ça pourquoi ?
La psychologie de chaque personnage est bien décrite, ce qui rend leurs motivations crédibles. George Hayduke, l' ancien béret vert spécialiste des explosifs est le personnage le plus captivant, son caractère bourru de brute mal dégrossi contraste avec la jeune et fluette Bonnie, à la beauté provocante, dont il tombera forcément amoureux. Dans le vaste désert de l'Utah, ces deux êtres que tout oppose feront exploser aussi bien les voies ferrées qu'une vaine passion.
A travers la longue traque dans le Grand Canyon de ces "touchants terroristes en herbe", Edward Abbey, fervent écologiste avant l'heure, dénonce dès 1975, dans un style impeccable et dans un rythme effréné, les ravages du monde industriel moderne, où le capitalisme s'insurge jusque dans le désert. Les descriptions techniques et les cavalcades effrénées se mêlent à la magnificence des paysages décrits dans une poésie subtile. Son hommage à la nature sauvage écrit il y a plus 45 ans, fait de ce roman épique, peu connu du grand public actuel, une référence qui peut dérouter pendant les premières pages par la profusion des détails techniques complexes, mais on se laisse vite emporter par la folie douce de ces personnages en marge, qui malgré leurs nombreuses "tares", ont conscience du danger couru pour la planète. Le caractère de chaque personnage est bien décrit, ce qui rend leurs motivations crédibles. La subtilité est telle que l'auteur va jusqu'à montrer ses personnages jeter leurs canettes vides au fond d'un canyon, participant eux-aussi aux ravages écologiques qu'ils combattent.
Un polar burlesque qui peut dérouter (en particulier les jeunes lecteurs peu habitués à se rebeller) par son ambiguïté tant l’insurrection y est célébrée, mais sa profondeur subtile rend cette histoire subversive puissante, et devient alors une référence pour les générations militantes écologistes actuelles, et réveille aussi nos consciences.
Edward Abbey fait de son roman un véritable road trip dans l'Ouest Américain, qui se transforme par moment en western surréaliste avec ses lents duels épiques, où les personnages écrasés par la chaleur et la poussière aride du désert s'affrontent dans une lutte utopique. L'humour parsemée dans tout le roman évite par contre de sombrer dans la noirceur que l'on retrouve tout au long de cet autre chef-d'œuvre (mais celui-là cinématographique) : Délivrance de John Boorman, fervent écologiste lui-aussi qui dénonçait, trois ans plus tôt, les ravages de la grande industrie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord.
Oserez-vous monter sur cette étrange scène ?
The Theatre Bizarre rend hommage au genre Grand Guignol (des spectacles créés au 19ème siècle, montrant des gags horrifiques et très souvent sanguinolents) sous la forme d’une anthologie de sept courts-métrages macabres et gores à souhait tournés dans quatre pays, dont la France et le Canada, par une équipe de réalisateurs bien connus des spectateurs avides de cinéma d’exploitation (d’horreur et autres petites perversions cinématographiques) : Richard Stanley (Hardware), Karim Hussain (Subconscious Cruelty), Buddy Giovinazzo (Combat Shock), Tom Savini (le maître des effets spéciaux), Douglas Buck (Cutting Moments), David Gregory (Plague Town) et Jeremy Kasten (The Wizard of Gore) donnant la vedette entre autre à l’inoxydable Udo Kier (Chair pour Frankenstein, Suspiria, Epidemic, j’en passe et pas que des meilleurs, je pense à Dracula 3000). Sociétés de production : Severin Films, Metaluna Productions, Nightscape Entertainment, Quota Productions
Article paru le 12 décembre 2012 sur le site Les Mondes Etranges.
What’s in the basket ? Xtro !
Pour Basket Case (Frères de sang), Duane, un jeune blondinet débarqué de sa province, s’installe dans un hôtel de passe en plein cœur de la sordide 42ème rue d’un New-York du début des années 80. Le jeune homme a été séparé à l’adolescence de son frère siamois, Bélial, par des chirurgiens sans scrupules. Encombré d’un énorme panier en osier, Duane veut se venger…
« What’s in the basket ? » Telle est la question récurrente pour chacune des futures victimes de Duane et Bélial.
Les deux films se divisent en deux parties : la partie sociale et la partie « agressive ». Cette dernière partie étant « adoucie » pour Xtro par les scènes « oniriques » avec Tony, mais accentuant par là même, les scènes gores dont la fameuse « scène du viol par l’extraterrestre ». Je l’avais promise, la voici donc cette scène devenue culte : la créature de l’espace « engrosse » une jeune femme. Sam renaît instantanément des entrailles de la pauvre victime. C’est ce qu’on appelle une fécondation express ! Choquant 27 ans après. Dans Basket Case les scènes deviennent de plus en plus gores à mesure que Bélial comprend son implacable marginalité : la fiancée de Duane rendra Bélial fou de jalousie et poussera celui-ci à « convoiter » la promise de son frère. Le père des deux frères siamois, après avoir été retrouvé, se verra « tranché » en deux, puis l’un des chirurgiens comprendra l’effet du scalpel sur son propre visage. Attention aux âmes sensibles ! Mais on peut déceler dans ces deux films extrêmement gore, une note (légère certes) de poésie macabre. Pour Basket Case : Bélial, cette aberration de la nature, ce freak, écoute paisiblement au coin du feu, sur les genoux de sa tante adoptive, un conte pour enfant. Touchant, malgré les élans imprévisibles de Bélial, tel le refus de la société quand il fait tomber un téléviseur offert par son frère. Duane quant à lui, se rêve nu parcourant les rues d’un New-York endormi. Dans Xtro, les rêves et les jouets de Tony prennent vie grâce aux pouvoirs de son père. Mais Tony n’est pas Elliot et très vite les rêves de l’enfant deviennent un enfer pour le voisinage.
C’est surtout le mauvais goût, parfois grossier, qui a la part belle dans Basket Case, tandis que Xtro hésite perpétuellement entre film d’horreur moderne et onirisme agressif. Franck Henenlotter, lui, en digne héritier de John Waters, mais malgré une réalisation difficile à cause des conditions de tournage (les décors sont ceux d’un vrai hôtel de passe dans les bas-fond de New-York) joue la carte des couleurs jaunâtres, de l’interprétation douteuse, d’un éclairage sombre et d’une animation hasardeuse pour Bélial. Ainsi chaque scène deviendra culte car complètement ringarde. D’ailleurs ce sont les fans de la première heure qui pousseront le distributeur américain à « rendre » toutes les scènes intactes à Basket Case. Ces deux cinéastes alternatifs resteront marqués par leurs premiers films et Harry B. Davenport réalisera trois Xtro pour disparaître dans les oubliettes du film d’horreur, tandis que F. Henenlotter réalisera Brain Damage, sorte de remake plus « léché » de son Basket Case, qu’il disait à l’époque détester, puis le plus connu : Frankenhooker (1990) et enfin Basket Case 3 : The Progeny avec pour ces deux séquelles, la collaboration de Bob Martin le rédacteur-en-chef de la mythique revue Fangoria.
A (re)découvrir si l’on veut connaître deux pièces maîtresses d’œuvres fauchées venant droit du cinéma d’exploitation dont l’honnêteté féroce et le mauvais goût volontaire des réalisateurs ne sont certainement pas à mettre en doute.
Titre français : Frère de sang
Réalisation : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter
Photographie : Bruce Torbet
Pays d'origine : États-Unis
Genre : horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie : 1982
Titre : Xtro
Réalisation : Harry Bromley Davenport
Scénario : Ian cassie & Robert Smith
Production : New Line Cinema
Photographie : John Metcalfe
Pays d'origine : Grande-Bretagne
Genre : science-fiction & horreur
Durée : 1h20
Date de sortie : 1982
Article publié sur le site Mondes étranges.fr en 2010
Passez la porte, et installez-vous dans la Room 237
Room 237 est un documentaire de Rodney Ascher étrange et fascinant, qui présente différentes théories ou idées de complots découverts par des fans acharnés, voire des experts et néanmoins cinéphiles, à travers leurs inlassables visionnages d’un classique du cinéma d’horreur, Shining de Stanley Kubrick réalisé en 1980. Rodney Ascher emporte le spectateur dans un tourbillon de théories incroyables en montrant les nombreux indices, clins d’œil (parfois drôles ou à connotations sexuelles) distillés dans tout le film par Stanley Kubrick, qui, sous prétexte d’adapter un roman horrifique, n’aurait eu de cesse de donner (restons au conditionnel) l’occasion au public de connaître sa vérité. Car Stanley Kubrick aura montré, dans toute son œuvre complexe, à un public souvent démuni face à des scènes rendues « étranges » par l’abondance de détails atypiques, une vérité pesante et refoulée, comme la vérité cachée derrière la porte d’une certaine chambre 237 d’un hôtel isolé. Dans Shining, les théories et idées de complots obsèdent de nombreux fans, des professeurs, journalistes ou des experts en Histoire, certains s’interrogeant d’ailleurs sur le fait qu’à la sortie du film, personne ne s’était demandé pourquoi Shining laissait-il une telle impression de malaise, voire l’idée d’un film bâclé par les nombreuses scènes incompréhensibles.
Réalisation : Rodney Ascher
Scénario : Rodney Ascher
Production : Tim Kirk
Pays : États-Unis
Genre : Film documentaire
Durée : 102 minutes
Année : 2012
Article initialement écrit pour le site Mondes Etranges.fr
L’Imaginaire du Docteur Gilliam
On a beaucoup parlé du dernier film de Terry Gilliam lors de sa sortie, car ce fut le film posthume de l’acteur Heath Ledger (Les Frères Grimm, The Dark Knight).
A notre époque, le docteur Parnassus parcourt une sombre mégalopole avec sa petite troupe de théâtre l’Imaginarium, invitant le public noctambule à traverser le Miroir magique pour pénétrer dans les mondes parallèles, les mondes de leurs rêves.
Il y a 1000 ans, le don du docteur Parnassus, ainsi que son immortalité, lui ont été transmis au cours d’un pari perdu avec le Diable lui-même (le sombre et bizarre Tom Waits dans le rôle de Lucifer… quoi de plus normal !) : la fille du docteur, Valentina (l’actrice Lily Cole dont le visage d’ange convient parfaitement au rôle) deviendra la fiancée du diable dès ses 16 ans.
Le docteur, aidé des membres de sa troupe, un nain grincheux (sic) et le jeune amoureux transi de la malheureuse promise, ainsi qu’un mystérieux amnésique (le lumineux Heath Ledger), vont tenter de rompre le pacte diabolique en traversant le Miroir magique pour arracher la jeune fille à son terrible destin.
Même si l’intrigue se perd souvent dans la complexité du pari ambigu entre le Bien et le Mal (le bon docteur et le terrible Lucifer), le spectateur reste constamment attiré par l’attraction du Miroir et des merveilles qui s’y cachent. Terry Gilliam n’a jamais aussi bien représenté la singularité de son monde depuis son fameux Brazil. Le recours à une mise en scène théâtrale dès les premières images est remarquable. Il nous donne la possibilité à nous, spectateur confiné dans son fauteuil et au pitoyable public de l’Imaginarium, de pénétrer facilement dans un monde féerique, celui de notre imagination. La richesse des détails et des décors (le théâtre ambulant nous renvoie dans l’Angleterre du 19ème siècle, époque propice à une ambiance gothique), l’utilisation des effets numériques pour représenter les mondes parallèles sont un tel contraste avec les décors « réels et tristes » de la cité déshumanisante ! On a une seule envie, c’est de traverser le Miroir. C’est bien là toute la réussite du film. La profusion des couleurs, des matières, l’intérieur du théâtre, les costumes lourds, éclatants et poussiéreux à la fois, l’action soutenue, la musique très présente, l’interprétation des acteurs tous magnifiques et habités (Andrew Garfield est un comédien à suivre et Christopher Plummer a toujours autant de Classe) permettent à l’imaginaire de prendre vie.
L’Imaginarium du docteur Parnassus est un film déroutant et intelligent, où le rôle de l’Artiste dans la société est souvent rappelé, Terry Gilliam n’hésitant pas à faire quelques « clins d’œil » à sa relation avec l’échec dans la créativité. De même, il rappelle ses propres débuts dans un rêve loufoque évoquant sa période Monty Python. Jubilatoire ! Même son film Brazil est évoqué avec le premier costume que porte Anton, le Monsieur Loyal du spectacle : une armure de Samouraï.
Le choix d’un univers chamarré et poétique pour représenter les mondes parallèles, les personnages marginaux du théâtre représenté par une sorte de haute caravane étriquée et bringuebalante, défiant souvent les lois de la gravité, évoquent l’univers narratif et visuel de Tim Burton (Edward aux mains d’argent, Beetlejuice...) mais aussi l’univers des tableaux surréalistes de Salvador Dali et de la peinture sombre et mystique d’un Jérôme Bosch.
Pendant deux heures, le spectateur assiste à une représentation digne des plus beaux spectacles où l’imaginaire est le personnage principal. Le spectateur baigne dans une profusion de couleurs tantôt sombres tantôt lumineuses, dans un rythme intense. L’émotion est présente pendant tout le film et laisse, malgré un scénario complexe, le spectateur quitter la salle de cinéma avec le sentiment d’avoir lui aussi traversé le miroir magique.
Titre original : The Imaginarium of Doctor Parnassus
Réalisation : Terry Gilliam
Scénario : Terry Gilliam, Charles McKeown
Musique : Jeff Danna, Mychael Danna
Directeur de la photographie : Nicola Pecorini
Pays : France, Canada, Royaume-Uni
Durée : 2h03
Année : 2009
Entretien avec Jean-Manuel Costa, réalisateur spécialiste du stop-motion
(En bas) Publicité EDF
(*) le dvd est enfin disponible à partir du 15 novembre 2016 !
Entretien que nous avons eu à l'origine sur le site Mondes Étranges.
(2) Jean-Manuel Costa a obtenu en 1982 le César du film d’animation pour La Tendresse du Maudit, puis a obtenu en 1984 son second César pour Le Voyage d’Orphée.
(3) Ce film publicitaire aura marqué les mémoires : "Philips invente la musique laser !". Toujours aussi impressionnant bien des années après.
(4) Réalisateur aussi de Dark Crystal.


























































