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Le Monde d'après - Partie 2

 

                                                         
 (...) 
pour faire mourir 
   les hommes par l'épée, 
par la famine, par la mortalité 
              (...)                       

Les Temps morts - Partie 1




Épreuve par neuf

SANS LIMITE
MARCHANDER
DEPROGRAMMER
AUTOMATE
DENATURER
FALSIFIER
HYBRIDES




Phase IV de Saul Bass (1974)

Tribute to Roland Topor ?



 

Ailleurs

La tête dans les étoiles...


ou allongée dans l'herbe.


 Tous les endroits sont parfaits pour se plonger dans Onis, les Lumières d'Abak !

Eaux étranges

Le soleil d'hiver commence à baisser, créant des reflets sur l'étang qui éblouie le marcheur. 
Rêveur.

Puis une photo comme souvenir, et une forme apparait au-dessus des eaux étranges. 
Mystère.

Disponible à la vente

S'il reste un dernier cadeau à s'offrir pour les fêtes de fin d'année, c'est bien le premier roman de l'auteur Alexandre Martin : Onis, les lumières d'Abak. Ce roman de science-fiction est (enfin) accessible sur toutes les plateformes de vente en ligne, comme celui de la Fnac par exemple : 


On peut le commander avec son petit prix de lancement (en plus il y a cette semaine un conte de Noël qui vous est offert avec votre commande sur le site de la Fnac) sur les sites de bod./librairie, amazon.fr, decitre.fr, chapitre.com, placedeslibraires.fr, cultura.com, leslibraires.fr, ainsi que sur le catalogue des librairies physiques Dilicom. 

Titre: Onis, Les lumières d'Abak 
Auteur: Martin, Alexandre 
ISBN: 9782322258765 
ISBN ebook : 9782322216468 
 
N'hésitez-pas à laisser votre avis sur les sites... après lecture cqfd !

Tout ça pourquoi ?

En ces périodes statiques, où nous n'avons plus qu'un seul loisir celui de consommer à outrance (le temps que le grand reset mondial soit terminé ?), alors quoi de mieux que lire un bon roman dans son texte intégral, (On a encore la possibilité de le faire, donc profitez-en) qui nous transportera dans un monde, où l'on pouvait encore se déplacer libre dans de grandes étendues sauvages.*

Je vous propose une évasion garantie avec le roman épique de l'écrivain américain Edward Abbey : Le Gang de la clef à molette (The Monkey Wrench Gang) qui date de 1975.


Quatre américains au caractère bien trempé se rencontrent au hasard d'une expédition au Colorado, où ils entreprennent de descendre les rapides en rafting. Un mormon polygame et mélancolique, un vieux chirurgien accompagné d'une jeune hippie aussi déjantée que sublime et un ancien du Vietnam, alcoolique, armé jusqu'aux dents. Leur point commun, en plus de leur folie douce : l'amour de la liberté et des grands espaces sauvages américains. Ils décident de se revoir, non pas pour de nouvelles balades, mais pour organiser une lutte acharnée contre les grandes firmes industrielles qui s'implantent dans tout le désert de l'Ouest américain. Ils commencent alors à saboter les chantiers, où règnent de monstrueux engins de constructions, armés de leurs simples clefs à molette. Le périple de ces quatre pieds nickelés commence quand ils se mettent à planifier la destruction des ponts et des mines de charbons qu'ils croiseront sur leur chemin. Le projet téméraire sera financé par le médecin du groupe, qui valse entre les opérations chirurgicales et les sabotages séditieux. Grisés par leurs premiers succès, ils décident d'abandonner leur clefs à molettes pour passer aux explosifs. Mais ces justiciers aussi attachants qu'incontrôlables vont voir alors la police et tout l'état de Californie se mettre à leur trousse. Devenus hors-la-loi, cachés dans les immenses canyons vertigineux, mais protégés par les connaissances topographiques du mormon. ils ne feront plus qu'un avec les rudes paysages, où les bêtes sauvages deviendront les seuls spectateurs de leur projet suicidaire.

La psychologie de chaque personnage est bien décrite, ce qui rend leurs motivations crédibles. George Hayduke, l' ancien béret vert spécialiste des explosifs est le personnage le plus captivant, son caractère bourru de brute mal dégrossi contraste avec la jeune et fluette Bonnie, à la beauté provocante, dont il tombera forcément amoureux. Dans le vaste désert de l'Utah, ces deux êtres que tout oppose feront exploser aussi bien les voies ferrées qu'une vaine passion.

A travers la longue traque dans le Grand Canyon de ces "touchants terroristes en herbe", Edward Abbey, fervent écologiste avant l'heure, dénonce dès 1975, dans un style impeccable et dans un rythme effréné, les ravages du monde industriel moderne, où le capitalisme s'insurge jusque dans le désert. Les descriptions techniques et les cavalcades effrénées se mêlent à la magnificence des paysages décrits dans une poésie subtile. Son hommage à la nature sauvage écrit il y a plus 45 ans, fait de ce roman épique, peu connu du grand public actuel, une référence qui peut dérouter pendant les premières pages par la profusion des détails techniques complexes, mais on se laisse vite emporter par la folie douce de ces personnages en marge, qui malgré leurs nombreuses "tares", ont conscience du danger couru pour la planète. Le caractère de chaque personnage est bien décrit, ce qui rend leurs motivations crédibles. La subtilité est telle que l'auteur va jusqu'à montrer ses personnages jeter leurs canettes vides au fond d'un canyon, participant eux-aussi aux ravages écologiques qu'ils combattent.

Un polar burlesque qui peut dérouter (en particulier les jeunes lecteurs peu habitués à se rebeller) par son ambiguïté tant l’insurrection y est célébrée, mais sa profondeur subtile rend cette histoire subversive puissante, et devient alors une référence pour les générations militantes écologistes actuelles, et réveille aussi nos consciences.


Edward Abbey (1927–1989)

Edward Abbey fait de son roman un véritable road trip dans l'Ouest Américain, qui se transforme par moment en western surréaliste avec ses lents duels épiques, où les personnages écrasés par la chaleur et la poussière aride du désert s'affrontent dans une lutte utopique. L'humour parsemée dans tout le roman évite par contre de sombrer dans la noirceur que l'on retrouve tout au long de cet autre chef-d'œuvre (mais celui-là cinématographique) : Délivrance de John Boorman, fervent écologiste lui-aussi qui dénonçait, trois ans plus tôt, les ravages de la grande industrie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord.

Edward Abbey a été un véritable visionnaire écologiste, dont le combat pour la sauvegarde des milieux naturels fut officiellement reconnu aux Etats Unis. Il reste encore à ce jour un auteur à découvrir pour cette fable chimérique mais salutaire (et toute son œuvre complète), où se mêlent avec grâce et subtilité, l'insolence, le rire et l'angoisse, mais aussi l'implacable spectacle de l'agonie d'une somptueuse nature ravagée par la course à la surconsommation et la culture intensive provoquant l'épuisement irrémédiable de nos ressources naturelles.

* Et sans avoir à respirer dans un masque chirurgical, pensez-donc !


bnf.fr



Oserez-vous monter sur cette étrange scène ?

The Theatre Bizarre rend hommage au genre Grand Guignol (des spectacles créés au 19ème siècle, montrant des gags horrifiques et très souvent sanguinolents) sous la forme d’une anthologie de sept courts-métrages macabres et gores à souhait tournés dans quatre pays, dont la France et le Canada, par une équipe de réalisateurs bien connus des spectateurs avides de cinéma d’exploitation (d’horreur et autres petites perversions cinématographiques) : Richard Stanley (Hardware), Karim Hussain (Subconscious Cruelty), Buddy Giovinazzo (Combat Shock), Tom Savini (le maître des effets spéciaux), Douglas Buck (Cutting Moments), David Gregory (Plague Town) et Jeremy Kasten (The Wizard of Gore) donnant la vedette entre autre à l’inoxydable Udo Kier (Chair pour Frankenstein, Suspiria, Epidemic, j’en passe et pas que des meilleurs, je pense à Dracula 3000). 

C’est le réalisateur Jeremy Kasten qui frappe les trois coups, en tirant les lourds rideaux poussiéreux du Théâtre Guignol : dans un quartier mal famé d’une grande ville américaine, une jeune fille est intriguée par les lumières qui s’échappent d’un théâtre depuis longtemps abandonné. Une nuit, elle voit que la porte d’entrée est restée entrouverte ; elle décide alors de se faufiler à l’intérieur. Mais là, dans l’obscurité, un inquiétant automate "plus vrai que nature" (l’acteur Udo Kier) lui annonce le programme du théâtre, sous la forme d’un spectacle de marionnettes. Six contes de l’Étrange lui sont alors racontés dans des sketches morbides, tandis que le maître de cérémonie devient de plus en plus "humain".


La première histoire nous emmène au cœur des Pyrénées : un jeune couple achète un collier représentant un Pentagramme sur un marché local. La marchande (la comédienne Catriona MacColl) propose aux jeunes gens de venir chez elle découvrir un exemplaire du Necronomicon. Mais la jeune femme préfère se promener, et laisse son compagnon y aller seul. Arrivé dans la maison isolée de l’étrange femme, le jeune homme se laisse séduire puis envoûter par la marchande devenue bien lubrique. The mother of toads du réalisateur Richard Stanley est un conte lovecraftien baignant dans une atmosphérique moite, qui rappelle un peu l’univers de Lucio Fulci (1) où règne la magie noire et la perversion.


La seconde histoire est mise en scène par Buddy Giovinazzo, et évoque là-aussi la fragile frontière entre la réalité et le cauchemar : un mari infidèle se perd dans ses rêves Freudiens. Un jour il se réveille en sang dans la salle de bain, avec une large entaille à la main. Alors ses souvenirs resurgissent : sa femme est venue plus tôt lui annoncer qu’elle le quittait pour aller vivre avec son amant. Cette sombre et pathétique déclaration d’amour : I love you, nous raconte la fin d’une romance virant au drame macabre avec le troublant André Hennicke (La Chute, A dangerous Method). 

Dans le conte de Douglas Buck, The accident, une mère roule paisiblement, avec sa petite fille à ses côtés, aux abords d’une forêt quand elles se font doubler par un motard. Peu de temps après, elles découvrent que la moto a percuté un élan. L’animal, blessé, est couché sur le bord de la route, et la petite fille se voit confrontée à la lente agonie de l’élan. Rentrées toutes les deux à la maison, la fillette se blottit sous les couvertures de son petit lit, pour écouter sa mère lui expliquer ce qu’est la Mort. The accident est une lente réflexion sur la cruauté du Monde. Cette histoire fait une douce césure avec les histoires gores précédentes, et semble flotter au dessus du Theatre Bizarre, en attente d’un nouveau conte horrifique.


Le maître des SPFX, Tom Savini, passe de nouveau derrière la caméra (2) pour mettre en scène un homme qui sombre peu à peu dans la paranoïa après avoir fait un cauchemar terrifiant. Sa femme va-t-elle sombrer elle-aussi dans la folie quand elle découvrira que son mari la trompe ? Mais où se situe vraiment la réalité ? Wet Dreams met en scène l’actrice Debbie Rochon (connue chez les plus aware d’entre nous comme étant une Scream Queen Tromasienne (3)) dans un rôle différent de ses personnages habituels : une gentille femme au foyer découvre que son mari la trompe. A noter que les effets spéciaux très gores sont réalisés par la société spécialiste des films d’exploitation Toetag Pictures (August Underground de Fred Vogel).


Vision stains, réalisé par Karim Hussain, est l’histoire qui, à mon humble avis, se veut la plus originale : une jeune femme vivant dans un recoin insalubre d’une ville obscure écrit dans son journal intime les effets de la nouvelle drogue qu’elle utilise et surtout comment elle se la procure. Elle n’hésite pas à tuer les clochards qu’elle côtoie pour se faire un shoot avec le fluide de leurs yeux, puis se l’injecte dans son propre oeil. Vision stains met le spectateur mal à l’aise dès les premières images. L’interprétation de l’actrice Kaniehtiio Horn (The Wild Hunt) est saisissante, donnant vie au cauchemar surréaliste que ressent son personnage drogué jusqu’aux yeux !


La sixième et dernière histoire propose aux spectateurs du Theatre Bizarre de prendre une petite collation qui va se transformer très vite en orgie cauchemardesque : un jeune homme timide et fou amoureux d’une femme adorant les bonbons, se force à manger lui-aussi des kilos de sucreries, mais cette envie d’amour sucré (!) va se transformer en dramatique obsession pour la nourriture et les banquets orgiaques. Bientôt la jeune femme annonce qu’elle veut quitter son compagnon. Sweets, réalisé par David Gregory, est un délire visuel jouant à la fois sur le dégoût de la nourriture et le désir de luxure. Entre Marco Ferreri et Tim Burton !


The Theatre Bizarre est une œuvre cinématographique réalisée et produite par des fans et surtout des spécialistes du genre fantastique. La société de production Metaluna, créée par Jean-Pierre Putters (le créateur de la revue mythique Mad Movies) et le réalisateur Fabrice Lambot (Dying Dog), a collaboré à cette aventure internationale. Le cinéma de genre en France étant totalement dédaigné (4), il est bon de saluer cette initiative cinématographique.

Ce Théâtre Bizarre joue, tantôt sur la sempiternelle peur et la fascination du spectateur pour les histoires d’horreur, tantôt sur les images provoquant le dégoût, avec des scénarios, des tons et des styles très chamarrés. C’est avant tout un film pour les fans de gore distillant les clins d’oeils et les références cinématographiques à ce genre de cinéma : la comédienne Lynn Lowry (Score, I drink your blood, Shivers) fait une apparition dans le film de David Gregory, le compositeur Simon Boswell (Phenomena, Santa Sangre, Le Maître des illusions) fait lui-aussi une apparition dans ce Theatre Bizarre. C’est un film à sketches conçu par des passionnés, où chaque réalisateur a pu aider et travailler sur différentes histoires, comme Karim Hussain qui s’est occupé par exemple de la photographie pour le sketch de Richard Stanley. The Theatre Bizarre est une œuvre destinée aux plus férus des amateurs du genre horrifique, mais elle reste bien inégale. Malgré la présence d’acteurs fétiches de ce cinéma, et des meilleurs réalisateurs indépendants actuels, l’exercice de style reste toujours aussi périlleux, il suffit en effet d’évoquer les films fantastiques à sketches les plus connus comme Creepshow de George A. Romero (même s’il n’y a qu’un seul réalisateur au générique, le film reste pourtant très bancal), le film britannique Tales from the Crypt de 1972, ou la référence absolue : La Quatrième Dimension réalisée par John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller. Ces films n’ont pas eu le succès attendu à l’époque, montrant bien que le film à sketches est un genre particulier aux segments souvent aléatoires, tentant le difficile équilibre entre des scénarios, des styles et des tons trop différents. Le film Histoires Extraordinaires de 1968, inspiré des nouvelles d’Edgar Allan Poe est peut-être le film à sketches le plus abouti, et prouve que l’on peut réussir, malgré toutes les difficultés, cet exercice cinématographique bien complexe. Saluons tout de même cette récente tentative, en nous rendant dans ce Theatre Bizarre, qui n’a, après tout, que le seul but de redonner vie à un genre cinématographique toujours aussi peu reconnu en France, mais que la Dame aime tant.


Réalisation : Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini et Richard Stanley
Designer sonore : David Uystpruyst
Budget : 500 000 dollars
Sociétés de production : Severin Films, Metaluna Productions, Nightscape Entertainment, Quota Productions
Pays d'origine : États-Unis, France
Langue originale : Anglais
Genre : Horreur Durée : 114 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 20 avril 2012 en DVD 
France : 9 mai 2012

Article paru le 12 décembre 2012 sur le site Les Mondes Etranges.

(1) Catriona MacColl est une égérie de Lucio Fulci (Frayeurs, L’Au-Delà, La Maison près du cimetière).
(2) Tom Savini, plus connu pour ses effets spéciaux gore (Zombie, Vendredi 13, Family Portraits), tourne en 1990 le remake de La Nuit des morts-vivants de George A. Romero, film où il était d’ailleurs pressenti pour réaliser les SPFX.
(3) En français : Reine du Hurlement dans les productions Troma ( The Toxic Avenger 4, Tromeo et Juliet).
(4) A voir, cette production originale de chez Metaluna, qui intéressera tous les fans d’un cinéma fantastique 80’s sentant bon l’amateurisme : Super 8 Madness réalisé par Fabrice Blin et Vincent Leyour.


What’s in the basket ? Xtro !


Xtro de Harry Bromley Davenport (1983) et Basket Case de Frank Henenlotter (1982) ont en commun une réalisation proche de l’artisanat avec un budget se réduisant à une peau de chagrin, le tout sous l’égide de distributeurs en mal d’effets gore (très à la mode à l’époque, le "Sick Movie") et de scènes coupées ou remontées à leur guise. Un autre point commun me donne l’envie de faire un parallèle entre ces deux films « fauchés » et très personnels : la thématique de la filiation dans ce qu’elle a de plus contraignante ! Mais attention aux éclaboussures, car on risque de se mettre du sang partout...

Dans Xtro, un anglais, Sam Phillips, se fait enlever par des extraterrestres sous les yeux terrifiés de son jeune fils Tony. Trois ans plus tard Sam revient sur terre sous l’aspect d’une créature monstrueuse. Bien décidé à renouer avec sa famille, Sam réussit à retrouver son aspect d’homme, (je reviendrai sur cette scène horrible et culte) afin de transmettre ses pouvoirs surnaturels à Tony et perpétuer ainsi une nouvelle espèce.
 
 
Pour Basket Case (Frères de sang), Duane, un jeune blondinet débarqué de sa province, s’installe dans un hôtel de passe en plein cœur de la sordide 42ème rue d’un New-York du début des années 80. Le jeune homme a été séparé à l’adolescence de son frère siamois, Bélial, par des chirurgiens sans scrupules. Encombré d’un énorme panier en osier, Duane veut se venger…
 

« What’s in the basket ? » Telle est la question récurrente pour chacune des futures victimes de Duane et Bélial. 

Tandis que Xtro veut évoquer les films de science-fiction américains des années 50 dans une trame plutôt classique, comme La Guerre des Mondes, Basket Case rappelle (si on est une chroniqueuse audacieuse) Sisters de Brian De Palma, Eraserhead , mais surtout les films trash de Herschell Gordon Lewis et ceux de John Waters. Harry B. Davenport voulait avant tout pour son second film (le premier, Whispers of Fear, lorgnait plutôt vers le thriller) étonner, surprendre voir provoquer le spectateur faisant fi de la qualité des effets spéciaux (à noter les différents aspects des extraterrestres pourtant issus de la même espèce, ou le mode de procréation lui-aussi un peu trop varié), tout comme Franck Henenlotter se fichait du rendu « cheap » de la technique stop-motion et de l’aspect caoutchouteux de Bélial, le frère siamois du blondinet benêt. Le but des deux réalisateurs étant de contrer la vague politiquement correct qui commençait à déferler avec la grosse machinerie Spielbergienne : les gentilles créatures n’ont pas toutes de grands yeux bleus innocents.
 

Les deux films se divisent en deux parties : la partie sociale et la partie « agressive ». Cette dernière partie étant « adoucie » pour Xtro par les scènes « oniriques » avec Tony, mais accentuant par là même, les scènes gores dont la fameuse « scène du viol par l’extraterrestre ». Je l’avais promise, la voici donc cette scène devenue culte : la créature de l’espace « engrosse » une jeune femme. Sam renaît instantanément des entrailles de la pauvre victime. C’est ce qu’on appelle une fécondation express ! Choquant 27 ans après. Dans Basket Case les scènes deviennent de plus en plus gores à mesure que Bélial comprend son implacable marginalité : la fiancée de Duane rendra Bélial fou de jalousie et poussera celui-ci à « convoiter » la promise de son frère. Le père des deux frères siamois, après avoir été retrouvé, se verra « tranché » en deux, puis l’un des chirurgiens comprendra l’effet du scalpel sur son propre visage. Attention aux âmes sensibles ! Mais on peut déceler dans ces deux films extrêmement gore, une note (légère certes) de poésie macabre. Pour Basket Case : Bélial, cette aberration de la nature, ce freak, écoute paisiblement au coin du feu, sur les genoux de sa tante adoptive, un conte pour enfant. Touchant, malgré les élans imprévisibles de Bélial, tel le refus de la société quand il fait tomber un téléviseur offert par son frère. Duane quant à lui, se rêve nu parcourant les rues d’un New-York endormi. Dans Xtro, les rêves et les jouets de Tony prennent vie grâce aux pouvoirs de son père. Mais Tony n’est pas Elliot et très vite les rêves de l’enfant deviennent un enfer pour le voisinage.
 

C’est surtout le mauvais goût, parfois grossier, qui a la part belle dans Basket Case, tandis que Xtro hésite perpétuellement entre film d’horreur moderne et onirisme agressif. Franck Henenlotter, lui, en digne héritier de John Waters, mais malgré une réalisation difficile à cause des conditions de tournage (les décors sont ceux d’un vrai hôtel de passe dans les bas-fond de New-York) joue la carte des couleurs jaunâtres, de l’interprétation douteuse, d’un éclairage sombre et d’une animation hasardeuse pour Bélial. Ainsi chaque scène deviendra culte car complètement ringarde. D’ailleurs ce sont les fans de la première heure qui pousseront le distributeur américain à « rendre » toutes les scènes intactes à Basket Case. Ces deux cinéastes alternatifs resteront marqués par leurs premiers films et Harry B. Davenport réalisera trois Xtro pour disparaître dans les oubliettes du film d’horreur, tandis que F. Henenlotter réalisera Brain Damage, sorte de remake plus « léché » de son Basket Case, qu’il disait à l’époque détester, puis le plus connu : Frankenhooker (1990) et enfin Basket Case 3 : The Progeny avec pour ces deux séquelles, la collaboration de Bob Martin le rédacteur-en-chef de la mythique revue Fangoria.
 

A (re)découvrir si l’on veut connaître deux pièces maîtresses d’œuvres fauchées venant droit du cinéma d’exploitation dont l’honnêteté féroce et le mauvais goût volontaire des réalisateurs ne sont certainement pas à mettre en doute.
 
Titre original : Basket Case
Titre français : Frère de sang
Réalisation : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter
Photographie : Bruce Torbet
Pays d'origine : États-Unis
Genre : horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie : 1982

Titre : Xtro
Réalisation : Harry Bromley Davenport
Scénario : Ian cassie & Robert Smith
Production : New Line Cinema
Photographie : John Metcalfe
Pays d'origine : Grande-Bretagne
Genre : science-fiction & horreur
Durée : 1h20
Date de sortie : 1982

Article publié sur le site Mondes étranges.fr en 2010

Passez la porte, et installez-vous dans la Room 237

Oyez, oyez : spoiler en vue ! 

Room 237 est un documentaire de Rodney Ascher étrange et fascinant, qui présente différentes théories ou idées de complots découverts par des fans acharnés, voire des experts et néanmoins cinéphiles, à travers leurs inlassables visionnages d’un classique du cinéma d’horreur, Shining de Stanley Kubrick réalisé en 1980. 

Stanley Kubrick signa avec son film déroutant, une œuvre autant admirée que dénigrée, fascinant les uns, rebutant les autres qui, à l’époque de la sortie du film, criaient au travail bâclé ou accusaient le génial réalisateur du sulfureux Lolita ou du choquant Les Sentiers de la gloire de, s’être « vendu » au Dieu dollar en adaptant un best-seller de l’écrivain le plus lu au monde à cette époque : Stephen King. 


A travers neuf chapitres (segments), où se mêlent faits et fictions illustrant les explications des fans et des experts, le réalisateur donne sa propre relecture du film de Kubrick grâce à un montage élaboré qui donne une vision saisissante de ce que Kubrick montrerait réellement au spectateur. Cette analyse, et par là même, cette nouvelle critique d’un film réalisé il y a 33 ans, nous laisse pantois devant l’évidence des indices « redécouverts » grâce aux nouvelles technologies (le visionnage du film en blu-ray par exemple), les incroyables fondus au ralenti (certains fans passionnés iront jusqu’à superposer le film au début et en même temps par la fin, découvrant des images subliminales troublantes... et explicites !) 


Rodney Ascher emporte le spectateur dans un tourbillon de théories incroyables en montrant les nombreux indices, clins d’œil (parfois drôles ou à connotations sexuelles) distillés dans tout le film par Stanley Kubrick, qui, sous prétexte d’adapter un roman horrifique, n’aurait eu de cesse de donner (restons au conditionnel) l’occasion au public de connaître sa vérité. Car Stanley Kubrick aura montré, dans toute son œuvre complexe, à un public souvent démuni face à des scènes rendues « étranges » par l’abondance de détails atypiques, une vérité pesante et refoulée, comme la vérité cachée derrière la porte d’une certaine chambre 237 d’un hôtel isolé. Dans Shining, les théories et idées de complots obsèdent de nombreux fans, des professeurs, journalistes ou des experts en Histoire, certains s’interrogeant d’ailleurs sur le fait qu’à la sortie du film, personne ne s’était demandé pourquoi Shining laissait-il une telle impression de malaise, voire l’idée d’un film bâclé par les nombreuses scènes incompréhensibles. 

L’histoire étant de facture plutôt classique (un hôtel hanté qui terrorise ses habitants), ainsi, c’est par la personnalité même du réalisateur qu’il faudrait trouver les clés du film : que représentent vraiment les tableaux, les motifs des tapis ou tapisseries, certaines fenêtres à la lumière trop aveuglante, les petites pancartes accrochées sur les poignées de portes, le parcours en tricycle de Danny le petit garçon dans les couloirs gigantesques de l’hôtel, la marque de la machine à écrire de Jack Torrance, le terrifiant labyrinthe (inexistant dans le roman de Stephen King mais imposé par Kubrick, provoquant par là même la colère de l’écrivain) ? Une pile de boites de conserves de la marque Calumet dans la réserve va « frapper » la tête de Jack Torrance par un effet subtil de camera. Certains ont vu dans ce plan le départ d’une théorie incroyable qui formera le premier segment du documentaire. 

Les fans sont insatiables pour démontrer leur théorie, et on ne peut que s’incliner devant la probabilité de certaines d’entre elles, mais aussi la fantaisie des autres. Le titre du documentaire fait bien sûr référence à la terrifiante chambre de l’Hotel Overlook. Mais pourquoi 237 ? (Pourquoi pas, me répondrons certains d’entre vous... réfractaires à toute idée de conspiration). Dans le documentaire, un expert en Histoire a une réponse. Sa théorie représente le second segment du documentaire : pour lui, l’obsession de Kubrick pour l’Holocauste est si violente qu’il n’arrivait pas à réaliser un film sur le sujet. 

Après avoir réalisé Barry Lindon, film esthétiquement parfait, mais plutôt ennuyeux à tourner (Sic !), Kubrick voulut se tourner vers un film plus personnel... et donc plus complexe (le monsieur ayant 200 de QI, la complexité de Shining serait donc à la mesure de sa démesure !). Alors pourquoi 237 ? Je vous laisse comprendre... en regardant le documentaire. De nombreuses métaphores se référent à l’Holocauste, mais aussi à d’autres génocides. Ces indices, images subliminales, plans de caméra, etc.. amènent le spectateur à se sentir mal à l’aise, cherchant à comprendre quelque chose qu’il devrait voir, mais qu’il n’arrive pas à se rappeler. Ce sentiment de mémoire enfouie est symbolisée dans ce plan incroyable des portes d’ascenseurs de l’hôtel ne s’ouvrant pas, jusqu’à ce qu’un déluge de sang s’échappe par les interstices pour nous submerger. Le public (le Monde) refuse de voir, alors les fantômes du passé (l’Histoire) se chargeront de lui rappeler ses actes par n’importe quel moyen ! 
 Dans l’univers cinématographique de Stanley Kubrick (2001 : l’odyssée de l’espace, Orange mécanique, Barry Lindon, Eyes Wide Shut, Full Metal Jacket, etc...) il y a toujours ce leitmotiv d’une société déclinante, d’un peuple soumis, mais aussi parfois d’une famille « désagrégée », où la folie macabre des hommes est toujours sous-jacente. Il y a bien d’autres théories curieuses, dont le fameux complot qui prétend que Stanley Kubrick aurait tourné dans un studio : La Moon Room 237, les images de la mission Apollo 11, le 20 juillet 1969. 

Tous ces segments intriguent par ces démonstrations implacables et parfois amusantes. Le documentaire est alors un parfait complément au film, donnant envie de revoir Shining pour "accepter" enfin l’œuvre à travers le propre esprit d’un réalisateur secret et inclassable.


Titre : Room 237
Réalisation : Rodney Ascher
Scénario : Rodney Ascher
Production : Tim Kirk
Pays : États-Unis
Genre : Film documentaire
Durée : 102 minutes
Année : 2012


Post-scriptum de la Dame : A noter en complément de ce documentaire, le livre de Roger Luckhurts, Shining, très riche en référence, et paru cette année chez Akileos Eds.

Article initialement écrit pour le site Mondes Etranges.fr

L’Imaginaire du Docteur Gilliam

On a beaucoup parlé du dernier film de Terry Gilliam lors de sa sortie, car ce fut le film posthume de l’acteur Heath Ledger (Les Frères Grimm, The Dark Knight). 
L’univers burlesque et pessimiste aux images sombres et baroques, où la lumière jaillit de mille feux pour faire chavirer le film (et le spectateur) dans un rêve extraordinaire, aura permis de mettre en valeur et de confirmer le charisme du jeune comédien trop tôt disparu. Ainsi, il aura fallu la participation de Johnny Depp, Colin Farrell et de Jude Law pour « jouer » les scènes manquantes de Heath Ledger. C’est dire le charisme du jeune homme.

A notre époque, le docteur Parnassus parcourt une sombre mégalopole avec sa petite troupe de théâtre l’Imaginarium, invitant le public noctambule à traverser le Miroir magique pour pénétrer dans les mondes parallèles, les mondes de leurs rêves.
Il y a 1000 ans, le don du docteur Parnassus, ainsi que son immortalité, lui ont été transmis au cours d’un pari perdu avec le Diable lui-même (le sombre et bizarre Tom Waits dans le rôle de Lucifer… quoi de plus normal !) : la fille du docteur, Valentina (l’actrice Lily Cole dont le visage d’ange convient parfaitement au rôle) deviendra la fiancée du diable dès ses 16 ans.

Le docteur, aidé des membres de sa troupe, un nain grincheux (sic) et le jeune amoureux transi de la malheureuse promise, ainsi qu’un mystérieux amnésique (le lumineux Heath Ledger), vont tenter de rompre le pacte diabolique en traversant le Miroir magique pour arracher la jeune fille à son terrible destin.

Même si l’intrigue se perd souvent dans la complexité du pari ambigu entre le Bien et le Mal (le bon docteur et le terrible Lucifer), le spectateur reste constamment attiré par l’attraction du Miroir et des merveilles qui s’y cachent. Terry Gilliam n’a jamais aussi bien représenté la singularité de son monde depuis son fameux Brazil. Le recours à une mise en scène théâtrale dès les premières images est remarquable. Il nous donne la possibilité à nous, spectateur confiné dans son fauteuil et au pitoyable public de l’Imaginarium, de pénétrer facilement dans un monde féerique, celui de notre imagination. La richesse des détails et des décors (le théâtre ambulant nous renvoie dans l’Angleterre du 19ème siècle, époque propice à une ambiance gothique), l’utilisation des effets numériques pour représenter les mondes parallèles sont un tel contraste avec les décors « réels et tristes » de la cité déshumanisante ! On a une seule envie, c’est de traverser le Miroir. C’est bien là toute la réussite du film. La profusion des couleurs, des matières, l’intérieur du théâtre, les costumes lourds, éclatants et poussiéreux à la fois, l’action soutenue, la musique très présente, l’interprétation des acteurs tous magnifiques et habités (Andrew Garfield est un comédien à suivre et Christopher Plummer a toujours autant de Classe) permettent à l’imaginaire de prendre vie.  

L’Imaginarium du docteur Parnassus est un film déroutant et intelligent, où le rôle de l’Artiste dans la société est souvent rappelé, Terry Gilliam n’hésitant pas à faire quelques « clins d’œil » à sa relation avec l’échec dans la créativité. De même, il rappelle ses propres débuts dans un rêve loufoque évoquant sa période Monty Python. Jubilatoire ! Même son film Brazil est évoqué avec le premier costume que porte Anton, le Monsieur Loyal du spectacle : une armure de Samouraï.

Le choix d’un univers chamarré et poétique pour représenter les mondes parallèles, les personnages marginaux du théâtre représenté par une sorte de haute caravane étriquée et bringuebalante, défiant souvent les lois de la gravité, évoquent l’univers narratif et visuel de Tim Burton (Edward aux mains d’argent, Beetlejuice...) mais aussi l’univers des tableaux surréalistes de Salvador Dali et de la peinture sombre et mystique d’un Jérôme Bosch.

Pendant deux heures, le spectateur assiste à une représentation digne des plus beaux spectacles où l’imaginaire est le personnage principal. Le spectateur baigne dans une profusion de couleurs tantôt sombres tantôt lumineuses, dans un rythme intense. L’émotion est présente pendant tout le film et laisse, malgré un scénario complexe, le spectateur quitter la salle de cinéma avec le sentiment d’avoir lui aussi traversé le miroir magique.

Un film rare par un réalisateur encore plus rare dans le cinéma actuel bien aseptisé. Je laisserai le mot de la fin à Anton joué par Andrew Garfield : « Voilà ! » (en français dans le film).




Titre original : The Imaginarium of Doctor Parnassus
Réalisation : Terry Gilliam
Scénario : Terry Gilliam, Charles McKeown
Musique : Jeff Danna, Mychael Danna
Directeur de la photographie : Nicola Pecorini
Pays : France, Canada, Royaume-Uni
Durée : 2h03
Année : 2009

Entretien avec Jean-Manuel Costa, réalisateur spécialiste du stop-motion

La dame dans le radiateur : Dès l’âge de 14 ans vous réalisiez des films d'animation en Super-8, puis en 16mm : Galaxie Kong, Rêve de Noël et La Bague Magique. D'où vous est venue cette passion pour l’animation image par image ? 
JM Costa : Vers 12-15 ans je regardais une émission qui s'appelait La Séquence du Spectateur qui était diffusée tous les dimanches de 12h à 12h30. Trois extraits de films étaient montrés avec la voix-off de la présentatrice des programmes de l’époque Catherine Langeais il me semble. Parfois nous avions la chance de voir un extrait des films comme Jason et les Argonautes, Le septième voyage de Sinbad, Les soucoupes volantes attaquent avec les fantastiques animations de Ray Harryhausen, que j'ai pu rencontrer plusieurs fois par la suite et j'ai même eu la joie d'aller chez lui. 
Une autre émission de télé qui s'appelait: 100000 images par seconde présentée par Pierre Tchernia nous gratifiait d'extraits de films d'animations de marionnettes tchèques de Jiri Trnka. 
Puis, un soir, au Ciné-Club, toujours à la télévision, j'ai eu le choc de ma vie en découvrant King Kong
L'animation dessinée m'attirait moins mais voir des personnages en volume prendre vie, je trouvais cela magique. J'ai toujours aimé les films avec des effets spéciaux et le cinéma est un outil formidable pour visualiser des mondes imaginaires. 

Quelques marionnettes avant La Tendresse du Maudit

La dame dans le radiateur : Il y a des thèmes récurrents dès vos premières réalisations : des personnages (créatures) solitaires aux grands yeux interrogateurs évoluant dans un monde fantastique, mythologique, voir post-apocalyptique en quête de rédemption (La Tendresse du Maudit, Le Voyage d’Orphée), ou des personnages (marionnettes) en quête d’amour, tout simplement confinés dans un univers restreint, comme un grenier (La Ballerine et le Ramoneur) ou un bureau (Histoire de Papier). Quels films vous ont marqués adolescent (en plus du King Kong de 1933) et quels romans lisiez-vous à cette époque ? 
JM Costa : La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Le mythe de la belle et la bête m'a toujours séduit, peut-être que je me considérais comme un monstre à l'époque ! 
J'ai lu les romans imposés par l'école (les Classiques) et aussi Arthur Conan Doyle, Edgar Allan Poe, Guy de Maupassant, Théophile Gautier, Jean-Henri Rosny Aîné et pas mal d'auteurs américains de science-fiction et aussi les contes des frères Grimm.

Jean-Manuel Costa sur le tournage du Voyage d’Orphée.

La dame dans le radiateur : D’où vient la fluidité de vos personnages, cette élégance dans les mouvements de votre caméra et cette poésie que vous avez su insuffler à toutes vos histoires ? Ces mouvements fluides rappellent les fameuses animations de Willis O’Brien (King Kong). 
JM Costa : Willis O'Brien est le maître dans ce domaine et m'a également beaucoup inspiré surtout pour le magnifique travail visuel de King Kong. Quand le film est passé sur le petit écran, j'avais installé mon appareil photo devant l'écran et j'ai fait tout un rouleau ! J'ai enregistré également la bande son sur mon magnétophone à cassette que je me repassais en faisant mes devoirs de maths ! 

La Tendresse du Maudit 

La dame dans le radiateur : Vous avez dédié, je crois, tous vos courts-métrages, dont Histoire de Papier à Paul Grimault. Quels autres artistes vont ont inspiré à vos débuts, et il y a-t-il de nouveaux artistes que vous appréciez actuellement ? 
JM Costa : J'ai dédié mon film, la Ballerine et le Ramoneur, à Paul Grimault (réalisateur du Roi et l'Oiseau précédemment intitulé la Bergère et le Ramoneur) car il m'avait suggéré d'en faire un court-métrage et m'avait prêté sa table de montage. Paul était un monsieur charmant qui m'a trouvé, ainsi qu'à mon frère Alain, mon premier emploi dans une boîte de production de films d'animation : Les films Martin-Boschet. Nous avons pu d'ailleurs travailler sur son film et j'ai fait un peu d'animation en volume sur la Table Tournante (la tasse de café et le guéridon). 
Curieusement, je ne suis pas issu d'un milieu d'artiste, mon père était carrossier et ma mère fonctionnaire à la préfecture mais tous deux avaient la passion de la photographie. Ils développaient et tiraient sur papier. Mon frère Alain s'intéressait lui au dessin-animé et à l'époque surtout à Walt Disney, il a d'ailleurs travaillé beaucoup plus tard sur le Bossu de Notre-Dame. Quand Walt Disney est mort, je me souviens qu'il était désespéré mais des bruits couraient qu'il avait été cryogénisé et il avait l'espoir que l'on pourrait le ramener à la vie un jour. 
Je n'aime pas que la science-fiction ou le fantasque, j'adore aussi Orson Wells et particulièrement son chef d'œuvre Citizen Kane, Alfred Hitchcock, Roman Polanski. J'adore les réalisateurs qui créent des univers et n'aime pas trop les films "parlottes autour d'une table".

Histoire de Papier

La dame dans le radiateur : Après votre baccalauréat vous avez intégré une école de cinéma à Bruxelles. Quels étaient vos « rêves professionnel s» durant cette période d’apprentissage, et quelle a été, pendant cette période, la technique la plus difficile à maîtriser ? 
JM Costa : Dans notre école, l'INRACI (qui a changé de nom depuis), il n'y avait pas de section animation mais avant d'y entrer, mon frère et moi avions déjà réalisé plusieurs court-métrages d'animation en super 8. Nous nous étions inscrits à un club de cinéastes amateurs : "Les Lumières d'Artois" (je suis originaire d'Arras dans le Pas-de-Calais) avant de faire cette école. Un vieux professeur de l'INRACI nous a encouragés à continuer dans l'animation et de faire un film pour notre diplôme. 
Beaucoup plus tard j'ai même pu acheter sa Caméra Mitchell 35mm avec laquelle j'ai fait les trois derniers court-métrages, des pubs et des effets spéciaux. Dans l'audiovisuel comme dans beaucoup d'autres domaines les rencontres sont souvent capitales. Les techniques, nous les avons maîtrisées petit à petit. Mon père nous a toujours soutenus même si notre mère était inquiète pour notre futur dans le cinéma. Comme mon père était carrossier, j'avais à disposition tout l'outillage et ses conseils pour fabriquer des décors et les armatures pour les marionnettes. Nous avons même construit un banc-titre pour faire du dessin animé ! 
Mon rêve a été pendant un moment de travailler avec Ray Harryhausen mais, à part cela, je n'ai jamais eu de plan de carrière. Ma seule grosse déception a été l'abandon de l'animation image par image pour le film : Mars Attacks de Tim Burton. 
J'avais été contacté par le réalisateur anglais : Barry Purves qui devaient superviser l'animation. Puis la production, curieusement contre la volonté de Tim Burton, a décidé de faire les martiens en image de synthèse. Je m'étais rendu à Los Angeles (mon frère travaillait à l'époque chez Warner sur Space Jam) et j'avais vu les premiers essais et déjeuné avec quelques animateurs. Tout le monde a été viré, l'animation et les effets spéciaux ont été réalisés chez LucasFilm. 

Banc titre fabriqué par Alain et Jean-Manuel Costa Caméra Eyemo Bell and Howell 35 mm avec un travelling manuel 

La dame dans le radiateur : Avez-vous conservé votre caméra 35 mm que vous avez conçus pour les travellings de La Tendresse du Maudit ? L’avez-vous utilisée pour d’autres réalisations ? 
JM Costa : J'ai toujours mes trois caméras 35mm, ainsi que ma caméra super 8 et mes deux caméras 16 mm. Ma première caméra 35 mm je l'ai achetée durant mon service militaire au cinéma des armées à un adjudant. C'était une petite caméra américaine de reportage sans visée réflex (on ne voyait pas directement à travers l'objectif pour cadrer et faire la mise au point, c'était donc une vrai galère pour filmer des marionnettes, j'ai changé en cours de film pour une caméra française: un Camé 6, avec laquelle je pouvais voir au travers de l'objectif. J'ai construit un système précurseur de la caméra assistée par ordinateur pour les mouvements, un système très répandu maintenant, avec des moteurs électriques et des minuteries pour faire avancer la caméra régulièrement. 
Pour mon premier film, la Tendresse du maudit, je travaillais chez les films Martins-Boschet et une grande partie du peu que je gagnais, était investi dans le film. J'ai emprunté également de l'argent à mon frère et ma sœur. 
Par la suite, après le succès de mes deux premiers court-métrages, j'ai pu trouver du travail dans la publicité, rembourser mes dettes et m'offrir la caméra Mitchell de mon prof, et un vrai "Motion Control" contrôlé par un ordinateur. 

Sur le tournage de la Tendresse du Maudit 

La dame dans le radiateur : Dans Le Voyage d’Orphée, vous avez de nouveau (1) travaillé avec Pierre Mourey pour la musique (vous lui avez d’ailleurs dédié vos deux Césars (2)). La musique tient une place importante dans tous vos films, et vous avez vous-même conçu la musique pour Histoire de Papier. Comment abordiez-vous le thème musical dans vos premiers courts-métrage ? Pendant l’écriture du scénario ou au visionnage final ? 
JM Costa : Pierre Mourey travaillait chez Jean-Michel Jarre comme ingénieur du son, je l'avais rencontré grâce à un ami commun, Françis Grosjean qui travaillait lui dans une boîte de post-production "Eurocitel" et m'a aidé pour le scénario. 
En fait j'ai commencé à tourner mon film, la Tendresse du Maudit, en 1977, cela m'a pris un an et demi car je ne pouvais y consacrer que les weekend et les vacances. Malgré mes espoirs je ne trouvais pas le film à la hauteur de mes espérances et je l'ai laissé terminé sans bande sonore pendant trois ans. C’est Pierre, qui, enthousiasmé par mon travail, m'a proposé de faire la musique et le son dans le studio de Jean-Michel Jarre. Bien lui en pris ! Il a forcément travaillé sur le second: le Voyage d'Orphée et comme j'ai obtenu également un César pour ce film, je lui ai donné. Cela me semblait la moindre des choses. 
En fait, quand j'ai réalisé la Tendresse du maudit, ma mère était malade de cancer, elle est morte à la fin du tournage et n'a donc jamais rien vu. Si le film est aussi "fort" cela est sans doute dû à la souffrance que j'éprouvais à cette époque (je suis le monstre qui combat la mort pour sauver sa mère). 
Quand j'ai décidé de faire Orphée, je venais depuis peu de rencontrer celle qui allait devenir ma femme. Finalement, si je regarde rétrospectivement mes réalisations, elles correspondent à certaines étapes de ma vie. Dans mon dernier film Histoire de Papier, je mets en scène, vers la fin, un garçon et une fille et j'ai effectivement un garçon et une fille. Je dois avouer que j'ai fait cela inconsciemment. 

Le compositeur Pierre Mourey

La dame dans le radiateur : Comment est né le projet de la Tendresse du Maudit, qui est encore de nos jours toujours aussi touchant d’émotion et de beauté visuelle ? Avez-vous eu des difficultés à mener à terme ce projet ?
JM Costa : Le problème est de croire à son film malgré le temps qui passe jusqu'à ce qu'il soit terminé. En terme de difficultés et de ténacité, je crois que Paul Grimault qui a terminé son film au bout de 25 ans comme il l'entendait et non comme l'entendait son producteur, est le champion du genre. 
J'ai toujours été un admirateur du chef-opérateur Henri Alekan qui a fait la lumière de la Belle et la Bête et j'ai eu l'occasion de travailler avec lui sur un film en Omnimax réalisé par Pierre Etaix en 1989. 
J'ai fait la lumière sur quelques pubs et quelques court-métrages également en prise de vue réelle. J'adore cela. En fait je m'intéresse à toutes les techniques, je me suis mis à l'image de synthèse il y a dix ans. Les outils actuels sont formidables. La bonne technique est celle qui est adaptée au scénario même si dans le cas de l'audiovisuel il ne faut jamais perdre de vue le côté financier. Un film c'est tout de même beaucoup plus cher que d'écrire un livre ou peindre. 

La dame dans le radiateur : La scène d’ouverture de La Tendresse du Maudit rappelle certains passages du Terminator de 1984 avec ses plans post-apocalyptiques. James Cameron aurait-il vu votre court-métrage ! Que pensez-vous de la vague déferlante du cinéma 3D comme Avatar et bientôt Tron Legacy?
JM Costa : Je ne pense par que James Cameron ait vu mon film quoiqu'il ait été diffusé aux USA dans un circuit universitaire pendant trois ans avec d'autres films d'animation français et a participé à beaucoup de festivals. Des copies tournent encore par l'intermédiaire de l'Agence Du Court-Métrage. Le cinéma 3D, que je préfère appeler cinéma en relief, est intéressant même si cela n'est pas nouveau. Je ne suis pas contre l'évolution des techniques sinon nous en serions encore au cinéma muet (même s'il ne l'était pas totalement). Le problème est : qu'est-ce-que l'on en fait ? 
J'étais récemment membre du jury des court-métrage aux Utopiales de Nantes et j'ai assisté à la projection d'un vieux film américain muet de 1916 : 20 000 lieux sous les mers de Stuart Paton avec au piano Serge Bromberg qui l'avait restauré (pas le piano, le film). 
La magie du cinéma muet fonctionne encore mais je doute que cela puisse plaire aux jeunes. Quand elle était au collège, ma fille, qui elle aussi est fan de cinéma, a vu des films en noir et blanc avec le prof et d'autres élèves, notamment le film de François Truffaut Les 400 coups. Elle a été stupéfaite que ses camarades trouvent le noir et blanc "fatiguant à regarder" !

La dame dans le radiateur : Vos courts-métrages ont été distribués en VHS chez Haxan Films en 1995 sous le titre Anges et Démons. Pensez-vous qu’ils seront un jour disponibles en DVD (*) ? JM Costa : Pour les exploiter en DVD, il faudrait refaire un master d'après les négatifs originaux et cela coûte beaucoup d'argent. J'attends d'en avoir la possibilité, et si un jour je fais un long-métrage, je les mettrai en bonus. 

La jaquette de la VHS Anges et Démons

La dame dans le radiateur : Vous avez réalisé le teaser pour le film Réincarnations de Gary Sherman, dont les effets spéciaux sont de Stan Winston. Avez-vous, à cette occasion, pu rencontrer le spécialiste américain des effets spéciaux ?
JM Costa : Le film annonce, que j'ai réalisé avec un maître des effets spéciaux Guy Delécluse, aujourd'hui disparu, est tiré de l'affiche américaine qui était un dessin. Le distributeur français a eu l'idée d'en faire un film annonce qui est devenu l'affiche du film lors de sa sortie en France (d'ailleurs je n'ai rien touché pour l'affiche !). Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de rencontrer Stan Winston. 
J'ai, par contre, rencontré et déjeuné avec Jim Henson (le créateur des Muppets (4)) et à la fin du repas il m'a demandé ce que je faisais, je lui ai répondu : « de l'animation de marionnette », il m'a alors dit qu'il détestait cela ! 
Mais j'ai eu la chance de prendre un petit déjeuner, à Munich, en tête à tête avec Dark Vador (David Prose), cela ne s'oublie pas. 

Photo extraite du tournage de Réincarnations

Jean-Manuel Costa et Ray Harryhausen

La dame dans le radiateur : Vous avez réalisé les effets spéciaux du film Les Aventures d’Hercule de Luigi Cozzi. Les amateurs des productions Cannon seront curieux d’apprendre comment vous avez été amené à travailler sur ce film.
JM Costa : Armando Valcauda qui avait travaillé avec Luigi Cozzi sur Star Crash et Hercule 1 s'est fait viré par la production (question de caractère). 
J'avais rencontré Luigi au cinéma le Grand Rex à Paris lors d'un festival, il venait présenter Star Crash et mon film la Tendresse du maudit était également projeté. On a fait connaissance et comme ma femme est italienne, j'ai appris l'italien ce qui a facilité le contact. 
Il m'a appelé pour prendre la suite d'Armando. Le film était pratiquement terminé, il fallait ajouter les effets spéciaux. J'ai créé ma société à cette époque et cela m'a permis de produire ensuite moi-même mes autres courts-métrages... 
J'ai revu Luigi Cozzi assez récemment, il tient la boutique Profondo Rosso de Dario Argento à Rome. Il m'a adressé un mail il y a quelques semaines pour m'informer qu'Hercule 2 était sorti en DVD et qu'il allait m'envoyer un exemplaire.

Hercule 2

La dame dans le radiateur : Après avoir obtenu vos deux Césars, vous avez eu beaucoup de demandes pour réaliser de grandes campagnes publicitaires françaises dans les années 80 (EDF, Chronopost, La Poste) ou d’autres grandes marques telles que Philips (3), Chanel, etc… Vous êtes alors devenu le spécialiste des effets spéciaux en France. La France ayant toujours été plutôt hermétique à l’univers fantastique, avez-vous vous eu envie de vous diriger vers des réalisations plus classiques ?
JM Costa : J'aime le cinéma en général du moment que l'histoire est bonne. J'adore diriger les acteurs et l'ambiance d'un plateau de tournage. 
Pendant ces dix dernières années j'ai été enseignant dans des écoles de cinéma et en même temps je dirigeais une école pendant quatre ans. J'ai donc participé à pas mal de films d'étudiants en animation et en prise de vue réelle. J'aime aussi beaucoup le montage et la musique de film. 
Je pense que j'aurais du mal à refaire moi-même de l'animation en stop motion maintenant que je vais vers mes 57 printemps car c'est une technique très éprouvante physiquement. Je suis en train de chercher des idées pour un long-métrage, il y aura sans doute de l'animation et des effets spéciaux, mais j'aimerais qu'il y ait également des acteurs en chair et en os.

 (En haut et au centre) Publicité Philips
(En bas) Publicité EDF

La dame dans le radiateur : Vous avez enseigné l’Animation. Déjà pour Le voyage d’Orphée, vous aviez collaboré avec le réalisateur Jean-Pierre Jeunet. Je crois que vous avez des idées de projets ensemble. Pouvez-vous nous parler un peu de cette possible nouvelle collaboration ? JM Costa : Jean-Pierre est un ami de longue date, nous nous sommes donné des conseils mutuellement. J'ai travaillé sur les pubs pour lui et il a travaillé pour moi sur les effets spéciaux d'une série : Astrobab 22 (qu'il vaut mieux oublier). 
Il a envie de produire un long-métrage d'animation. Il m'en parle depuis qu'il a fait Alien la Résurrection. Il m'avait dit : « Si je fais fortune, je te produirai un film d'animation ! ». Il ne reste plus qu'à trouver un excellent sujet. 
Jean-Pierre est très exigeant et ne peut participer qu'à un film auquel il croit fermement. Etant donné la pléthore de films qui sortent depuis plusieurs années, c'est assez dur d'être original, mais maintenant j'ai plus de temps de libre et j'ai une idée (pas simple à développer !). 

Jean-Pierre Jeunet pendant le tournage d’Astrolab 22

La dame dans le radiateur : Quel regard avez-vous en cette fin d’année 2010 sur tout le travail que vous avez accompli ? Pensez-vous que de nos jours, un jeune réalisateur puisse réussir ce que vous avez fait avec la Tendresse du Maudit : mener un film d’animation seul, puis être reconnu par les professionnels ?
JM Costa : Oui, bien sûr. Beaucoup de jeunes auteurs se font remarquer dans les festivals et sur internet. Les moyens de diffusion n'ont jamais été si nombreux. Il y a malheureusement aussi beaucoup plus de concurrence. J'ai toujours du mal à regarder mes propres films. Je n'ai plus l'insouciance des débuts. C'est ma fille Marie-Eugénie, qui me pousse à m’y remettre. 

Jean-Manuel Costa et David "Dark Vador" Prose

La dame dans le radiateur : Quel premier conseil donneriez-vous à ce débutant ?
JM Costa : Mon fils, Jean-Nicolas, s’est lancé dans la même branche que moi. Il ne fait pas d'animation mais du "compositing", c'est à dire qu'il travail sur les effets visuels devant un ordinateur. Il a travaillé trois ans en France, et depuis quelques mois il est à Londres. 
Il a travaillé quelques mois sur le dernier Harry Potter et vient de signer un contrat chez Cinesite. Il a passé une licence de physique fondamentale à la fac, puis à remis son diplôme à ma femme et a décidé de se lancer dans les effets spéciaux. Dans ce métier, il ne faut pas forcément avoir les diplômes, mais plutôt les compétences, une grande rigueur et être un grand travailleur. 
L’audiovisuel fascine beaucoup de jeunes gens pour le côté "glamour". Le Cinéma c'est tout sauf glamour ! Il faut avoir une passion inébranlable et surtout ne pas penser aux récompenses éventuelles. Beaucoup de réalisateurs ou de comédiens n'ont pas de récompenses et font un excellent travail. Maintenant, avec les nouvelles technologies vidéo, il est possible de faire un film sans trop de moyens financiers. Le problème reste le même qu'auparavant: il vaut mieux avoir de bonnes idées. 
Pour débuter, il est possible de tourner des films courts qui permettent de se rendre compte du travail que cela demande comme réunir une équipe ou même travailler seul. Il y a tout de même plus d'idées dans deux cerveaux que dans un seul ! 
Il faut faire des exercices courts pour appréhender la technique et ne pas se lancer dans un projet trop ambitieux dès le départ. Faire une école de cinéma n'est pas absolument nécessaire, c'est une bonne béquille mais personne ne peut vous garantir que vous trouverez du travail en sortant, même si vous faites la FEMIS. 
Il y a plus de possibilité de trouver du travail dans la postproduction (animation, compositing...) car les sociétés d'effets spéciaux ont besoin de grosses équipes souvent pendant une longue période. 
Les festivals sont la meilleure façon de se faire connaître même si on n'est pas récompensé. Il faut y aller le plus souvent possible pour voir ce que font les autres, prendre des contacts et surtout ne pas se décourager. 
Le Centre National du Cinéma et les régions accordent des aides financières pour la production de court-métrage et aussi, bien sûr, pour les longs et les documentaires. Il faut les contacter mais c'est tout de même mieux si on a quelque chose à présenter. 
Pour les aides techniques, on trouve énormément de chose sur internet. Il y a plus de trente ans ce n'était pas la même histoire.

"On n'a plus d'excuses pour ne pas s'y mettre !"

(*) le dvd est enfin disponible à partir du 15 novembre 2016 !


Un grand merci à Jean-Manuel Costa, aussi talentueux que doté d’une incroyable gentillesse en voulant bien se prêter au jeu de mes questions « étranges ».

Toutes les photos sont la propriété de Jean-Manuel Costa.
Entretien que nous avons eu à l'origine sur le site Mondes Étranges.

(1) Pierre Mourey fut le compositeur de la sublime musique de La Tendresse du Maudit.
(2) Jean-Manuel Costa a obtenu en 1982 le César du film d’animation pour La Tendresse du Maudit, puis a obtenu en 1984 son second César pour Le Voyage d’Orphée.
(3) Ce film publicitaire aura marqué les mémoires : "Philips invente la musique laser !". Toujours aussi impressionnant bien des années après.
(4) Réalisateur aussi de Dark Crystal.