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Disponible à la vente

S'il reste un dernier cadeau à s'offrir pour les fêtes de fin d'année, c'est bien le premier roman de l'auteur Alexandre Martin : Onis, les lumières d'Abak. Ce roman de science-fiction est (enfin) accessible sur toutes les plateformes de vente en ligne, comme celui de la Fnac par exemple : 


On peut le commander avec son petit prix de lancement (en plus il y a cette semaine un conte de Noël qui vous est offert avec votre commande sur le site de la Fnac) sur les sites de bod./librairie, amazon.fr, decitre.fr, chapitre.com, placedeslibraires.fr, cultura.com, leslibraires.fr, ainsi que sur le catalogue des librairies physiques Dilicom. 

Titre: Onis, Les lumières d'Abak 
Auteur: Martin, Alexandre 
ISBN: 9782322258765 
ISBN ebook : 9782322216468 
 
N'hésitez-pas à laisser votre avis sur les sites... après lecture cqfd !

Oserez-vous monter sur cette étrange scène ?

The Theatre Bizarre rend hommage au genre Grand Guignol (des spectacles créés au 19ème siècle, montrant des gags horrifiques et très souvent sanguinolents) sous la forme d’une anthologie de sept courts-métrages macabres et gores à souhait tournés dans quatre pays, dont la France et le Canada, par une équipe de réalisateurs bien connus des spectateurs avides de cinéma d’exploitation (d’horreur et autres petites perversions cinématographiques) : Richard Stanley (Hardware), Karim Hussain (Subconscious Cruelty), Buddy Giovinazzo (Combat Shock), Tom Savini (le maître des effets spéciaux), Douglas Buck (Cutting Moments), David Gregory (Plague Town) et Jeremy Kasten (The Wizard of Gore) donnant la vedette entre autre à l’inoxydable Udo Kier (Chair pour Frankenstein, Suspiria, Epidemic, j’en passe et pas que des meilleurs, je pense à Dracula 3000). 

C’est le réalisateur Jeremy Kasten qui frappe les trois coups, en tirant les lourds rideaux poussiéreux du Théâtre Guignol : dans un quartier mal famé d’une grande ville américaine, une jeune fille est intriguée par les lumières qui s’échappent d’un théâtre depuis longtemps abandonné. Une nuit, elle voit que la porte d’entrée est restée entrouverte ; elle décide alors de se faufiler à l’intérieur. Mais là, dans l’obscurité, un inquiétant automate "plus vrai que nature" (l’acteur Udo Kier) lui annonce le programme du théâtre, sous la forme d’un spectacle de marionnettes. Six contes de l’Étrange lui sont alors racontés dans des sketches morbides, tandis que le maître de cérémonie devient de plus en plus "humain".


La première histoire nous emmène au cœur des Pyrénées : un jeune couple achète un collier représentant un Pentagramme sur un marché local. La marchande (la comédienne Catriona MacColl) propose aux jeunes gens de venir chez elle découvrir un exemplaire du Necronomicon. Mais la jeune femme préfère se promener, et laisse son compagnon y aller seul. Arrivé dans la maison isolée de l’étrange femme, le jeune homme se laisse séduire puis envoûter par la marchande devenue bien lubrique. The mother of toads du réalisateur Richard Stanley est un conte lovecraftien baignant dans une atmosphérique moite, qui rappelle un peu l’univers de Lucio Fulci (1) où règne la magie noire et la perversion.


La seconde histoire est mise en scène par Buddy Giovinazzo, et évoque là-aussi la fragile frontière entre la réalité et le cauchemar : un mari infidèle se perd dans ses rêves Freudiens. Un jour il se réveille en sang dans la salle de bain, avec une large entaille à la main. Alors ses souvenirs resurgissent : sa femme est venue plus tôt lui annoncer qu’elle le quittait pour aller vivre avec son amant. Cette sombre et pathétique déclaration d’amour : I love you, nous raconte la fin d’une romance virant au drame macabre avec le troublant André Hennicke (La Chute, A dangerous Method). 

Dans le conte de Douglas Buck, The accident, une mère roule paisiblement, avec sa petite fille à ses côtés, aux abords d’une forêt quand elles se font doubler par un motard. Peu de temps après, elles découvrent que la moto a percuté un élan. L’animal, blessé, est couché sur le bord de la route, et la petite fille se voit confrontée à la lente agonie de l’élan. Rentrées toutes les deux à la maison, la fillette se blottit sous les couvertures de son petit lit, pour écouter sa mère lui expliquer ce qu’est la Mort. The accident est une lente réflexion sur la cruauté du Monde. Cette histoire fait une douce césure avec les histoires gores précédentes, et semble flotter au dessus du Theatre Bizarre, en attente d’un nouveau conte horrifique.


Le maître des SPFX, Tom Savini, passe de nouveau derrière la caméra (2) pour mettre en scène un homme qui sombre peu à peu dans la paranoïa après avoir fait un cauchemar terrifiant. Sa femme va-t-elle sombrer elle-aussi dans la folie quand elle découvrira que son mari la trompe ? Mais où se situe vraiment la réalité ? Wet Dreams met en scène l’actrice Debbie Rochon (connue chez les plus aware d’entre nous comme étant une Scream Queen Tromasienne (3)) dans un rôle différent de ses personnages habituels : une gentille femme au foyer découvre que son mari la trompe. A noter que les effets spéciaux très gores sont réalisés par la société spécialiste des films d’exploitation Toetag Pictures (August Underground de Fred Vogel).


Vision stains, réalisé par Karim Hussain, est l’histoire qui, à mon humble avis, se veut la plus originale : une jeune femme vivant dans un recoin insalubre d’une ville obscure écrit dans son journal intime les effets de la nouvelle drogue qu’elle utilise et surtout comment elle se la procure. Elle n’hésite pas à tuer les clochards qu’elle côtoie pour se faire un shoot avec le fluide de leurs yeux, puis se l’injecte dans son propre oeil. Vision stains met le spectateur mal à l’aise dès les premières images. L’interprétation de l’actrice Kaniehtiio Horn (The Wild Hunt) est saisissante, donnant vie au cauchemar surréaliste que ressent son personnage drogué jusqu’aux yeux !


La sixième et dernière histoire propose aux spectateurs du Theatre Bizarre de prendre une petite collation qui va se transformer très vite en orgie cauchemardesque : un jeune homme timide et fou amoureux d’une femme adorant les bonbons, se force à manger lui-aussi des kilos de sucreries, mais cette envie d’amour sucré (!) va se transformer en dramatique obsession pour la nourriture et les banquets orgiaques. Bientôt la jeune femme annonce qu’elle veut quitter son compagnon. Sweets, réalisé par David Gregory, est un délire visuel jouant à la fois sur le dégoût de la nourriture et le désir de luxure. Entre Marco Ferreri et Tim Burton !


The Theatre Bizarre est une œuvre cinématographique réalisée et produite par des fans et surtout des spécialistes du genre fantastique. La société de production Metaluna, créée par Jean-Pierre Putters (le créateur de la revue mythique Mad Movies) et le réalisateur Fabrice Lambot (Dying Dog), a collaboré à cette aventure internationale. Le cinéma de genre en France étant totalement dédaigné (4), il est bon de saluer cette initiative cinématographique.

Ce Théâtre Bizarre joue, tantôt sur la sempiternelle peur et la fascination du spectateur pour les histoires d’horreur, tantôt sur les images provoquant le dégoût, avec des scénarios, des tons et des styles très chamarrés. C’est avant tout un film pour les fans de gore distillant les clins d’oeils et les références cinématographiques à ce genre de cinéma : la comédienne Lynn Lowry (Score, I drink your blood, Shivers) fait une apparition dans le film de David Gregory, le compositeur Simon Boswell (Phenomena, Santa Sangre, Le Maître des illusions) fait lui-aussi une apparition dans ce Theatre Bizarre. C’est un film à sketches conçu par des passionnés, où chaque réalisateur a pu aider et travailler sur différentes histoires, comme Karim Hussain qui s’est occupé par exemple de la photographie pour le sketch de Richard Stanley. The Theatre Bizarre est une œuvre destinée aux plus férus des amateurs du genre horrifique, mais elle reste bien inégale. Malgré la présence d’acteurs fétiches de ce cinéma, et des meilleurs réalisateurs indépendants actuels, l’exercice de style reste toujours aussi périlleux, il suffit en effet d’évoquer les films fantastiques à sketches les plus connus comme Creepshow de George A. Romero (même s’il n’y a qu’un seul réalisateur au générique, le film reste pourtant très bancal), le film britannique Tales from the Crypt de 1972, ou la référence absolue : La Quatrième Dimension réalisée par John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller. Ces films n’ont pas eu le succès attendu à l’époque, montrant bien que le film à sketches est un genre particulier aux segments souvent aléatoires, tentant le difficile équilibre entre des scénarios, des styles et des tons trop différents. Le film Histoires Extraordinaires de 1968, inspiré des nouvelles d’Edgar Allan Poe est peut-être le film à sketches le plus abouti, et prouve que l’on peut réussir, malgré toutes les difficultés, cet exercice cinématographique bien complexe. Saluons tout de même cette récente tentative, en nous rendant dans ce Theatre Bizarre, qui n’a, après tout, que le seul but de redonner vie à un genre cinématographique toujours aussi peu reconnu en France, mais que la Dame aime tant.


Réalisation : Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini et Richard Stanley
Designer sonore : David Uystpruyst
Budget : 500 000 dollars
Sociétés de production : Severin Films, Metaluna Productions, Nightscape Entertainment, Quota Productions
Pays d'origine : États-Unis, France
Langue originale : Anglais
Genre : Horreur Durée : 114 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 20 avril 2012 en DVD 
France : 9 mai 2012

Article paru le 12 décembre 2012 sur le site Les Mondes Etranges.

(1) Catriona MacColl est une égérie de Lucio Fulci (Frayeurs, L’Au-Delà, La Maison près du cimetière).
(2) Tom Savini, plus connu pour ses effets spéciaux gore (Zombie, Vendredi 13, Family Portraits), tourne en 1990 le remake de La Nuit des morts-vivants de George A. Romero, film où il était d’ailleurs pressenti pour réaliser les SPFX.
(3) En français : Reine du Hurlement dans les productions Troma ( The Toxic Avenger 4, Tromeo et Juliet).
(4) A voir, cette production originale de chez Metaluna, qui intéressera tous les fans d’un cinéma fantastique 80’s sentant bon l’amateurisme : Super 8 Madness réalisé par Fabrice Blin et Vincent Leyour.


What’s in the basket ? Xtro !


Xtro de Harry Bromley Davenport (1983) et Basket Case de Frank Henenlotter (1982) ont en commun une réalisation proche de l’artisanat avec un budget se réduisant à une peau de chagrin, le tout sous l’égide de distributeurs en mal d’effets gore (très à la mode à l’époque, le "Sick Movie") et de scènes coupées ou remontées à leur guise. Un autre point commun me donne l’envie de faire un parallèle entre ces deux films « fauchés » et très personnels : la thématique de la filiation dans ce qu’elle a de plus contraignante ! Mais attention aux éclaboussures, car on risque de se mettre du sang partout...

Dans Xtro, un anglais, Sam Phillips, se fait enlever par des extraterrestres sous les yeux terrifiés de son jeune fils Tony. Trois ans plus tard Sam revient sur terre sous l’aspect d’une créature monstrueuse. Bien décidé à renouer avec sa famille, Sam réussit à retrouver son aspect d’homme, (je reviendrai sur cette scène horrible et culte) afin de transmettre ses pouvoirs surnaturels à Tony et perpétuer ainsi une nouvelle espèce.
 
 
Pour Basket Case (Frères de sang), Duane, un jeune blondinet débarqué de sa province, s’installe dans un hôtel de passe en plein cœur de la sordide 42ème rue d’un New-York du début des années 80. Le jeune homme a été séparé à l’adolescence de son frère siamois, Bélial, par des chirurgiens sans scrupules. Encombré d’un énorme panier en osier, Duane veut se venger…
 

« What’s in the basket ? » Telle est la question récurrente pour chacune des futures victimes de Duane et Bélial. 

Tandis que Xtro veut évoquer les films de science-fiction américains des années 50 dans une trame plutôt classique, comme La Guerre des Mondes, Basket Case rappelle (si on est une chroniqueuse audacieuse) Sisters de Brian De Palma, Eraserhead , mais surtout les films trash de Herschell Gordon Lewis et ceux de John Waters. Harry B. Davenport voulait avant tout pour son second film (le premier, Whispers of Fear, lorgnait plutôt vers le thriller) étonner, surprendre voir provoquer le spectateur faisant fi de la qualité des effets spéciaux (à noter les différents aspects des extraterrestres pourtant issus de la même espèce, ou le mode de procréation lui-aussi un peu trop varié), tout comme Franck Henenlotter se fichait du rendu « cheap » de la technique stop-motion et de l’aspect caoutchouteux de Bélial, le frère siamois du blondinet benêt. Le but des deux réalisateurs étant de contrer la vague politiquement correct qui commençait à déferler avec la grosse machinerie Spielbergienne : les gentilles créatures n’ont pas toutes de grands yeux bleus innocents.
 

Les deux films se divisent en deux parties : la partie sociale et la partie « agressive ». Cette dernière partie étant « adoucie » pour Xtro par les scènes « oniriques » avec Tony, mais accentuant par là même, les scènes gores dont la fameuse « scène du viol par l’extraterrestre ». Je l’avais promise, la voici donc cette scène devenue culte : la créature de l’espace « engrosse » une jeune femme. Sam renaît instantanément des entrailles de la pauvre victime. C’est ce qu’on appelle une fécondation express ! Choquant 27 ans après. Dans Basket Case les scènes deviennent de plus en plus gores à mesure que Bélial comprend son implacable marginalité : la fiancée de Duane rendra Bélial fou de jalousie et poussera celui-ci à « convoiter » la promise de son frère. Le père des deux frères siamois, après avoir été retrouvé, se verra « tranché » en deux, puis l’un des chirurgiens comprendra l’effet du scalpel sur son propre visage. Attention aux âmes sensibles ! Mais on peut déceler dans ces deux films extrêmement gore, une note (légère certes) de poésie macabre. Pour Basket Case : Bélial, cette aberration de la nature, ce freak, écoute paisiblement au coin du feu, sur les genoux de sa tante adoptive, un conte pour enfant. Touchant, malgré les élans imprévisibles de Bélial, tel le refus de la société quand il fait tomber un téléviseur offert par son frère. Duane quant à lui, se rêve nu parcourant les rues d’un New-York endormi. Dans Xtro, les rêves et les jouets de Tony prennent vie grâce aux pouvoirs de son père. Mais Tony n’est pas Elliot et très vite les rêves de l’enfant deviennent un enfer pour le voisinage.
 

C’est surtout le mauvais goût, parfois grossier, qui a la part belle dans Basket Case, tandis que Xtro hésite perpétuellement entre film d’horreur moderne et onirisme agressif. Franck Henenlotter, lui, en digne héritier de John Waters, mais malgré une réalisation difficile à cause des conditions de tournage (les décors sont ceux d’un vrai hôtel de passe dans les bas-fond de New-York) joue la carte des couleurs jaunâtres, de l’interprétation douteuse, d’un éclairage sombre et d’une animation hasardeuse pour Bélial. Ainsi chaque scène deviendra culte car complètement ringarde. D’ailleurs ce sont les fans de la première heure qui pousseront le distributeur américain à « rendre » toutes les scènes intactes à Basket Case. Ces deux cinéastes alternatifs resteront marqués par leurs premiers films et Harry B. Davenport réalisera trois Xtro pour disparaître dans les oubliettes du film d’horreur, tandis que F. Henenlotter réalisera Brain Damage, sorte de remake plus « léché » de son Basket Case, qu’il disait à l’époque détester, puis le plus connu : Frankenhooker (1990) et enfin Basket Case 3 : The Progeny avec pour ces deux séquelles, la collaboration de Bob Martin le rédacteur-en-chef de la mythique revue Fangoria.
 

A (re)découvrir si l’on veut connaître deux pièces maîtresses d’œuvres fauchées venant droit du cinéma d’exploitation dont l’honnêteté féroce et le mauvais goût volontaire des réalisateurs ne sont certainement pas à mettre en doute.
 
Titre original : Basket Case
Titre français : Frère de sang
Réalisation : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter
Photographie : Bruce Torbet
Pays d'origine : États-Unis
Genre : horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie : 1982

Titre : Xtro
Réalisation : Harry Bromley Davenport
Scénario : Ian cassie & Robert Smith
Production : New Line Cinema
Photographie : John Metcalfe
Pays d'origine : Grande-Bretagne
Genre : science-fiction & horreur
Durée : 1h20
Date de sortie : 1982

Article publié sur le site Mondes étranges.fr en 2010

Tiembla ante la Santa Inquisición, el libertino joven cinéfilo que eres !

La Révolte des morts-vivants ou La Noche del terror ciego, puis renommé plus tard La Noche (1), est le premier opus d’une série de films d’horreur débutée en 1971, opus appelé aussi La saga des Templiers, comprenant quatre épisodes écrits et réalisés par le réalisateur espagnol Amando de Ossorio.
Ces templiers morts-vivants font partis des rares mythes du cinéma fantastique ibérique, avec L'Horrible Docteur Orlof de Jesús Franco en 1962 et le loup-garou de Paul Naschy (Les Vampires du Dr Dracula, 1968) qui perdurent dans la mémoire du cinéphage. Le cinéma espagnol, plus connu dès les années 30 pour sa tradition surréaliste avec les œuvres de Luis Bunuel, voit apparaître, durant le régime franquiste déclinant du début des années 70, un nouveau genre incitant les spectateurs de l’époque, embourbés dans une société aseptisée, à se tourner vers un autre cinéma : le Fantaterror : un cinéma fantastique fauché, où monstres, érotisme et gore soft faisaient un cocktail bienvenue, exorcisant la soumission d’un peuple face à un Général Franco vieillissant. Au début des années 70, El Caudillo n’était-il pas, après tout, la parfaite incarnation du vampire décrépi ? 
Ce sous-genre cinématographique, atypique sous une ère de dictature, perdura toute une décennie. 

Des chevaliers de l’ordre du Temple, devenus cavaliers morts-vivants après avoir eu les yeux brûlés (Merci la Sainte Inquisition !), ont jeté leur malédiction sur un village du Portugal. Depuis, chaque nuit, les Templiers sortent de leurs tombes près des ruines de leur château pour hanter les vivants sous l’apparence de squelettes putréfiés, chevauchant inlassablement les plaines sur leurs montures fantômes. Une nuit, ils sont réveillés par Virginia, une jolie jeune femme, perdue dans la plaine et légèrement vêtue (sic). Roger son fiancé et une de leur amie recherchent la jeune femme, mais le fiancé se fait bien vite massacrer par les Templiers, tandis que Virginia, devenue vampire, meurt brûlée. Leur amie Betty, seule rescapée des ruines maudites, réussit à monter dans le train qui traverse la plaine déserte, mais les Templiers zombies se sont agrippés au dernier wagon... 


Durant la dictature franquiste, la censure (forcément inévitable, écrirait une certaine Marguerite D.) tolérait les films fantastiques de facture classique ; ainsi dans les années 60, Jésus Franco, réalisateur phare du genre gothique espagnol, réalisait des films fantastiques tel que son Dr Orloff, puis au fil des années, il se mit à tourner des films bien plus sulfureux comme Justine en 1969 ou Les cauchemars naissent la nuit en 1970, installant judicieusement, malgré le lourd contrôle de la production cinématographique, la prédominance de « l’horreur sadomasochiste » sur le « fantastique », ce qui donna l’idée originale et atypique à Amando De Ossorio en 1971 d’un tout nouveau style de créatures horribles : des templiers zombies. Afin de ne pas subir des coupes en tout genre (à cause de scénarios subversifs ou de scènes trop osées), voire un refus d’exploitation en salle, beaucoup de films de genre se cachaient derrière l’étiquette coproduction internationale. Les noms des personnages et des acteurs étaient toujours anglo-saxons, donnant un cachet hollywoodien aux films locaux. Ainsi, Amando de Ossorio, pour déjouer la censure, fit tourner ses Templiers dans une coproduction portugaise, et pouvant donc critiquer à son aise le régime franquiste. 
Le budget très limité donne au film de De Ossorio un aspect kitsch (les subventions de l’état allant de toute façon en priorité au cinéma de patrimoine). Son succès en salles lui permis de créer une saga, chacun des films devenant une sorte de remake perpétuel du premier. Avec cette saga horrifique, l’âge d’or du Fantaterror battra son plein pendant toutes les années 70, telle une métaphore cinglante (sanglante ?) d’une Espagne à la dérive, étouffée par un conservatisme extrême : les templiers sanguinaires et puritains évoquant le Général Franco et ses amis ecclésiastiques. 
Ce cauchemar gothique (car il y a bien un aspect gothique avec ces Templiers, mais nous y reviendrons plus tard), et gore à la fois, renvoie le spectateur de l’époque à ses craintes ancestrales. De Ossorio rappelle ainsi une époque sombre de l’Espagne en évoquant la légende des Templiers du Moyen-Age : l’ordre religieux et militaire qui protégea les pèlerins en route pour Jérusalem durant la Guerre sainte jusqu’à ce que l’Inquisition Espagnole détruise L’ordre, accusée d’hérétique. Les Templiers d’Amando De Ossorio deviennent ainsi des morts-vivants vengeurs, sanguinaires et très puritains : incarnation audacieuse de la censure imposée par le régime national-catholique de Franco en guerre contre la débauche de toute sorte ! 
Audacieux, mais surtout original ce templier mort-vivant. Le réalisateur espagnol a su créer un nouveau mythe du cinéma fantastique : le zombie ibérique momifié s’inspirant du zombie américain de George Romero (La Nuit des morts-vivants, 1968) qui, lui, est représenté dans une putréfaction toujours humide (le zombie pas le réalisateur !). Originale aussi grâce à l’une des grandes trouvailles du film : des chevaliers morts-vivants chevauchant des puissants destriers fantômes galopant au ralenti et sortant toujours de nulle part.


C’est un cauchemar au ralenti auquel assistent les spectateurs grâce à ce procédé visuel réussi et bien singulier. Par divers aspects techniques et une mise en scène maîtrisée malgré le budget ridicule, le film rappelle, dans certains plans, l’esthétique du giallo chers à Mario Bava, Dario Argento (L’Oiseau au plumage de cristal, 1970), et un an plus tard, Lucio Fulci (La Longue Nuit de l’exorcisme). Le recours de l’inspecteur menant son enquête ou du savant théorisant dans la bibliothèque, sans compter les inévitables scènes gores, rappellent le giallo qui aura son heure de gloire avec les réalisateurs italiens des années 70. 
Le traitement de la couleur, avec la scène où Virginia, devenue vampire, meurt dans les flammes (2) ou le plan de la grenouille qui saute dans une mare de sang, entraînent aussi le film vers une ambiance onirique. 
L’une des scènes importantes de cette révolte est celle du prologue (3), où par sa violence sadomasochiste elle évoque la période faste à venir des premiers films gore. Amando De Ossorio (avec Jess Franco) anticipe ainsi, dans une Espagne pourtant prude, la vague de voyeurisme de la décennie à venir. La crudité d’un prologue dès plus sanglant reste un beau camouflet à une censure et une morale chrétienne excessive. Le réalisateur distille dan son film des scènes tantôt sadiques, tantôt érotiques, prenant plaisir à bafouer l’église toute puissante de l’époque, telle la scène de saphisme éthéré entre Betty et Virginia, où les deux jeunes femmes se souviennent de leurs caresses dans le couvent de leur adolescence, sans oublier la terrible scène du viol de Betty par un contrebandier dans les ruines du château. Amando De Ossorio va même jusqu’à évoquer le tabou ultime, celui du massacre sanglant d’un enfant, dans la scène du train pris d’assaut par les Templiers. Le chef de gare (De Ossorio lui-même) et la population découvriront alors, dans un plan suggestif, l’enfant, ainsi que tous les corps des autres passagers à moitié dévorés. 

Même si le film fait parti de la longue liste des films Z, en raison de contraintes matérielles, d’une interprétation approximative et d’un scénario simpliste rendant des scènes bien répétitives, le talent d’Amando De Ossorio permit une certaine originalité, créant une œuvre importante du cinéma bis qui marquera le public de l’époque dans sa représentation singulière de l’horreur sadique avec des effets spéciaux et une ambiance onirique plutôt réussis. 

Mais il est bien loin le temps où les sous-genres faisaient les beaux jours des cinémas de quartier. Le genre disparu des salles au début des années 80 pour faire place à la Movida dans une Espagne libérée du Franquisme, illustrant l’envie de la population de vivre, sous toutes les formes artistiques et culturelles, la joie et la liberté. 
Il faudra attendre Alejandro Amenabar au début des années 2000, pour un renouveau du cinéma fantastique espagnol. 


( 1) De nombreux titres ont illustré diverses jaquettes à l’époque de la VHS du film (à se coincer les doigts dans sa croix de Saint-Benoit !), comme par exemple : Night of the Blind Terror ou Tombs of the blind dead. 

(2) Rebecca meurt dans les flammes comme une sorcière, et comme les Templiers combattus par l’Inquisition. 

(3) Une jeune femme dénudée sur une croix est sacrifiée par des Templiers hérétiques du Moyen-Âge, dans un voyeurisme complaisant... et bien érotique. 

(4) A noter qu’en 1985, Jess Franco réalisa La mansión de los muertos vivientes, le dernier volet des Templiers maudits, beau clin d’oeil (qui s’avèrera néanmoins être une version fade par un Jess Franco sans doute très fatigué) du maître du cinéma déviant à son acolyte espagnol.

La saga des Templiers

La Noche del terror ciego (La Révolte des morts-vivants, 1971) 
El Ataque de los muertos sin ojos (Le Retour des morts-vivants, 1973) 
El Buque maldito (Le Monde des morts-vivants, 1974) 
La Noche de las gaviotas (La Chevauchée des morts-vivants, 1975) 
Et sans oublier, La mansion de los muertos vivientes de Jess Franco en 1985

Attention ! Ronces libidineuses. Evil Dead - 1981

1982 : le public dissipé du Festival du Film Fantastique au Grand Rex à Paris fait une ovation à un petit film d’horreur américain même pas encore sorti aux USA : Evil dead. Sam Raimi le très jeune réalisateur ne se doute pas alors de l’impact mondial que produira son petit film. 

2013 : Evil Dead est toujours un cult-movie, et son remake sorti la semaine dernière, coécrit et produit par le même Sam Raimi, mais réalisé celui-là par Fede Alvarez est une belle occasion de réviser ce classique du cinéma gore.


Un petit groupe de djeuns part en week-end à la campagne. Ils découvrent dans la cabane où ils pensent passer du bon temps, un livre bien étrange recouvert de peau humaine : c’est le Livre des morts...

Encore jeunes lycéens, Sam Raimi et Bruce Campbell réalisent des films super 8. Quelques années plus tard, ils s’associent à Bruce Tapert et crée, avec un certains succès, Renaissance Picture. Les films d’horreur devenant à la mode grâce au succès phénoménal de Halloween de John Carpenter, l’idée d’un long métrage en 16mm voit le jour. Sam Raimi peaufine un premier scénario : The Book of Dead. Il pense à Tom Sullivan, un ancien camarade de classe, pour la conception des SPFX (effets spéciaux pour les initiés). La petit équipe de tournage fraîchement constituée et moins de 300 000 dollars collectés, l’aventure Evil Dead peut commencer.

C’est un tournage difficile qui s’achèvera onze semaines plus tard et sans aucune interruption. 
L’équipe se retrouve isolée au fin fond du Tennessee dans une cabane sans eau ni électricité. Les SPFX vont être créés sur place ce qui va donner une tension permanente dans l’équipe, tension bénéfique à l’atmosphère glauque du film. La ténacité et la spontanéité de ces cinéastes quasi amateurs va permettre des prouesses techniques pourtant difficilement possible avec si peu de moyen. Ainsi les fameuses scènes de travelling seront réalisées grâce à une simple poutrelle métallique maintenue par deux hommes à chaque extrémité ! Une moto lancée à vive allure par Sam Raimi lui-même a été aussi souvent mise à contribution. 
Cette fluidité de la caméra est un bel hommage à John Carpenter et renforce l’impression d’être entraîné dans les remous d’un cauchemar sans fin. La douleur physique de l’équipe de tournage se ressent sur chaque visage des personnages. Le jeu des acteurs est d’ailleurs à la limite du Grand-Guignol (Genre très apprécié par Sam Raimi) : les corps, les traits du visage sont dans un état de crispation extrême. C’est une chute brutale vers l’hystérie. 

Evil Dead étant à l’origine destiné à un public restreint (celui des Drive-In), les SPFX ont pu être réalisés dans la liberté la plus totale, ce qui n’a pas été le cas sur Evil Dead 2 et 3. Ainsi les scènes gores se succèdent sans répit. Pourtant, entre deux membres arrachés ou têtes décapitées, on décèle une touche de surréalisme apaisante : par exemple dans la scène dite du "Miroir" où Bruce Campbell sur le point de sombrer dans la folie, interroge son image, mais lorsqu’il avance la main vers le miroir, son image se déforme. (Quand on sait que c’est une simple bassine remplie d’eau qui a fait office de miroir, on comprend l’ingéniosité de l’équipe !).     
L’utilisation massive du latex et du stop motion (animation en volume) est présente dans presque tout le film, ainsi le grain si particulier de la pellicule 16mm accentue le côté brute et réaliste du film.
La bande-son dans Evil Dead est de même très présente (comme dans tout bon film d’horreur) et le "grincement" permanent (on retrouve cet effet dans Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper), achève l’inconfort du spectateur. 

Evil Dead... ou l’Hystérie mise en image.

Titre : Evil Dead (The Evil Dead)
Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : Sam Raimi
Musique : Joe Loduca
Maquillage : Tom Sullivan
Photographie : Tim Philo
Producteurs : Robert Tapert, Bruce Campbell, Sam Raimi
Pays : États-Unis
Genre : Horreur
Année : 1981
Durée : Version censurée : 82 minutes (Version intégrale: 85 minutes)

Attention, on va être coupé. La Baie Sanglante - 1971

Treize personnages, treize meurtres sanglants commis avec d’innombrables armes blanches. Cela vous rappelle un film des années 80 ? Vendredi 13 sans doute, mais le film culte de Sean S.Cunningham ne brille certainement pas son originalité si on a vu La Baie Sanglante de Mario Bava. 

En 1971, Mario Bava réalise La Baie Sanglante et donne naissance à un nouveau sous-genre : le slasher movie, et ce, bien avant Halloween (1978) de John Carpenter et bien sûr le Vendredi 13 de 1980. 

Laissant de côté les ambiances gothiques qui ont fait sa notoriété depuis Le Masque du démon en 1960, le réalisateur italien Mario Bava réalise une œuvre « en roue libre » où les meurtres à l’arme blanche se succèdent implacablement. 
Tous les personnages de La Baie Sanglante se croisent, à la fois coupables et victimes, pour provoquer une réaction en chaîne meurtrière.


Un immense domaine est convoité par de nombreuses personnes, mais la propriétaire, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre sa magnifique baie. Un couple de promoteurs trouve un moyen radical pour s’emparer du domaine, tandis qu’une bande de jeunes gens pénètrent par effraction dans la baie pour y passer du « bon temps ». L’une des filles de la bande décide se baigner nue. Elle se cogne alors contre un cadavre flottant près d’elle... 
Le luxueux domaine convoité devient alors l’antre de l’horreur où ses occupants sont prêts à s’entretuer les uns les autres pour survivre. 


La trame du film est somme toute banale, inspirant par la suite de nombreux cinéastes en instaurant un support constant pour les films d’horreur des années 70-80, et donnant ainsi naissance à un nouveau sous-genre cinématographique, le slasher movie : un tueur psychopathe masqué massacre au hasard ses victimes à l’arme blanche. 
Avec La Baie Sanglante, Mario Bava rompt avec les règles qu’il a établies lui-même avec le giallo, sous-genre à la mode depuis son film Six femmes pour l’assassin en 1964, bousculant les conventions et les attentes de l’époque : un tueur masqué et ganté sévissant dans une mise en scène très théâtralisée. 

Dans La Baie Sanglante, les meurtres sont plus sauvages les uns que les autres. D’ailleurs la baie redevenue elle-même à l’état sauvage accentue l’aspect primitif de ces meurtres, mais nous y reviendrons plus tard. 
Disparues aussi les ambiances gothiques de ses premiers films. Seule, dans les premières images du film à la photographie sublime, la superbe demeure baroque de la comtesse paralysée dans son fauteuil roulant rappellera le style des premiers films de Mario Bava. Mais bien vite le film basculera vers une nouvelle esthétique : le réalisateur italien montre lentement le visage de l’assassin de la comtesse, avant que celui-ci soit lui-même poignardé par un autre tueur à la main gantée, rappelant ainsi son chef-d’œuvre Six femmes pour l’assassin. Puis, le film basculera jusqu’au dernier plan dans l’horreur brute et sauvage. 

Tantôt enfermés dans des intérieurs sombres, où veille une cartomancienne (l’actrice Laura Betti), rappelant Maria, l’androïde de Metropolis et La Méduse de la mythologie grecque, au milieu d’animaux empaillés et de collections d’insectes formant d’inquiétantes visions, les personnages tentent d’échapper, ou se tuer les uns les autres, pour se réfugier ou se pourchasser dans la baie redevenue primitive. Belle métaphore d’une Nature luttant contre l’Homme et ses pulsions destructrices ! Ainsi, il est bon de rappeler le titre italien prévu au départ : Ecologia del delitto (Ecologie du délit). 

Après La Baie Sanglante, Mario Bava transformera son univers à la fois gothique et « chargé » pour donner des œuvres très sombres voir même nihilistes comme en 1977 avec son film Les Démons de la nuit (Shock).


And now for something completely different ! 
 Il faut trouver le titre du film qui correspond à chacune des images :

A

B

C

D

E

F

 G

H

I

 J

Réponse (oui je sais, c’était assez facile) :

La Baie Sanglante (A - D - E - G - J)
Vendredi 13 (B - C - F - H - I)



Vendange mortelle. Les Raisins de la mort - 1978

Il y a plusieurs raisons pour visiter le vignoble de Jean Rollin et y goûter quelques grappes d’une cuvée unique et très particulière. La première raison ? Les Raisins de la mort est le premier film français de Zombie !

Jean Rollin nous a quitté il y a deux ans maintenant, et nous a laissé en héritage des perles rares et étranges, telles que Le Viol du vampire, La Rose de fer, Fascination, La Morte vivante ou La Nuit des traquées. Des films de genre qui resteront à jamais des œuvres très personnelles dont la poésie surréaliste, la mélancolie, l’érotisme éthéré sont encore présents même quand on les revoit de nos jours, tandis que le cinéma fantastique français devient de plus en plus anémié et impersonnel.


Après un creux de la vague qui l’avait amené à (re)visiter le cinéma d’exploitation X, Jean Rollin réalise en 1978 Les Raisins de la mort, un film de commande pour le producteur Claude Guedj et invente le premier film français de zombies. C’est donc grâce au succès populaire d’un nouveau genre dans le cinéma fantastique : le film de zombies (en particulier depuis le succès de La Nuit des morts-vivants de George A. Romero) que Jean Rollin put revenir à la réalisation de films de Série B et (re)devenir cet artiste atypique autant adulé que décrié.


Une jeune femme, Elisabeth, prend le train avec son amie pour rejoindre son fiancé dans le Sud de la France, où celui-ci travaille dans un vignoble à Roblès. Alors que le train semble désert, un homme au visage putréfié pénètre brusquement dans leur compartiment. Échappant de peu à la mort et trébuchant sur le cadavre de son amie massacrée par l’inconnu au visage décomposé, Elisabeth réussit à sauter du train puis se réfugie dans une ferme isolée. Mais les rustiques habitants de la ferme semblent eux-aussi atteints de la même horrible maladie que le fou du train. Elisabeth doit de nouveau se sauver en tuant le fermier, après que celui-ci, dans un accès de folie, massacra sa propre fille. Réfugiée dans la voiture du fermier, Elisabeth voit surgir un nouvel inconnu au visage purulent. Terrorisée, elle réussit à démarrer et à s’enfuir. Mais la voiture tombe en panne.
Une longue errance dans les montagnes du Larzac commence alors pour la jeune femme. Elle rencontre sur son chemin une jeune aveugle nommée Lucie. Elisabeth décide de la raccompagner dans son village, malgré les réticences de la jeune fille à retourner près des siens. Arrivée au village, tandis que la nuit commence à tomber, Elisabeth ne découvre que des cadavres dans les ruelles, tandis que des villageois eux-aussi contaminés sortent hagards des maisons pour se diriger vers les deux femmes. Lucie est capturée et sauvagement tuée. Encore une fois, Elisabeth doit fuir.
Elle trouve refuge dans une très belle demeure aux abords du village, occupée par une jeune femme aussi belle qu’étrange. Celle-ci ne semble pas contaminée mais trouble Elisabeth par ses divagations. Elle la convainc tout de même de fuir avec elle. Mais l’étrange femme est, elle aussi contaminée et livre Elisabeth aux villageois. C’est alors que deux hommes surgissent, attirés par les cris, et commencent à abattre tous les habitants sanguinaires. La belle femme meurt dans le brasier qu’elle avait elle-même allumé, laissant Elisabeth et ses deux sauveurs s’enfuirent. Quand celle-ci apprend que les deux hommes connaissent le vignoble de son fiancé, elle les implore de l’emmener jusqu’au domaine, espérant le retrouver sauf et en sécurité.
Arrivés à destination, les deux hommes partent à la recherche d’un téléphone tandis que la jeune femme explore les bâtiments désertés en quête de son grand amour. Elle le retrouve errant dans un bâtiment du domaine, comprenant bien vite que celui-ci est déjà contaminé. En reconnaissant sa douce, le jeune homme réussit à lui expliquer, avant de perdre totalement la raison, les causes de cette épidémie : un nouveau pesticide avait été utilisé par les propriétaires du vignoble. Le pesticide s’avérant être un poison, il se distilla dans les grappes du raisin, puis dans le vin, contaminant ainsi tous les habitants de la région. En voyant l’un des deux hommes entrer dans le bâtiment, le fiancé, pris de nouveau de démence meurtrière, se jette sur celui-ci qui l’abat aussitôt. Elisabeth, épuisée et désespérée, bascule alors elle aussi dans la folie…


Le film Les Raisins de la mort n’est pas représentatif de l’œuvre de Jean Rollin. Certes.
C’est avant tout un film de commande, mais les Raisins de Rollin marquent un tournant dans sa carrière. Après sa (triste) contribution dans la réalisation de films pornographiques, il rencontre, pendant cette période de vaches maigres, la toute jeune et sulfureuse Brigitte Lahaie. Rollin saisit l’opportunité de quitter la réalisation de films X en tournant ce film d’horreur et donne sa chance à Brigitte Lahaie de quitter elle-aussi le milieu en lui offrant son premier rôle de composition. Il réussira malgré les réticences et protestations du producteur, qui voulait un simple remake français du film de Romero, à imposer son propre scénario.
Ses thèmes préférés sont d’ailleurs bien présents, en particulier dans la première partie du film : la lente et étrange scène de la ferme isolée où règne une atmosphère pesante entre le fermier rustique et menaçant, sa fille réservée et la fragile Elisabeth. On retrouve souvent ce genre de personnages mystérieux mais bien ancrés dans le réel, où le temps semble s’être arrêté dans de vieilles demeures. D’autres plans rappellent la filmographie plus personnelle de Rollin, telle la très lente déambulation d’Elisabeth et de ses deux sauveurs dans un paysage aride et désolé (celui du Larzac en hiver), où des personnages étranges, sanguinaires malgré eux (à défaut de vampires mélancoliques, dans les Raisins ce sont des paysans devenus zombies, mais recouvrant parfois des moments de lucidité). On se surprend alors, à ces moments là, à éprouver une certaine empathie par exemple pour le fiancé d’Elisabeth.

L’érotisme est un thème récurent dans l’œuvre de Jean Rollin. Ici peu de jeunes filles dévêtues, mais la présence de Brigitte Lahaie apporte une certaine note sensuelle au film : nue sous une fine et longue chemise de nuit d’un blanc immaculé, dans une nuit glaciale et étoilée, la belle Brigitte règne sur les zombies rustiques ! Ici point d’esthétisme dans la représentation des meurtres. On est bien loin de la beauté visuelle et glacée d’un Fascination : la jeune aveugle est crucifiée, puis décapitée par son fiancé zombie ou le fermier rugueux du début du film plante une fourche sur le torse de sa fille, tandis qu’un zombie se fracasse le crâne contre la vitre de la voiture où Elisabeth s’était réfugiée, etc... Claude Guedj, le producteur voulant un film gore à la française, Jean Rollin réalisa, dépité, ce genre de plans « Gor…tesques ».


Post-scriptum de la Dame: Les Raisins de la mort sont sortis en France en 1978. Le film a connu un certain succès chez les fans de films d’horreur et a même été montré dans plusieurs festivals internationaux. On peut donc dire que Jean Rollin a rempli son contrat. Il l’a sans doute même trop bien rempli car fort de ce succès, Eurociné (non, ne riez pas !) lui réclame la réalisation (après l’abandon de Jess Franco) du Lac des morts-vivants, le nanar absolu à mon humble avis.


Titre original : Les Raisins de la mort
Réalisation : Jean Rollin
Scénario : Jean Rollin, Jean-Pierre Bouyxou 
Photographie : Claude Bécognée
Musique : Philippe Sissmann
Production : Claude Guedj, Jean-Marc Ghanassia
Pays : France
Genre : horreur
Durée : 85 minutes
Année : 1978



Merci grand-mère ! Le Lac des morts vivants - 1981

En attendant l'humble éloge de la Dame dans le Radiateur au maître du cinéma  français fantastico-érotico-pataud (1), voici une anecdote amusante évoquant leur première rencontre cinématographique :

Rendant visite à sa grand-mère, par un beau dimanche d'été, il y a bien longtemps, La dame dans le radiateur, alors encore adolescente, tombe en arrêt sur une VHS à la jaquette bien incongrue au milieu d'autres cassettes vidéos empilées sur un coin de table : la cassette vidéo du Lac des Morts-Vivants d'un certain J.A. Lazer semblait perdue entre La Grande Illusion, Paris chante toujours, Violettes impériales et autres joyeusetés d'une ère cinématographique bien révolue.

La question ne tarda pas :
- Mamie, tu aimes les films de Jean Rollin ?
La réponse fut encore plus stupéfiante qu'un simple Oui incongru :
- Qui ? Ah, cette cassette ! Non j'achète des VHS bon marché pour enregistrer par dessus.
La dame dans le radiateur en fut pendant quelques instants bouche bée et même médusée. Il lui fallait sauver la VHS ! Le plan sauvetage du Lac de Rollin fut facile à appliquer : la grand-maman aimant beaucoup sa dame dans le radiateur.

C'est ainsi que je découvris mon premier film de Jean Rollin... grâce à ma grand-mère !


La cassette de grand-maman est toujours précieusement conservée n'ayez crainte !

1981, Jean Rollin (qui avait longtemps refusé de porter la paternité de ce film) entre dans la légende du nanar absolu en réalisant Le Lac des Morts-Vivants, film culte du Cinéma Bis.

Vous voulez perdre 1h30 de votre précieux temps ? Alors plongez dans les profondeurs du Lac des Morts-Vivants de J.A. Lazer alias Jean Rollin, mais attention de ne pas vous cogner au rebord de la piscine, car c’est ça Le Lac des Morts-Vivants : une piscine que deux algues et trois nénuphars peine à dissimuler... et produit par Eurociné !

Un régal. A consommer sans modération, mais il faut quand même être prévenu.

Je ne vais pas résumer l’histoire car le scénario a dû tomber dans le lac avant le premier tour de manivelle.
Je peux vous dire par contre que vous verrez quelques soldats nazis transformés en zombies et une poignée de villageois s’improvisant acteurs (récurrent chez Jean Rollin cette utilisation systématique, tel un réflexe de Pavlov, de la faune villageoise française... et quelle faune !).
Le (télé)spectateur remarquera, non sans stupéfaction, que le maquillage (une peinture verdâtre recouvrant le visage et s’arrêtant au cou) des zombies dégoulinent doucement quand les nazis-zombies sortent du lac-piscine.
Quelques baigneuses-basketteuses aux seins nus viennent barboter dans le lac. Pourquoi des basketteuses aux seins nus en pleine campagne dans les années 50 avec des vêtements des années 80 ? Je n’en ai pas la moindre idée ! Mais continuons...
En fait non. Terminons, puis circulez il n'y aura plus rien à voir après un tel visionnage ! Vous pourrez reprendre une activité (j'espère pour vous) normale.

Alors pourquoi s’arrêter sur un tel nanar me direz-vous ?

Le Lac des Morts-Vivants est un film unique. Un pur bijou de ringardise qu’on ne pourrait plus produire de nos jours. Un bel hommage à l’inutilité en cette époque de productivité vénale. Peu importe un montage approximatif, un jeu d’acteurs insipide, un scénario perdu au fond d’un lac-piscine.
Par contre, si vous voulez quand même regarder jusqu’à la fin, je ne vous garantis pas qu’à un moment vous risquez de sombrer dans un profond sommeil, et ce n’est pas les quelques scènes d’un érotisme tiédasse qui vont vous tenir éveillé !
On peut toujours, entre deux bâillements, s’amuser à compter les scènes où la caméra (voir l’équipe entière de tournage) apparaît dans les miroirs.

C’est, en tout cas, malgré toutes ces approximations (volontaires ? Même pas), et avec la nostalgie d’une époque révolue que j'aime toujours m’attarder au bord du plus beau lac du Cinéma Bis.


Titre original : Le Lac des morts vivants (ou Zombie Lake)
Réalisation : Jean Rollin
Scénario : Julián Esteban et Jesus Franco
Photographie : Max Monteillet
Musique : Daniel White
Production : Eurociné
Pays : France, Espagne
Genre : horreur
Durée : 90 minutes
Année : 1981

(1) Mais de qui diable suis-je entrain de parler ? Jean Rollin bien sûr !