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Les Temps morts - Partie 1




Épreuve par neuf

SANS LIMITE
MARCHANDER
DEPROGRAMMER
AUTOMATE
DENATURER
FALSIFIER
HYBRIDES




Phase IV de Saul Bass (1974)

Tribute to Roland Topor ?



 

Trelkovsky à sa fenêtre. Le Locataire - 1976


Le Locataire de Roman Polanski termine la trilogie des demeures fantastiques commencée avec Répulsion en 1965, puis Rosemary’s Baby, énorme succès mondial de 1968.

Trelkovsky, jeune immigré polonais est un timide fonctionnaire dans le Paris des années 70. Il emménage dans un appartement situé dans un vieil immeuble, après que l’ancienne locataire se soit défenestrée. 


En filmant les scènes anodines du banal quotidien parisien d’un immigré polonais, Roman Polanski réalise un chef-d’œuvre d’une noirceur implacable, où la réalité se confond sans cesse avec la fiction. Le spectateur vit et ressent tout ce que « subit » le vulnérable locataire, magnifiquement incarné par Polanski lui-même. En ayant le sentiment terrible qu’il ne maîtrise plus sa vie et son environnement, le locataire va commencer, dès l’arrivée dans son nouvel appartement, une longue descente vers la solitude, la peur du rejet (voir même la xénophobie) qui se transformera en pure paranoïa puis folie. 

Peu à peu, se sentant persécuté et agressé par la froideur et la dureté de ses voisins et collègues, dont les habitations claires et spacieuses contrastent tant avec son petit appartement sombre et insalubre, Trelkovsky se renferme sur lui-même et se réfugie dans son appartement où il perçoit les bruits de ses voisins qu’il regarde vivre par la fenêtre, sorte de Jeanne regardant passer sa vie dans le roman de Maupassant : Une vie
Plus le locataire s’isole, plus les plans sont rapprochés pour accentuer un climat oppressant. Où se situe la réalité ? Dans le regard apeuré du locataire ou dans celui, dur et assuré, des autres occupants ? 

La perte de sa personnalité est-elle que Trelkovsky finit par s’identifier à l’ancienne locataire. Découvrant une robe laissée dans un placard, il se maquille et la porte en cachette, puis se met à observer le va-et-vient de la cour intérieure. Cette cour est un lieu étrange, où les voisins se rendent régulièrement occupant les toilettes en restant debout, figés pendant des heures sous le regard incrédule et terrifié du locataire caché derrière sa fenêtre.

On est à la limite du fantastique, quand le locataire découvre une dent cachée dans le mur de sa chambre : scène particulièrement éprouvante pour les nerfs ! Polanski, en adaptant le roman de Roland Topor, Le Locataire chimérique, a très bien su représenter l’univers onirique du dessinateur-écrivain (oui, je sais, c’est un peu réducteur : Topor est bien plus encore ! A découvrir au plus vite pour les plus jeunes : La Planète sauvage ! L'émission Téléchat ? une initiation au Surréalisme pour les petits).
En combinant les obsessions récurrentes de Polanski : la délation, l’oppression, la maladie, à l’imaginaire particulier de Topor, le Locataire fait basculer le spectateur dans un délire hallucinatoire éprouvant dont il est toujours difficile de se remettre, 37 ans plus tard !

Quand la réalité rejoint la fiction ou quand la raison se confond à la folie.

Titre français : Le Locataire
Titre anglais : The Tenant
Réalisation : Roman Polanski
Scénario : Gérard Brach, Roman Polanski d'après le roman Le Locataire chimérique de Roland Topor Photographie : Sven Nykvist
Montage : Françoise Bonnot et Jacques Audiard
Musique : Philippe Sarde
Production : Andrew Braunsberg, Alain Sarde, Hercules Belleville
Pays : France
Genre : drame, thriller
Durée : 125 minutes
Sortie en France : le 26 mai 1976

Beau Marquis, vos beaux yeux me font mourir d'amour. Marquis - 1989

Enfermé à La Bastille, le Marquis de Sade, un épagneul breton au regard espiègle, échange avec son compagnon de cellule Colin (et partie anatomique "centrale" de son propre corps), sur un sujet qui les obsède tous les deux : le sexe. 
Voilà un pitch bien sulfureux et surtout très inattendu pour débuter une nouvelle année me direz-vous, encore tout imprégné d'effluves festives que vous êtes.
Pourtant s'il est un film qu'il fallait ne pas oublier de mettre dans sa liste de cadeaux de Noël, c’était bien ce Marquis de Henri Xhonneux : un film d’animation unique, étrange et frondeur, onirique parfois, à la mise en scène très ingénieuse. 

Marquis est un film franco-belge de Henri Xhonneux sorti en 1989 dont le scénario, les dialogues et la conception artistique ont été entièrement confiés à l’extraordinaire talent du dessinateur et producteur Roland Topor (La Planète Sauvage, Téléchat, le Locataire Chimérique). Librement inspiré par l’enfermement de l’athéiste Marquis de Sade à La Bastille (celui-ci fut détenu sous tous les régimes politiques pendant plus de 27 ans ! Imaginez alors sa frustration... mais nous y reviendrons) et mêlant une intrigue historique (les prémices de la Révolution française) aux réflexions philosophiques de personnages mi-homme, mi-animaux sur les pulsions et frustrations sexuelles de leurs contemporains ; ce film de Henry Xhonneux est un film très étrange, à la mise en scène travaillée combinant prises de vue réelle et scènes d’animation, dont les créatures (tous les acteurs portent des masques dont certains rappellent les marionnettes de Téléchat (1)) évoluent dans des scènes érotiques très satiriques où les références historiques, littéraires et philosophiques sont constamment soupoudrées d’humour noir (2).

Il ne faut pas chercher de réponses aux questions que les personnages soulèvent dans le film. C’est avant tout une belle ode à la liberté individuelle, et surtout à la liberté sexuelle.
Le Marquis de Sade, dans sa démarche fut, en quelque sorte, le précurseur de la liberté d’expression, et bien sûr de l’apologie des pulsions et perversions sexuelles, mais il a aussi fait avancer à sa manière, les réflexions sur la morale et la politique tout en étant, il faut quand même le souligner, un débauché bien frustré capable des pires excès, mais dont le courage (ses audacieuses missives) et le talent d’écriture restent exemplaires encore de nos jours.


Dans la France pré-révolutionnaire du 18ème siècle, le chien Marquis de Sade se retrouve embastillé, après avoir été accusé d’avoir déféqué sur une croix, ainsi que du viol de la jeune et jolie vache Justine (sic). Mais en fait le Marquis est victime d’un complot fomenté par le prêtre-chameau Don Pompero et le fat Gaetan De Preaubois qui veulent étouffer un terrible secret : le violeur de Justine étant en fait le Roi de France.
Marquis occupe ses longues journées d’incarcération (il sera enfermé cinq ans à La Bastille) à imaginer de sulfureuses histoires en conversant avec son pénis prénommé Colin (3) sur un sujet qui obsède les deux comparses : l’esprit commande-t’il au sexe ou est-ce le contraire ? Les passionnantes histoires érotiques de Colin le loquace (histoires illustrées dans le film par des scènes d’animation en argile) inspireront les écrits du Marquis, compensant ainsi sa frustration liée à l’isolement de son incarcération dans l’ébauche d’une oeuvre littéraire évoquant les pires perversions sexuelles de son époque, réglant ainsi ses comptes avec l’ordre morale établi. Pendant ce temps, les révolutionnaires se préparent à organiser un coup d’Etat, et un certain matin de juillet 1789, les prisonniers politiques confinés à La Bastille, ainsi que le Marquis, seront finalement libérés par les révolutionnaires. Marquis pourra alors continuer à rédiger ses brûlants pamphlets en toute "liberté".


Le film fut plutôt bien reçu par le public parisien (il resta d’ailleurs à l’affiche toute une année dans la capitale), malgré les critiques mitigées et une interdiction au moins de 12 ans. La première de Marquis se passa le 20 juillet 1989 pendant les festivités du Bicentenaire de la Révolution française, puis reçu plusieurs prix dans divers festivals internationaux. Le film fit l’objet d’une réédition en dvd remasterisé en 2004.
Marquis n’aurait jamais pu être réalisé sans les talents réunis de deux amis de longue date : Roland Topor et Henry Xhonneux. Les deux amis avaient déjà collaboré entre 1983 et 1985 à la conception des 234 épisodes de la fameuse émission télévisée pour enfants : Téléchat. Fort du succès retentissant de cette émission surréaliste, les deux amis se retrouveront en 1988 pour l’adaptation de la vie du Marquis de Sade. L’œuvre (Marquis), interprétée par des acteurs dont les visages dissimulés sous de magnifiques masques représentant tous sortes d’animaux étranges et obnubilés par le sexe, déconcerta la critique de l’époque. Mais le temps aidant, Marquis est encore de nos jours un film unique et irrespectueux grâce à l’imagination débordante de Roland Topor et du réalisateur Henry Xhonneux.

A redécouvrir au plus vite, pensez-donc : un Téléchat version X !

Titre original : Marquis
Réalisation : Henry Xhonneux
Scénario : Roland Topor et Henry Xhonneux
Direction artistique : Roland Topor
Musique : Reinhardt Wagner
Production : Claudie Ossard, Eric Van Beuren
Pays : France
Genre : Animation, Comédie
Durée : 83 minutes
Année : 1989

(1) Ce sont les frères Frédéric et Jacques Gastineau (Lifeforce, Babel, Les prédateurs de la nuit) qui ont conçu toutes les créatures.
(2 Voir même sadique, CQFD !
(3) Un petit chauve à col roulé à la verve jubilatoire... et constamment quémandeur d’exercices pratiques.



Draag, Om et Blop-Blop

Tandis que le monde entier attend fébrilement la suite d'Avatar, l'évènement cinématographique de l'année 2009 lancé à coups de matraquage médiatique et autres produits dérivés made in China, j'aimerais vous donner un peu de répit en attendant la prochaine méga production américaine.

Laissez-moi donc vous conter la belle histoire du premier film d'animation français de science-fiction : La Planète Sauvage de René Laloux.

En 1973 sort en France un curieux dessin animé destiné à un public pourtant peu concerné par ce genre, le public adulte. La Planète Sauvage a pour but de le divertir, mais surtout de l’amener à une réflexion sur la condition de l'Homme et ses responsabilités dans le fonctionnement de la Société.


Un jeune dessinateur René Laloux décide d'adapter, en collaboration avec l’artiste surréaliste Roland Topor, le roman de Stefan Wul : Oms en série.

Le peuple Draag règne sur cette planète sauvage. Son évolution est telle qu’il partage son temps entre la méditation et l’organisation harmonieuse de son monde. Il impose sa puissance à toutes les autres créatures de la planète. En guise d’animaux domestiques, les Draags élèvent le peuple Om. Un jour, Tiwa, une petite fille Draag recueille un bébé Om. Elle lui donne un nom : Terr.
Le peuple Draag règne sur cette planète sauvage. Il impose sa puissance à toutes les autres créatures de la planète. En guise d’animaux domestiques, les Draags élèvent le peuple Om. Un jour, Tiwa, une petite fille Draag recueille un bébé Om. Elle lui donne un nom : Terr.
Peu à peu, Terr acquiert les connaissances des Draags en écoutant en cachette l’enseignement de Tiwa. Devenu adulte, il amènera son peuple à la révolte au risque de faire sombrer toute la planète dans le Chaos.

L'univers sombre et poétique de l'écrivain Stefan Wul répond parfaitement aux mondes décalés et oniriques des deux dessinateurs Laloux et Topor. C'est en travaillant sur un même projet d'animation que les deux artistes se sont rencontrés dans les années 60. Bien vite, ils auront à cœur de donner matière à leur prolifique imagination où l'absurde, l'onirisme et l'humour noir se perdent dans leurs dessins surréalistes.


Malheureusement, la frilosité des producteurs devant la difficulté d'un projet aussi nouveau qu’audacieux pour la France habituée aux productions animées des anglo-saxons, amènera Laloux et Topor à "délocaliser" (déjà à l'époque !) la quasi-totalité de leur travail dans les studios de Prague. C’est pourquoi certaines mauvaises langues iront dire que La Planète Sauvage n'avait pas à être attribuée à la France !

Sans doute marqué par les événements politiques de l'époque : la domination soviétique sur les Républiques de l'Est, le film est devenue au fil de sa réalisation une magnifique et édifiante évocation des périodes les plus répressives de la première partie du 20ème siècle.
La fameuse scène de «Désomisation» reste pour beaucoup de spectateurs de l’époque et de nos jours, la plus représentative du message principal du film : un désir pacifiste de plus en plus « attendu » dans les sociétés occidentales.
Le film (et le roman) amène beaucoup de questions, mais ne répond qu’implicitement, laissant le spectateur se perdre dans la beauté visuelle de chaque plan. De même, la sublime musique du compositeur Alain Coraguer J'irai cracher sur vos tombes (1959), L'Eau à la bouche (1960) etc...) évoque dès les premières notes la respiration de la planète elle-même et un chant lancinant tantôt hypnotique quand les habitants de la planète vivent en harmonie, tantôt trépidant quand le chaos semble inéluctable.

La technique dite du «papier découpé» permet (en plus de faire des économies dans le budget !) de restituer la puissance des dessins de Roland Topor : cette technique d’animation (utilisée par Terry Gilliam pour les séquences de Monty Python's Flying Circus mais aussi plus récemment par Michel Ocelot Kirikou ou la série South park semble de nos jours bien désuette face à la fluidité des effets rendus par l’utilisation de la 3D dans Avatar !

Pourtant, la magie est toujours là.

36 ans après, le regard rouge vif et étonné de la petite fille Draag s’agenouillant pour «ramasser» un bébé Om, puis le poser dans le creux de sa main est toujours d’une telle force visuelle et émotionnelle.


Un chef-d’œuvre vous dis-je !

La force de ce film c’est aussi la mise en scène pour chaque plan travaillé.
Plus on avance dans l’intrigue, plus la Planète et ses créatures semblent sombrer dans l’inquiétude, la paranoïa. Puis l’oppression éclate soudain et les paisibles créatures (les tisseurs-troupeaux, les quadripodes et autres mangeurs de Blop-Blop !) font place au terrible Mange-Om dressé par les Draags pour se débarrasser des Oms jugés trop prolifiques dans le renouvellement de leur espèce !


Le ton grinçant de Topor, dont le roman Le Locataire Chimérique a inspiré Roman Polanski pour son film Le Locataire, (en bon moralisateur cynique, Topor était très apprécié des lecteurs de Hara-kiri !) fait merveille dans l’atmosphère pesante d’une planète très sauvage et bien étrange où tout semble se transformer à chacun des pas d’un géant Draag ou d’un minuscule Om.

La Planète Sauvage est bien plus qu’un beau plaidoyer pacifiste, toujours actuel de nos jours. C’est un film d’animation d’une richesse visuelle rare, un tableau fantasmagorique qui prend vie grâce aux talents réunis de deux artistes aux univers sombres et oniriques à la fois. C’est un film d’animation intelligent faisant la part belle l'imaginaire décalé et à l’idée que la Vie est somme toute une évidence tragique… et bien absurde parfois.


Réalisation : René Laloux
Scénario : René Laloux, Roland Topor (d'après le roman de Stefan Wul)
Musique : Alain Goraguer
Photographie : Boris Baromykin et Lubomir Rejthar
Production : Simon Damiani, Anatole Dauman et André Valio-Cavaglione
Pays : France, Tchécoslovaquie
Genre : Animation, Science-fiction
Durée : 72 minutes
Année : 1973