Affichage des articles dont le libellé est série TV. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est série TV. Afficher tous les articles

Beau Marquis, vos beaux yeux me font mourir d'amour. Marquis - 1989

Enfermé à La Bastille, le Marquis de Sade, un épagneul breton au regard espiègle, échange avec son compagnon de cellule Colin (et partie anatomique "centrale" de son propre corps), sur un sujet qui les obsède tous les deux : le sexe. 
Voilà un pitch bien sulfureux et surtout très inattendu pour débuter une nouvelle année me direz-vous, encore tout imprégné d'effluves festives que vous êtes.
Pourtant s'il est un film qu'il fallait ne pas oublier de mettre dans sa liste de cadeaux de Noël, c’était bien ce Marquis de Henri Xhonneux : un film d’animation unique, étrange et frondeur, onirique parfois, à la mise en scène très ingénieuse. 

Marquis est un film franco-belge de Henri Xhonneux sorti en 1989 dont le scénario, les dialogues et la conception artistique ont été entièrement confiés à l’extraordinaire talent du dessinateur et producteur Roland Topor (La Planète Sauvage, Téléchat, le Locataire Chimérique). Librement inspiré par l’enfermement de l’athéiste Marquis de Sade à La Bastille (celui-ci fut détenu sous tous les régimes politiques pendant plus de 27 ans ! Imaginez alors sa frustration... mais nous y reviendrons) et mêlant une intrigue historique (les prémices de la Révolution française) aux réflexions philosophiques de personnages mi-homme, mi-animaux sur les pulsions et frustrations sexuelles de leurs contemporains ; ce film de Henry Xhonneux est un film très étrange, à la mise en scène travaillée combinant prises de vue réelle et scènes d’animation, dont les créatures (tous les acteurs portent des masques dont certains rappellent les marionnettes de Téléchat (1)) évoluent dans des scènes érotiques très satiriques où les références historiques, littéraires et philosophiques sont constamment soupoudrées d’humour noir (2).

Il ne faut pas chercher de réponses aux questions que les personnages soulèvent dans le film. C’est avant tout une belle ode à la liberté individuelle, et surtout à la liberté sexuelle.
Le Marquis de Sade, dans sa démarche fut, en quelque sorte, le précurseur de la liberté d’expression, et bien sûr de l’apologie des pulsions et perversions sexuelles, mais il a aussi fait avancer à sa manière, les réflexions sur la morale et la politique tout en étant, il faut quand même le souligner, un débauché bien frustré capable des pires excès, mais dont le courage (ses audacieuses missives) et le talent d’écriture restent exemplaires encore de nos jours.


Dans la France pré-révolutionnaire du 18ème siècle, le chien Marquis de Sade se retrouve embastillé, après avoir été accusé d’avoir déféqué sur une croix, ainsi que du viol de la jeune et jolie vache Justine (sic). Mais en fait le Marquis est victime d’un complot fomenté par le prêtre-chameau Don Pompero et le fat Gaetan De Preaubois qui veulent étouffer un terrible secret : le violeur de Justine étant en fait le Roi de France.
Marquis occupe ses longues journées d’incarcération (il sera enfermé cinq ans à La Bastille) à imaginer de sulfureuses histoires en conversant avec son pénis prénommé Colin (3) sur un sujet qui obsède les deux comparses : l’esprit commande-t’il au sexe ou est-ce le contraire ? Les passionnantes histoires érotiques de Colin le loquace (histoires illustrées dans le film par des scènes d’animation en argile) inspireront les écrits du Marquis, compensant ainsi sa frustration liée à l’isolement de son incarcération dans l’ébauche d’une oeuvre littéraire évoquant les pires perversions sexuelles de son époque, réglant ainsi ses comptes avec l’ordre morale établi. Pendant ce temps, les révolutionnaires se préparent à organiser un coup d’Etat, et un certain matin de juillet 1789, les prisonniers politiques confinés à La Bastille, ainsi que le Marquis, seront finalement libérés par les révolutionnaires. Marquis pourra alors continuer à rédiger ses brûlants pamphlets en toute "liberté".


Le film fut plutôt bien reçu par le public parisien (il resta d’ailleurs à l’affiche toute une année dans la capitale), malgré les critiques mitigées et une interdiction au moins de 12 ans. La première de Marquis se passa le 20 juillet 1989 pendant les festivités du Bicentenaire de la Révolution française, puis reçu plusieurs prix dans divers festivals internationaux. Le film fit l’objet d’une réédition en dvd remasterisé en 2004.
Marquis n’aurait jamais pu être réalisé sans les talents réunis de deux amis de longue date : Roland Topor et Henry Xhonneux. Les deux amis avaient déjà collaboré entre 1983 et 1985 à la conception des 234 épisodes de la fameuse émission télévisée pour enfants : Téléchat. Fort du succès retentissant de cette émission surréaliste, les deux amis se retrouveront en 1988 pour l’adaptation de la vie du Marquis de Sade. L’œuvre (Marquis), interprétée par des acteurs dont les visages dissimulés sous de magnifiques masques représentant tous sortes d’animaux étranges et obnubilés par le sexe, déconcerta la critique de l’époque. Mais le temps aidant, Marquis est encore de nos jours un film unique et irrespectueux grâce à l’imagination débordante de Roland Topor et du réalisateur Henry Xhonneux.

A redécouvrir au plus vite, pensez-donc : un Téléchat version X !

Titre original : Marquis
Réalisation : Henry Xhonneux
Scénario : Roland Topor et Henry Xhonneux
Direction artistique : Roland Topor
Musique : Reinhardt Wagner
Production : Claudie Ossard, Eric Van Beuren
Pays : France
Genre : Animation, Comédie
Durée : 83 minutes
Année : 1989

(1) Ce sont les frères Frédéric et Jacques Gastineau (Lifeforce, Babel, Les prédateurs de la nuit) qui ont conçu toutes les créatures.
(2 Voir même sadique, CQFD !
(3) Un petit chauve à col roulé à la verve jubilatoire... et constamment quémandeur d’exercices pratiques.



Quand la caravane passe...

C'est (presque) par hasard que j'ai découvert cet OVNI télévisuel qu'est la série américaine : La Caravane de l'Etrange (Carnivàle).

J'ai voulu regarder cette série pour sa distribution d'acteurs un peu "underground" dans le PAA (Paysage Audiovisuel Américain !) : Nick Stahl (Bully de Larry Clark), Michael J. Anderson (Twin Peaks de David Lynch), Adrienne Barbeau (sublime égérie de John Carpenter) etc...
Je ne m'étais pas trompée, car dès le très beau générique, on sent que l'on a affaire à une série différente : la musique (un violon au son lancinant) et la succession d'images d'Histoire représentées par des cartes du tarot nous plongent dans une ambiance noire, celle de L'histoire du Monde dans toute son horreur : Klux Klux Klan, misères sociales, crises économiques...

L'époque est rarement évoquée dans une série télévisée : les Etats-Unis des années trente durant le Dust Bowl, une succession de tempêtes de poussière qui provoqua une sorte de catastrophe écologique causant l'exode rural de millions de personnes.
Le lieu principal est lui aussi original : une fête foraine ambulante.
Les décors somptueux, les costumes hyper-réalistes, les monstres de foire pathétiques ou cruels, les paysages secs et désertiques, l'air saturé de poussière aveuglante (personnage récurrent dans la série), les vêtements trempés de sueur, collant constamment la peau des personnages, sont autant de détails qui nous font aimer très vite la série.



Un jeune homme un peu paumé, (Ben Hawkings) aux pouvoirs de guérisseur et aux rêves prophétiques, est recueilli par une troupe
de forains, après la mort de sa mère et la saisie de ses terres.
Son destin va croiser celui d'un évangéliste (le Père Justin) aussi charismatique que teriffiant.
C'est la lutte constante du Bien et du Mal... qui se reproduit à chaque génération avec la naissance d'un Elu.

C'est sans doute la richesse des détails et la noirceur des personnages qui me font penser à deux réfèrences cinématographiques et littéraires : Freaks de Tod Browning (1932) et La Foire des Ténèbres  de Jack Clayton (1983), d'après un roman de Ray Bradbury.
Tout comme Carnivàle, l'histoire de Freaks se déroule dans les années 30 dans un cirque où de véritables monstres de foire sont exhibés.
Là-aussi, un Elu voit son destin basculer malgré lui : Hans, un lilliputien illusionniste (le jeune guérisseur Ben dans Carnivàle) doit combattre la cruauté du monde représentée par une femme sublime (le séduisant prêcheur Justin dans la série).
C'est aussi le côté fantastique de Carnivàle qui rappelle La foire des Ténèbres, car comme dans le film de J. Clayton, la Foire/Caravane devient le lieu où le Mal vaincra ou non le Bien.

Tous ces éléments et références forment un début prometteur pour une série différente des autres... amenant beaucoup de questions mais ne donnant pas facilement les réponses.
C'est par un cliffhanger frustrant que se termine la série qui n'a connu malheureusement que 2 saisons, malgré les pétitions de nombreux fans se désespérant d'une nouvelle saison.