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Vendange mortelle. Les Raisins de la mort - 1978

Il y a plusieurs raisons pour visiter le vignoble de Jean Rollin et y goûter quelques grappes d’une cuvée unique et très particulière. La première raison ? Les Raisins de la mort est le premier film français de Zombie !

Jean Rollin nous a quitté il y a deux ans maintenant, et nous a laissé en héritage des perles rares et étranges, telles que Le Viol du vampire, La Rose de fer, Fascination, La Morte vivante ou La Nuit des traquées. Des films de genre qui resteront à jamais des œuvres très personnelles dont la poésie surréaliste, la mélancolie, l’érotisme éthéré sont encore présents même quand on les revoit de nos jours, tandis que le cinéma fantastique français devient de plus en plus anémié et impersonnel.


Après un creux de la vague qui l’avait amené à (re)visiter le cinéma d’exploitation X, Jean Rollin réalise en 1978 Les Raisins de la mort, un film de commande pour le producteur Claude Guedj et invente le premier film français de zombies. C’est donc grâce au succès populaire d’un nouveau genre dans le cinéma fantastique : le film de zombies (en particulier depuis le succès de La Nuit des morts-vivants de George A. Romero) que Jean Rollin put revenir à la réalisation de films de Série B et (re)devenir cet artiste atypique autant adulé que décrié.


Une jeune femme, Elisabeth, prend le train avec son amie pour rejoindre son fiancé dans le Sud de la France, où celui-ci travaille dans un vignoble à Roblès. Alors que le train semble désert, un homme au visage putréfié pénètre brusquement dans leur compartiment. Échappant de peu à la mort et trébuchant sur le cadavre de son amie massacrée par l’inconnu au visage décomposé, Elisabeth réussit à sauter du train puis se réfugie dans une ferme isolée. Mais les rustiques habitants de la ferme semblent eux-aussi atteints de la même horrible maladie que le fou du train. Elisabeth doit de nouveau se sauver en tuant le fermier, après que celui-ci, dans un accès de folie, massacra sa propre fille. Réfugiée dans la voiture du fermier, Elisabeth voit surgir un nouvel inconnu au visage purulent. Terrorisée, elle réussit à démarrer et à s’enfuir. Mais la voiture tombe en panne.
Une longue errance dans les montagnes du Larzac commence alors pour la jeune femme. Elle rencontre sur son chemin une jeune aveugle nommée Lucie. Elisabeth décide de la raccompagner dans son village, malgré les réticences de la jeune fille à retourner près des siens. Arrivée au village, tandis que la nuit commence à tomber, Elisabeth ne découvre que des cadavres dans les ruelles, tandis que des villageois eux-aussi contaminés sortent hagards des maisons pour se diriger vers les deux femmes. Lucie est capturée et sauvagement tuée. Encore une fois, Elisabeth doit fuir.
Elle trouve refuge dans une très belle demeure aux abords du village, occupée par une jeune femme aussi belle qu’étrange. Celle-ci ne semble pas contaminée mais trouble Elisabeth par ses divagations. Elle la convainc tout de même de fuir avec elle. Mais l’étrange femme est, elle aussi contaminée et livre Elisabeth aux villageois. C’est alors que deux hommes surgissent, attirés par les cris, et commencent à abattre tous les habitants sanguinaires. La belle femme meurt dans le brasier qu’elle avait elle-même allumé, laissant Elisabeth et ses deux sauveurs s’enfuirent. Quand celle-ci apprend que les deux hommes connaissent le vignoble de son fiancé, elle les implore de l’emmener jusqu’au domaine, espérant le retrouver sauf et en sécurité.
Arrivés à destination, les deux hommes partent à la recherche d’un téléphone tandis que la jeune femme explore les bâtiments désertés en quête de son grand amour. Elle le retrouve errant dans un bâtiment du domaine, comprenant bien vite que celui-ci est déjà contaminé. En reconnaissant sa douce, le jeune homme réussit à lui expliquer, avant de perdre totalement la raison, les causes de cette épidémie : un nouveau pesticide avait été utilisé par les propriétaires du vignoble. Le pesticide s’avérant être un poison, il se distilla dans les grappes du raisin, puis dans le vin, contaminant ainsi tous les habitants de la région. En voyant l’un des deux hommes entrer dans le bâtiment, le fiancé, pris de nouveau de démence meurtrière, se jette sur celui-ci qui l’abat aussitôt. Elisabeth, épuisée et désespérée, bascule alors elle aussi dans la folie…


Le film Les Raisins de la mort n’est pas représentatif de l’œuvre de Jean Rollin. Certes.
C’est avant tout un film de commande, mais les Raisins de Rollin marquent un tournant dans sa carrière. Après sa (triste) contribution dans la réalisation de films pornographiques, il rencontre, pendant cette période de vaches maigres, la toute jeune et sulfureuse Brigitte Lahaie. Rollin saisit l’opportunité de quitter la réalisation de films X en tournant ce film d’horreur et donne sa chance à Brigitte Lahaie de quitter elle-aussi le milieu en lui offrant son premier rôle de composition. Il réussira malgré les réticences et protestations du producteur, qui voulait un simple remake français du film de Romero, à imposer son propre scénario.
Ses thèmes préférés sont d’ailleurs bien présents, en particulier dans la première partie du film : la lente et étrange scène de la ferme isolée où règne une atmosphère pesante entre le fermier rustique et menaçant, sa fille réservée et la fragile Elisabeth. On retrouve souvent ce genre de personnages mystérieux mais bien ancrés dans le réel, où le temps semble s’être arrêté dans de vieilles demeures. D’autres plans rappellent la filmographie plus personnelle de Rollin, telle la très lente déambulation d’Elisabeth et de ses deux sauveurs dans un paysage aride et désolé (celui du Larzac en hiver), où des personnages étranges, sanguinaires malgré eux (à défaut de vampires mélancoliques, dans les Raisins ce sont des paysans devenus zombies, mais recouvrant parfois des moments de lucidité). On se surprend alors, à ces moments là, à éprouver une certaine empathie par exemple pour le fiancé d’Elisabeth.

L’érotisme est un thème récurent dans l’œuvre de Jean Rollin. Ici peu de jeunes filles dévêtues, mais la présence de Brigitte Lahaie apporte une certaine note sensuelle au film : nue sous une fine et longue chemise de nuit d’un blanc immaculé, dans une nuit glaciale et étoilée, la belle Brigitte règne sur les zombies rustiques ! Ici point d’esthétisme dans la représentation des meurtres. On est bien loin de la beauté visuelle et glacée d’un Fascination : la jeune aveugle est crucifiée, puis décapitée par son fiancé zombie ou le fermier rugueux du début du film plante une fourche sur le torse de sa fille, tandis qu’un zombie se fracasse le crâne contre la vitre de la voiture où Elisabeth s’était réfugiée, etc... Claude Guedj, le producteur voulant un film gore à la française, Jean Rollin réalisa, dépité, ce genre de plans « Gor…tesques ».


Post-scriptum de la Dame: Les Raisins de la mort sont sortis en France en 1978. Le film a connu un certain succès chez les fans de films d’horreur et a même été montré dans plusieurs festivals internationaux. On peut donc dire que Jean Rollin a rempli son contrat. Il l’a sans doute même trop bien rempli car fort de ce succès, Eurociné (non, ne riez pas !) lui réclame la réalisation (après l’abandon de Jess Franco) du Lac des morts-vivants, le nanar absolu à mon humble avis.


Titre original : Les Raisins de la mort
Réalisation : Jean Rollin
Scénario : Jean Rollin, Jean-Pierre Bouyxou 
Photographie : Claude Bécognée
Musique : Philippe Sissmann
Production : Claude Guedj, Jean-Marc Ghanassia
Pays : France
Genre : horreur
Durée : 85 minutes
Année : 1978



Merci grand-mère ! Le Lac des morts vivants - 1981

En attendant l'humble éloge de la Dame dans le Radiateur au maître du cinéma  français fantastico-érotico-pataud (1), voici une anecdote amusante évoquant leur première rencontre cinématographique :

Rendant visite à sa grand-mère, par un beau dimanche d'été, il y a bien longtemps, La dame dans le radiateur, alors encore adolescente, tombe en arrêt sur une VHS à la jaquette bien incongrue au milieu d'autres cassettes vidéos empilées sur un coin de table : la cassette vidéo du Lac des Morts-Vivants d'un certain J.A. Lazer semblait perdue entre La Grande Illusion, Paris chante toujours, Violettes impériales et autres joyeusetés d'une ère cinématographique bien révolue.

La question ne tarda pas :
- Mamie, tu aimes les films de Jean Rollin ?
La réponse fut encore plus stupéfiante qu'un simple Oui incongru :
- Qui ? Ah, cette cassette ! Non j'achète des VHS bon marché pour enregistrer par dessus.
La dame dans le radiateur en fut pendant quelques instants bouche bée et même médusée. Il lui fallait sauver la VHS ! Le plan sauvetage du Lac de Rollin fut facile à appliquer : la grand-maman aimant beaucoup sa dame dans le radiateur.

C'est ainsi que je découvris mon premier film de Jean Rollin... grâce à ma grand-mère !


La cassette de grand-maman est toujours précieusement conservée n'ayez crainte !

1981, Jean Rollin (qui avait longtemps refusé de porter la paternité de ce film) entre dans la légende du nanar absolu en réalisant Le Lac des Morts-Vivants, film culte du Cinéma Bis.

Vous voulez perdre 1h30 de votre précieux temps ? Alors plongez dans les profondeurs du Lac des Morts-Vivants de J.A. Lazer alias Jean Rollin, mais attention de ne pas vous cogner au rebord de la piscine, car c’est ça Le Lac des Morts-Vivants : une piscine que deux algues et trois nénuphars peine à dissimuler... et produit par Eurociné !

Un régal. A consommer sans modération, mais il faut quand même être prévenu.

Je ne vais pas résumer l’histoire car le scénario a dû tomber dans le lac avant le premier tour de manivelle.
Je peux vous dire par contre que vous verrez quelques soldats nazis transformés en zombies et une poignée de villageois s’improvisant acteurs (récurrent chez Jean Rollin cette utilisation systématique, tel un réflexe de Pavlov, de la faune villageoise française... et quelle faune !).
Le (télé)spectateur remarquera, non sans stupéfaction, que le maquillage (une peinture verdâtre recouvrant le visage et s’arrêtant au cou) des zombies dégoulinent doucement quand les nazis-zombies sortent du lac-piscine.
Quelques baigneuses-basketteuses aux seins nus viennent barboter dans le lac. Pourquoi des basketteuses aux seins nus en pleine campagne dans les années 50 avec des vêtements des années 80 ? Je n’en ai pas la moindre idée ! Mais continuons...
En fait non. Terminons, puis circulez il n'y aura plus rien à voir après un tel visionnage ! Vous pourrez reprendre une activité (j'espère pour vous) normale.

Alors pourquoi s’arrêter sur un tel nanar me direz-vous ?

Le Lac des Morts-Vivants est un film unique. Un pur bijou de ringardise qu’on ne pourrait plus produire de nos jours. Un bel hommage à l’inutilité en cette époque de productivité vénale. Peu importe un montage approximatif, un jeu d’acteurs insipide, un scénario perdu au fond d’un lac-piscine.
Par contre, si vous voulez quand même regarder jusqu’à la fin, je ne vous garantis pas qu’à un moment vous risquez de sombrer dans un profond sommeil, et ce n’est pas les quelques scènes d’un érotisme tiédasse qui vont vous tenir éveillé !
On peut toujours, entre deux bâillements, s’amuser à compter les scènes où la caméra (voir l’équipe entière de tournage) apparaît dans les miroirs.

C’est, en tout cas, malgré toutes ces approximations (volontaires ? Même pas), et avec la nostalgie d’une époque révolue que j'aime toujours m’attarder au bord du plus beau lac du Cinéma Bis.


Titre original : Le Lac des morts vivants (ou Zombie Lake)
Réalisation : Jean Rollin
Scénario : Julián Esteban et Jesus Franco
Photographie : Max Monteillet
Musique : Daniel White
Production : Eurociné
Pays : France, Espagne
Genre : horreur
Durée : 90 minutes
Année : 1981

(1) Mais de qui diable suis-je entrain de parler ? Jean Rollin bien sûr !



Il était une fois, la suite laborieuse d'un remake fauché. 2001 Maniacs : Field of screams - 2010

Mon enthousiasme débordant à vouloir découvrir de nouveaux films m'a joué un bien mauvais tour dernièrement quand je décidai de regarder, sans vérification préalable, un dvd récemment distribué par Zylo (sorti en France le 19 janvier 2012), et que je crus être le remake du film de Hershell Gordon Lewis, 2000 Maniacs (1964).
Pensant déjà à la sympathique chronique que je ferais après visionnage, mon enthousiasme s'évanouit dès les premières minutes du film... 2001 Maniacs : Field of screams étant la suite du remake !


Longtemps appelé 2001 Maniacs : The Hillbillies Have Eyes, la suite du premier film de Tim Sullivan devint 2001 Maniacs : Field of screams.
Le scénario dut être allégé par manque de temps et un budget réduit à une peau de chagrin. L'idée première d'emmener nos rednecks cannibales sudistes de Pleasant Valley sur les collines de Los Angeles se transforma en un simple périple champêtre : une équipe de télévision perdue au fin fond de l'Iowa, les Deux-Sèvres français (1). C'est dire le maigre budget alloué à l'équipe !


Les Maniacs, sorte de white-trash zombies, et néanmoins confédérés (sic !), sortis tout droit de 2001 Maniacs (tout le monde suit ?), se désespèrent de ne pas avoir de nouvelles victimes nordistes à se mettre sous la dent. 
Ils décident donc de quitter leur cher Sud (pas facile à prononcer « cher Sud »), en créant une foire itinérante. Direction le Nord et plus exactement le Middle-West !
La jeune équipe de production d'une populaire émission de télé-réalité Road Rascals va alors croiser la route de nos Maniacs. Ravie de pouvoir utiliser la fête organisée par les chaleureux et rustiques membres de cette foire itinérante, la productrice de l'émission oblige ses deux vedettes (des clones de Paris Hilton et de Nicole Ritchie) à participer au spectacle "gorgantuesque" organisé par ces artistes sudistes.


Tim Sullivan retrouve son équipe de 2001 Maniacs, mais sans son acteur principal, Robert Englund (pourtant l'unique garant de la crédibilité de ce projet périlleux). Il sera remplacé par Bill Moseley (le terrifiant Chop-Top de Massacre à la Tronçonneuse 2). Les autres acteurs principaux de 2001 Maniacs sont, eux, encore de la fête : Lin Shaye (Mamie Boone) et la sulfureuse Christa Campbell (Marie la Laitière), tandis que l'acteur Ahmed Best (Jar-Jar Binks dans Star Wars : La Menace Fantôme) rejoint les sudistes déjantés.


Désirant garder le contrôle total de son film, le réalisateur Tim Sullivan a dù se contenter d'un bugdet minuscule, limitant par conséquent son scénario au strict minimun. L'accumulation de clichés lourds et de 12 jours de tournage seulement vont terminer d'embourber le réalisateur de Driftwood (2006) dans une réalisation mal maitrisée, voire ratée. Pas la peine d'espérer retrouver des clins d'œil cinématographiques ou des dialogues devenus cultes issus de son premier remake, seuls les fans de 2001 Maniacs sauront apprécier "l'œuvre". D'ailleurs la jaquette française du dvd résume assez bien la situation : "Le dernier volet de la trilogie des Maniacs tant attendu par ses fans !" parce que, croyez-moi, les non fans peuvent passer leur chemin.


Bien sûr, on peut noter la volonté du réalisateur de vouloir dénoncer la culture populaire américaine (la téléréalité genre The Simple Life ou la génération MTV), mais devait-il se mettre au niveau de cette même sous-culture, en utilisant un humour prépubère, raciste et homophobe ?
Exemple : "C'est Jésus (2), il va nous sauver !" ou "quelle est la différence entre un israélien et un israélite ? 100 calories," dixit le chef des cannibales en désignant l'une des victimes qui arborent fièrement des papillotes.
Une réplique du film est à retenir toutefois (3) :"Toute ma vie, j'ai gardé mon cœur dans le placard, mais ces derniers temps, c'est mon c... qui arrête pas d'en sortir", etc...

J’imagine quelques rictus amusés de certains lecteurs, mais quelle lourdeur tout de même, le film durant 90 minutes !

A des années-lumière de 2000 Maniacs de H. G Lewis, Tim Sullivan a oublié les codes du Slasher et surtout du Gore, pour jouer la seule carte du mauvais goût, et en plus pas drôle du tout.
Pourtant, et là mon enthousiasme reprend le dessus, Tim Sullivan n'en reste pas moins celui qui a réussi, avec son premier film, à remettre d’actualité un classique du film Gore réalisé il y a plus de 48 ans !


(1) Sans les petits lapins de Freddy... Comprenne qui peut !
(2) Jésus étant le prénom de l'un des jeunes techniciens de l'émission
(3) Pour les moins sensibles d'entre nous tout de même.

Post-scriptum de la Dame : découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans la catégorie Film d'horreur et la catégorie Film gore.

Titre original : 2001 Maniacs : Field of screams
Réalisation : Tim Sullivan
Scénario : Chris Kobin et Tim Sullivan
Production : Tax Credit Finance
Pays : USA Genre : horreur, comédie
Durée : 84 minutes
Année : 2010