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Le Monde d'après - Partie 2

 

                                                         
 (...) 
pour faire mourir 
   les hommes par l'épée, 
par la famine, par la mortalité 
              (...)                       

Les Temps morts - Partie 1




Épreuve par neuf

SANS LIMITE
MARCHANDER
DEPROGRAMMER
AUTOMATE
DENATURER
FALSIFIER
HYBRIDES




Phase IV de Saul Bass (1974)

Tribute to Roland Topor ?



 

"Les rêves, c'est rien que des mensonges"

Sandrine Collette est devenue l'une des grands auteurs du thriller français, sinon la première. Mais je ne suis pas là pour vous faire un classement, et parlons plutôt de ses livres, en particulier de son roman post-apocalyptique Et toujours les forêts, paru chez Jean-Claude Lattès, en janvier dernier. 
Je n'avais pas voulu lire le pitch de l'histoire, préférant découvrir, à mesure de la lecture, le sujet de ce roman. Le titre laisse songeur, et rappelle d'autres titres de ses livres (1), comme une continuité certes, mais en abordant plus concrètement ce thème de plus en plus utilisé chez les écrivains français actuels (il était temps depuis Barjavel ou Robert Merle) : le monde post-apocalyptique. 

Le sujet est d'actualité ! N'avons-nous pas basculé il y a quelques mois dans un pathétique Nouveau Monde ? Mais revenons à nos forêts. 

Sandrine Collette préfère vivre loin des villes, et c'est dans le Morvan qu'elle a choisi de s'installer. On retrouve dans tous ses romans, son attrait pour les grands espaces, la campagne perdue, la forêt profonde, sans oublier la mer et les coteaux de vignes. Dans des histoires ancrées dans une réalité âpre, les personnages basculent souvent dans une sorte de conte "moderne"(2), où la fiction bascule, sans que l'on s'y attende, dans une étrangeté tragique. 


Il était une fois, Corentin, un enfant traîné de foyer en foyer depuis son enfance, avant que sa mère (jeune femme volage qui aura en phrase d'adieu : «File, merde.») revienne le chercher pour l'abandonner aussitôt à Augustine, une arrière grand-mère un peu lugubre qui habite le hameau où il est né. La vie triste de Corentin prend un nouveau chemin dans cette vallée isolée au cœur des forêts, mais grâce à Augustine, il reçoit enfin un peu d'amour et de l'éducation, puis la Grande Ville l'appelle pour y faire des études supérieures. Corentin découvre les soirées enfumées aux conversations alcoolisées, aux fêtes et aux amourettes mornes. Ni lui, ni ses amis étudiants, ni personne ne voit le monde tel qu'il est : une terre meurtrie au climat devenu hostile. Le monde implose durant une nuit qui ressemble pourtant à tant d'autres, mais où il ne restera plus rien. Le monde s'est éteint, mais Corentin a survécu par miracle, coincé avec ses amis dans les catacombes où ils faisaient la fête. Quand ils découvrent la désolation autour d'eux, chacun décide de partir de son côté dans l'espoir de retrouver les siens. Corentin, resté seul parmi les cadavres et les vestiges de la Grande Ville, est déterminé à retrouver Augustine. Il prend alors la décision de longer les voies du chemin de fer pour rejoindre les Forêts à pieds. 

On pense bien évidemment au roman de Cormac McCarthy, La Route. Mais c'est bien la plume de Sandrine Collette que l'on retrouve dans Et toujours les forêts. Dans ce roman, les personnages doivent trainer l'histoire tragique de leur famille (ce fil rouge que l'on retrouve dans tous les romans de l'auteur) tout en devant se battre - en même temps que la Nature - pour survivre dans un monde éteint, où la violence des derniers hommes est d'autant plus exacerbée qu'elle a dû repousser la frontière entre l'humanité et l'animalité. Cette Nature, où les arbres dépouillés de tout feuillage sont devenus aussi noirs que l'espoir de Corentin, où le ciel gris ne fait plus passer aucune lumière, où seul le silence oppressant règne... et la peur en permanence. 
La survie d'un chiot aveugle trouvé dans sa pérégrination retient Corentin à ce monde figé dans la flétrissure, et puis il y a Augustine, qui l'attend depuis ce jour où il est parti pour la Grande Ville. Dans cette quête éperdue de survie dans un monde de solitude, Corentin veut voir la vie dans le moindre brin d'herbe dont la pâle verdeur balbutiante contraste avec la noirceur qui règne partout et dans ces petites formes étranges et grises qui s'agitent dans les rivières croupissantes. 

Et toujours les forêts conte une histoire prenante, dont le style cinématographique (3) ne fait jamais l'impasse sur la poésie déchirante d'une Nature quasi mystique, et personnage à part entière du roman.

L'espoir est là malgré tout, qui subsiste dans ces forêts mortes. Les jours et les années passent amenant des heures interminables de rudesses pour Corentin, mais l'expérience de son enfance meurtrie par une mère indigne, lui a permis de se modeler un caractère salutaire pour s'adapter à ce destin sinistre. Dans une nature mortifiée, Corentin va réussir à se créer une famille, où les sentiments seront forcés au départ, faisant fi de tout sentimentalisme évidemment hors de propos dans un monde apocalyptique, mais où peu à peu, telle une nature renaissante, l'harmonie et l'espérance gagneront. 

Et toujours les forêts reste avant tout une histoire de résilience sur fond d'apocalypse à la française

Le roman a obtenu de nombreux prix :  Prix de la Closerie des Lilas 20204,5, Grand prix RTL-Lire 2020, Prix du Livre France Bleu - Page des Libraires, ainsi que le prix Amerigo-Vespucci. 


Quelques citations :

Ce fut la fin du monde et ils n'en surent rien. Il regardait les Forêts et cela lui faisait penser à un dessin à l’encre de Chine, cela lui faisait penser à des squelettes que quelqu’un aurait peints en noir avec la régularité et l’acharnement d’un être malade.  

Quand il s’agit de survivre, on trouve en soi des ressources insoupçonnées, des forces impossibles. Quand il s’agit de survivre, on ne trébuche pas : on ne tombe qu’au dernier moment.  

S'il n'y avait plus d'étoiles. Il n'y avait plus à perdre son regard dans le ciel, il n'y avait plus de quoi rêver.

Les rêves, c'est rien que des mensonges. 

(1) Le roman Un vent de cendres paru chez Denoël en 2015, renvoie lui-aussi avec son titre à une atmosphère de désagrégation naturelle. Son roman paru en 2014, Il reste la poussière, baigne de même dans une ambiance crépusculaire et aride. Le titre de son livre Les larmes noires sur la Terre sorti en 2017, est très évocateur d'un contexte de fin du Monde, où règne la désolation. 

(2) Dans Un vent de cendres Sandrine Collette transporte le conte La Belle et la Bête, dans le vignoble champenois. 

(3) Espérons la préparation à venir d'un film (une série dirons-nous dorénavant) prochainement ! 

Titre : Et toujours les forêts 
Auteur: Sandrine Collette 
Éditeur: JC Lattès 
Genre: Roman 
Année : 01/2020 
Pays: France
ISBN : 9782709666152

Quand Ralph, Sarah et Ben se rencontrent à New-York...

Le Monde, la Chair et le Diable (The World, the Flesh and the Devil) date de 1959 et reste l’un des premiers films post-apocalyptiques américains. Son réalisateur Ranald MacDougall est peu connu, certes, mais son film, inspiré du roman de science-fiction The Purple Cloud de M.P. Shiel est remarquable, tant par ses prises de vue inédites, sa beauté visuelle que par ses idées humanistes toujours d’actualité.

Ralph Burton, un afro-américain (joué par Harry Belafonte qui est aussi le producteur principal du film), se retrouve piégé dans l’un des souterrains de la mine qu’il inspectait. Coincé pendant des jours, il ne réalise pas que le Monde vient d’être détruit par une explosion nucléaire. S’extrayant difficilement des entrailles de la terre, il découvre une ville vidée de ses habitants, où seuls les amoncellements de voitures forment les vestiges d’une société disparue. 
Mais Ralph, ne veut pas se résoudre à admettre être le dernier homme sur Terre. Il décide de partir à la recherche d’éventuels rescapés. Dans un New-York abandonné de tous ses habitants, Ralph rencontre enfin un autre être vivant : c’est une jeune femme blanche, Sarah. 
La vie des deux gens s’organise calmement dans un New-York silencieux. Installés confortablement dans de luxueux appartements et profitant de l’abondance de la nourriture laissée dans les magasins, ils ressentent peu à peu une attirance l’un pour l’autre. Mais cet amour naissant, dans un New-York devenu presque idyllique, devient malgré tout frustrant pour les deux survivants à cause des codes sociaux qui les avaient tant « façonnés » dans leur ancien monde.
Ces valeurs d’un autre temps semblent, surtout pour Ralph, encore bien ancrées dans leurs comportements : la scène où Ralph refuse de s’asseoir à la table d’anniversaire de Sarah, préférant « jouer » son serviteur est si représentative de cette crainte de l’époque (les années 50-60) de briser les barrières sociales et surtout raciales. 
Bientôt Ben Thacker, un homme blanc, débarque pour devenir le troisième et dernier survivant de New-York. 
Ralph préfère laisser se former le « nouveau couple », refusant l’amour que Sarah était pourtant prête à lui donner. Mais, l’indécision de Sarah pour les deux hommes, provoque la jalousie, puis la haine de Ben. Il décide alors de provoquer Ralph dans un duel mortel et le traque dans les grandes avenues abandonnées d’un New-York post-apocalyptique… 
En pleine guerre froide, dans le début des années 60, Hollywood veut produire plus de films catastrophe (Le Dernier rivage ou plus tard Le Survivant), mais aussi d’anticipation (Les soucoupes volantes attaquent, La Guerre des mondes) pour évoquer les événements politiques de l’époque. Dans Le Monde, la Chair et le Diable, le fait d’évoquer les dangers du nucléaire en pleine guerre froide permet surtout à Ranald MacDougall, mais surtout à Harry Belafonte très impliqué dans la lutte contre les inégalités, de dénoncer la discrimination raciale. Une seule scène au début du film expliquera la cause d’une Terre dévastée : Ralph découvre des enregistrements radiophoniques lui apprenant une attaque nucléaire totale utilisant une arme radioactive dont les effets deviennent inoffensifs après plusieurs jours (sic!). L’explication faite, le film peut alors aborder une thématique plus sociologique, voire philosophique. C’est par une mise en scène dépouillée d’effets spéciaux, voire aussi dans la lenteur des déplacements des personnages, que les thèmes principaux sont mis en valeur tout le long du film, permettant ainsi de faire du Monde, la Chair et le Diable un film toujours aussi efficace aujourd’hui, bien axé sur le comportement des survivants comme dans Malevil ou 28 jours plus tard voire même le très raté The Road (inspiré du très réussi La Route du romancier Cormac McCarthy), que sur la catastrophe proprement dite comme dans 2012 ou Armageddon… pour citer quelques mauvais élèves. 
Dans un silence cauchemardesque et jonché de papiers emportés par un vent permanent, le New-York des années 50-60 est montré dans des plans inédits à la photographie sublime, et fait alors de ce monde de chair et de diable, une œuvre à la beauté visuelle plutôt rare dans les premiers films catastrophe, prouvant que ce cinéma de genre peut aussi révéler des films d’auteur. 
Après avoir lutté pour survivre dans cette mégalopole post-apocalyptique, Ralph et Sarah sont confortablement installés depuis que le jeune homme a réparé les installations électriques. La ville reprend alors son rôle de décor à une intrigue plus humaine : les rapports sociaux (le racisme) et les travers qui en résultent. Ainsi le couple « maudit » constitué par Ralph et Sarah rappellent le couple biblique (la Chair) bafouant les lois de la société (le Monde), provoquant leur déchéance (le Diable). Une scène fait aussi référence à la religion chrétienne, comme le titre du film, scène d’ailleurs cruciale et décisive pour l’histoire : Ralph, traqué par Ben (comme les esclaves en fuite étaient traqués par leur maître) s’arrête devant l’inscription d’un monument. C’est une citation de la bible : « Il sera l’arbitre des peuples et le juge de nombreuses nations (…). Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. » Cette déchéance n’est donc pas une fin, mais plutôt un renouveau évoqué dans la touchante scène finale et son trio amoureux, tandis que le film se termine avec la mention « The Beginning » (Le Commencement) et non pas par le sempiternel : The End.
A noter la très belle bande originale composée par Miklos Rozsa. A noter aussi les prises de vues d’un New-York vidé de toute forme de vie qui ont dû se faire à l’aube, la circulation ayant été bloquée dans certaines avenues (méthode utilisée dans une scène de L’Associé du diable). 


Titre original : The World, The Flesh and the Devil
Réalisateur : Ranald MacDougall
Scénario : Ranald MacDougall d'après le roman The Purple Cloud de M.P. Shiel
Producteur : George Englund et Harry Belafonte
Musique : Miklós Rózsa
Image : Harold J. Marzorati
Genre : science-fiction
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 20 mai 1959

Qui n'a pas eu sa part de soleil vert ?

Plantons déjà le décor (avant d'entamer notre part de soleil vert, plutôt que la sempiternelle part de galette des rois !) : en 2022, la Terre est surpeuplée et voit ses ressources naturelles, exploitées à outrance, se raréfier dangereusement.

Dans un New-York pollué et surpeuplé, un jeune détective (Charlton Heston... plus très jeune pourtant à l'époque du tournage) enquête sur le meurtre d’un haut fonctionnaire d’une socièté agroalimentaire toute puissante.

La surpopulation est telle que les habitants (en majorité des chômeurs) des grandes métropoles vivent dans les rues et les escaliers d’immeubles insalubres où s’entassent plusieurs familles à la fois, tandis que la violence fait des ravages dans une population devenue inexorablement analphabète.
Les émeutes des peuples affamés sont prétexte aux déploiements de forces d’une police corrompue par des sociétés agroalimentaires devenues les maîtres du monde.


Mais que vient faire, dans le radiateur de la Dame, ce scénario catastrophe digne d’un candidat écologiste en pleine campagne présidentielle ?
Point de programme pro-environnemental (voire même Malthusien) pour 2012 sur ce blog, mais le pitch d’un film américain réalisé il y a 38 ans déjà : Soleil Vert de Richard Fleischer.

En 2022, la ville de New-York est recouverte d’un épais brouillard vert accentuant la canicule et la pollution permanentes qui y règnent. Le quotidien des millions d’habitants est rythmé par les lentes processions des files d’attentes interminables pour se procurer les aliments de synthèse comme le Pain de Soleil, le Soleil Jaune, mais surtout le Soleil Vert, une pastille distribuée gratuitement par la société Soylent (1).
Malgré les émeutes régulières causées par la famine, la majeure partie de la population (la « génération Soleil Vert ») semble accepter son sort n’ayant jamais rien connu d’autre. L’analphabétisme, la surpopulation et la violence qui en résulte sont le fatal résultat d’une politique de surconsommation matérielle, mais aussi humaine (2), longtemps prônée par les dirigeants d’un monde d’abondance naturelle, monde déjà oublié de ces nouvelles générations.
Ainsi, Robert Thorn (Charlton Heston donc), un détective appartenant à la « génération Soleil Vert », enquête docilement pour la police sur le meurtre du directeur de la société Solyent. Il découvre des preuves d’un assassinat mettant en cause certains membres de la société. Malgré les pressions de plus en plus menaçantes de son supérieur hiérarchique, Robert Thorn décide de continuer l’enquête. Ce qu’il va découvrir dépasse son entendement et causer sa propre perte…

Pourquoi le film Soleil Vert reste-il aussi efficace, voir choquant, 38 ans après sa sortie au cinéma ? Parce que nous subissons de plus en plus les conséquences de la pollution et de la surpopulation (et tout ce qui en résultent : famine, raréfaction de l’eau potable, retour de grandes épidémies dans les pays riches). La corruption et la violence sont aussi deux grands sujets récurents au 21ème siècle, et pourtant c’était déjà les préoccupations des dirigeants depuis le 19ème siècle : le Populationnisme aurait-il donc gagné sur le Malthusianisme ?

Il semble qu’en 2012 la réponse sera évidente. Fatalement évidente ? Dans Soleil Vert, elle est donnée dès l’incroyable générique du début.

Richard Fleischer s’est délibérément éloigné du roman éponyme d’Harry Harrison écrit en 1966 pour devenir encore de nos jours la référence cinématographique du film d’anticipation. Malgré un aspect visuel bien « démodé », le fond reste une porte grande ouverte à nos sujets d’actualité. Soleil Vert fait-il parti de ces films visionnaires ?

Tourné en 1973, Soleil Vert collait déjà à l’actualité et illustrait le premier choc pétrolier : les idées écologistes commencent alors à intéresser le monde politique (le consultant technique du film était à l’époque le président de l’Académie américaine pour la protection de l’environnement).

Dans le film de Richard Fleischer, Soylent, la société qui produit et distribue les aliments de synthèse à la population miséreuse (misérable ?), est en fait le personnage principal du film : elle nourrit la majorité du peuple et semble avoir droit de vie et de mort sur lui. Sorte de Big Brother, Soylent ira jusqu’à « tuer » son propre représentant, sans doute trop humain, pour régner implacablement sur une population affamée et donc servile.

Terrifiant Soleil Vert qui vous marque et vous vous brûle encore 38 ans après.

Si Soleil vert est un film sombre et visionnaire, nous aurons bientôt la réponse, même si nous refusons d’admettre l’effroyable fatalité. Réaction somme toute bien humaine.


(1) La viande, les fruits et les légumes sont vendus à un coût prohibitif, (car très rares) et donc réservés aux plus riches.

(2) Le besoin de consommer est tel qu’une partie de la population se voit, elle-aussi, devenir un bien de consommation : ainsi les femmes peuvent être achetées par les plus riches, devenant leurs « femmes-mobiliers ».



Il existe au milieu du temps la possibilité d'une île

En 2008, l'écrivain Michel Houellebecq (Prix Goncourt 2010) adapte au cinéma son propre roman La
Possibilité d’une île. L’ancien élève de l’Ecole Louis-Lumière, passionné depuis l’adolescence par l’univers fantastique et désenchanté de H.P. Lovecraft, réalise alors un premier film bien singulier. La Dame n'en attendait pas moins de son écrivain préféré !

Les romans d'anticipation tels que La Possibilité d'une Île ou Babylon Babies (Babylon A.D. au cinéma (1)) de Maurice Dantec sont difficilement adaptables au cinéma. Aussi, Michel Houellebecq s'est-il chargé de la réalisation, du scénario et des dialogues, et tout son univers de solitude tourmentée se retrouve alors dans ce film.

Un gourou, incarné par l'acteur Patrick Bauchau (La Caravane de l’Étrange), annonce à une poignée d'adeptes la fin du monde et l'imminence d'une nouvelle ère grâce au clonage humain.

La Possibilité d'une île se découpe en trois parties :

- La secte.
Dans un hangar, quelques individus aux regards perdus, fatigués, avachis, manquant tomber parfois de leur chaise, écoutent (non sans un terrible effort de concentration) un illuminé habillé de blanc et passant quelques diapositives.
A noter que dans ce pitoyable public, les représentants de l'humanité (sic !), Michel Houellebecq écoute d'une oreille distraite le Gourou et ses promesses de jeunesse éternelle.

- L'Humanité.
Les années passent et la secte s'est tranquillement implantée dans le monde entier.
Sur l’île de Bali, Daniel, l'un des premiers membres de la secte (l'acteur Benoit Magimel, excellent dans le rôle) vient rendre visite au Prophète. Daniel s'installe dans un hôtel de luxe pour touristes vieillissants et croupissants d'ennuis.
A noter la très belle scène de l'immense et glacial hall d'hôtel, symbolisant l'état d'esprit de tous ces êtres rongés par la solitude, où chacun se croise sans se voir dans un univers aseptisé.
Le Gourou présente à Daniel le scientifique qui va bientôt concrétiser la prophétie fantaisiste de la secte.
Tous les plans sont tournés d'une manière assez lancinante, où les personnages évoluent comme dans un rêve éveillé.

- La Fin.
Cette troisième et dernière partie est celle qui intéressera le plus les amateurs de cinéma d'anticipation.
Un homme très affaibli vit reclus dans une grotte à l'abri des contaminations extérieures. C'est le 24ème clone de Daniel et c'est le dernier représentant de l'humanité, les cataclysmes ayant eu raison des hommes depuis bien  longtemps.
Daniel25 rédige tout le parcours de Daniel1 et de ses clones. Il comprend peu à peu leurs (ses) évolutions. Il ressent le besoin de quitter sa grotte afin de retrouver, errante dans les paysages dévastés, Marie22.
Elle aussi a survécu. Daniel découvrira une nouvelle sensation : le besoin d'aimer... enfin, car c'est elle la possibilité d'une nouvelle espèce.


Le film est une réussite plastique. Les paysages épurés, en particulier ceux de Lanzarote, sont grandioses et la lumière éclatante. Le silence domine le film et renforce l'impression permanente de solitude, pesante en présence des humains, et si bienfaisante dans le monde post-apocalyptique où évolue Daniel25 et Marie22.

La Possibilité d'une Ile est, après avoir été un grand roman, un film d'auteur risqué car audacieux.
C'est bien sûr un film d'anticipation, toutefois à conseiller aux cinéphiles avertis.

(1) A voir absolument, le documentaire sur le film de Mathieu Kassovitz montrant bien les difficultés que peut rencontrer un réalisateur français face à la machinerie cinématographique américaine.

Titre : La Possibilité d'une île
Réalisation : Michel Houellebecq
Scénario : Michel Houellebecq
Photographie : Jeanne Lapoirie et Éric Guichard
Musique : Mathis Nitschke
Production : Mandarin Cinéma, Éric Altmeyer et Nicolas Altmayer
Distribution : Bac Films
Pays : France Durée : 1h25
Date de sortie : 10 septembre 2008

Post-Scriptum de la Dame : Michel Houellebecq est un artiste atypique dans le paysage culturel français aseptisé. Point de scènes sulfureuses dans ce film, ce qui calmera tous les médisants qui retiennent seulement ce "détail" de l'oeuvre complexe de cet écrivain de génie.