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What’s in the basket ? Xtro !


Xtro de Harry Bromley Davenport (1983) et Basket Case de Frank Henenlotter (1982) ont en commun une réalisation proche de l’artisanat avec un budget se réduisant à une peau de chagrin, le tout sous l’égide de distributeurs en mal d’effets gore (très à la mode à l’époque, le "Sick Movie") et de scènes coupées ou remontées à leur guise. Un autre point commun me donne l’envie de faire un parallèle entre ces deux films « fauchés » et très personnels : la thématique de la filiation dans ce qu’elle a de plus contraignante ! Mais attention aux éclaboussures, car on risque de se mettre du sang partout...

Dans Xtro, un anglais, Sam Phillips, se fait enlever par des extraterrestres sous les yeux terrifiés de son jeune fils Tony. Trois ans plus tard Sam revient sur terre sous l’aspect d’une créature monstrueuse. Bien décidé à renouer avec sa famille, Sam réussit à retrouver son aspect d’homme, (je reviendrai sur cette scène horrible et culte) afin de transmettre ses pouvoirs surnaturels à Tony et perpétuer ainsi une nouvelle espèce.
 
 
Pour Basket Case (Frères de sang), Duane, un jeune blondinet débarqué de sa province, s’installe dans un hôtel de passe en plein cœur de la sordide 42ème rue d’un New-York du début des années 80. Le jeune homme a été séparé à l’adolescence de son frère siamois, Bélial, par des chirurgiens sans scrupules. Encombré d’un énorme panier en osier, Duane veut se venger…
 

« What’s in the basket ? » Telle est la question récurrente pour chacune des futures victimes de Duane et Bélial. 

Tandis que Xtro veut évoquer les films de science-fiction américains des années 50 dans une trame plutôt classique, comme La Guerre des Mondes, Basket Case rappelle (si on est une chroniqueuse audacieuse) Sisters de Brian De Palma, Eraserhead , mais surtout les films trash de Herschell Gordon Lewis et ceux de John Waters. Harry B. Davenport voulait avant tout pour son second film (le premier, Whispers of Fear, lorgnait plutôt vers le thriller) étonner, surprendre voir provoquer le spectateur faisant fi de la qualité des effets spéciaux (à noter les différents aspects des extraterrestres pourtant issus de la même espèce, ou le mode de procréation lui-aussi un peu trop varié), tout comme Franck Henenlotter se fichait du rendu « cheap » de la technique stop-motion et de l’aspect caoutchouteux de Bélial, le frère siamois du blondinet benêt. Le but des deux réalisateurs étant de contrer la vague politiquement correct qui commençait à déferler avec la grosse machinerie Spielbergienne : les gentilles créatures n’ont pas toutes de grands yeux bleus innocents.
 

Les deux films se divisent en deux parties : la partie sociale et la partie « agressive ». Cette dernière partie étant « adoucie » pour Xtro par les scènes « oniriques » avec Tony, mais accentuant par là même, les scènes gores dont la fameuse « scène du viol par l’extraterrestre ». Je l’avais promise, la voici donc cette scène devenue culte : la créature de l’espace « engrosse » une jeune femme. Sam renaît instantanément des entrailles de la pauvre victime. C’est ce qu’on appelle une fécondation express ! Choquant 27 ans après. Dans Basket Case les scènes deviennent de plus en plus gores à mesure que Bélial comprend son implacable marginalité : la fiancée de Duane rendra Bélial fou de jalousie et poussera celui-ci à « convoiter » la promise de son frère. Le père des deux frères siamois, après avoir été retrouvé, se verra « tranché » en deux, puis l’un des chirurgiens comprendra l’effet du scalpel sur son propre visage. Attention aux âmes sensibles ! Mais on peut déceler dans ces deux films extrêmement gore, une note (légère certes) de poésie macabre. Pour Basket Case : Bélial, cette aberration de la nature, ce freak, écoute paisiblement au coin du feu, sur les genoux de sa tante adoptive, un conte pour enfant. Touchant, malgré les élans imprévisibles de Bélial, tel le refus de la société quand il fait tomber un téléviseur offert par son frère. Duane quant à lui, se rêve nu parcourant les rues d’un New-York endormi. Dans Xtro, les rêves et les jouets de Tony prennent vie grâce aux pouvoirs de son père. Mais Tony n’est pas Elliot et très vite les rêves de l’enfant deviennent un enfer pour le voisinage.
 

C’est surtout le mauvais goût, parfois grossier, qui a la part belle dans Basket Case, tandis que Xtro hésite perpétuellement entre film d’horreur moderne et onirisme agressif. Franck Henenlotter, lui, en digne héritier de John Waters, mais malgré une réalisation difficile à cause des conditions de tournage (les décors sont ceux d’un vrai hôtel de passe dans les bas-fond de New-York) joue la carte des couleurs jaunâtres, de l’interprétation douteuse, d’un éclairage sombre et d’une animation hasardeuse pour Bélial. Ainsi chaque scène deviendra culte car complètement ringarde. D’ailleurs ce sont les fans de la première heure qui pousseront le distributeur américain à « rendre » toutes les scènes intactes à Basket Case. Ces deux cinéastes alternatifs resteront marqués par leurs premiers films et Harry B. Davenport réalisera trois Xtro pour disparaître dans les oubliettes du film d’horreur, tandis que F. Henenlotter réalisera Brain Damage, sorte de remake plus « léché » de son Basket Case, qu’il disait à l’époque détester, puis le plus connu : Frankenhooker (1990) et enfin Basket Case 3 : The Progeny avec pour ces deux séquelles, la collaboration de Bob Martin le rédacteur-en-chef de la mythique revue Fangoria.
 

A (re)découvrir si l’on veut connaître deux pièces maîtresses d’œuvres fauchées venant droit du cinéma d’exploitation dont l’honnêteté féroce et le mauvais goût volontaire des réalisateurs ne sont certainement pas à mettre en doute.
 
Titre original : Basket Case
Titre français : Frère de sang
Réalisation : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter
Photographie : Bruce Torbet
Pays d'origine : États-Unis
Genre : horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie : 1982

Titre : Xtro
Réalisation : Harry Bromley Davenport
Scénario : Ian cassie & Robert Smith
Production : New Line Cinema
Photographie : John Metcalfe
Pays d'origine : Grande-Bretagne
Genre : science-fiction & horreur
Durée : 1h20
Date de sortie : 1982

Article publié sur le site Mondes étranges.fr en 2010

Entretien avec Jean-Manuel Costa, réalisateur spécialiste du stop-motion

La dame dans le radiateur : Dès l’âge de 14 ans vous réalisiez des films d'animation en Super-8, puis en 16mm : Galaxie Kong, Rêve de Noël et La Bague Magique. D'où vous est venue cette passion pour l’animation image par image ? 
JM Costa : Vers 12-15 ans je regardais une émission qui s'appelait La Séquence du Spectateur qui était diffusée tous les dimanches de 12h à 12h30. Trois extraits de films étaient montrés avec la voix-off de la présentatrice des programmes de l’époque Catherine Langeais il me semble. Parfois nous avions la chance de voir un extrait des films comme Jason et les Argonautes, Le septième voyage de Sinbad, Les soucoupes volantes attaquent avec les fantastiques animations de Ray Harryhausen, que j'ai pu rencontrer plusieurs fois par la suite et j'ai même eu la joie d'aller chez lui. 
Une autre émission de télé qui s'appelait: 100000 images par seconde présentée par Pierre Tchernia nous gratifiait d'extraits de films d'animations de marionnettes tchèques de Jiri Trnka. 
Puis, un soir, au Ciné-Club, toujours à la télévision, j'ai eu le choc de ma vie en découvrant King Kong
L'animation dessinée m'attirait moins mais voir des personnages en volume prendre vie, je trouvais cela magique. J'ai toujours aimé les films avec des effets spéciaux et le cinéma est un outil formidable pour visualiser des mondes imaginaires. 

Quelques marionnettes avant La Tendresse du Maudit

La dame dans le radiateur : Il y a des thèmes récurrents dès vos premières réalisations : des personnages (créatures) solitaires aux grands yeux interrogateurs évoluant dans un monde fantastique, mythologique, voir post-apocalyptique en quête de rédemption (La Tendresse du Maudit, Le Voyage d’Orphée), ou des personnages (marionnettes) en quête d’amour, tout simplement confinés dans un univers restreint, comme un grenier (La Ballerine et le Ramoneur) ou un bureau (Histoire de Papier). Quels films vous ont marqués adolescent (en plus du King Kong de 1933) et quels romans lisiez-vous à cette époque ? 
JM Costa : La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Le mythe de la belle et la bête m'a toujours séduit, peut-être que je me considérais comme un monstre à l'époque ! 
J'ai lu les romans imposés par l'école (les Classiques) et aussi Arthur Conan Doyle, Edgar Allan Poe, Guy de Maupassant, Théophile Gautier, Jean-Henri Rosny Aîné et pas mal d'auteurs américains de science-fiction et aussi les contes des frères Grimm.

Jean-Manuel Costa sur le tournage du Voyage d’Orphée.

La dame dans le radiateur : D’où vient la fluidité de vos personnages, cette élégance dans les mouvements de votre caméra et cette poésie que vous avez su insuffler à toutes vos histoires ? Ces mouvements fluides rappellent les fameuses animations de Willis O’Brien (King Kong). 
JM Costa : Willis O'Brien est le maître dans ce domaine et m'a également beaucoup inspiré surtout pour le magnifique travail visuel de King Kong. Quand le film est passé sur le petit écran, j'avais installé mon appareil photo devant l'écran et j'ai fait tout un rouleau ! J'ai enregistré également la bande son sur mon magnétophone à cassette que je me repassais en faisant mes devoirs de maths ! 

La Tendresse du Maudit 

La dame dans le radiateur : Vous avez dédié, je crois, tous vos courts-métrages, dont Histoire de Papier à Paul Grimault. Quels autres artistes vont ont inspiré à vos débuts, et il y a-t-il de nouveaux artistes que vous appréciez actuellement ? 
JM Costa : J'ai dédié mon film, la Ballerine et le Ramoneur, à Paul Grimault (réalisateur du Roi et l'Oiseau précédemment intitulé la Bergère et le Ramoneur) car il m'avait suggéré d'en faire un court-métrage et m'avait prêté sa table de montage. Paul était un monsieur charmant qui m'a trouvé, ainsi qu'à mon frère Alain, mon premier emploi dans une boîte de production de films d'animation : Les films Martin-Boschet. Nous avons pu d'ailleurs travailler sur son film et j'ai fait un peu d'animation en volume sur la Table Tournante (la tasse de café et le guéridon). 
Curieusement, je ne suis pas issu d'un milieu d'artiste, mon père était carrossier et ma mère fonctionnaire à la préfecture mais tous deux avaient la passion de la photographie. Ils développaient et tiraient sur papier. Mon frère Alain s'intéressait lui au dessin-animé et à l'époque surtout à Walt Disney, il a d'ailleurs travaillé beaucoup plus tard sur le Bossu de Notre-Dame. Quand Walt Disney est mort, je me souviens qu'il était désespéré mais des bruits couraient qu'il avait été cryogénisé et il avait l'espoir que l'on pourrait le ramener à la vie un jour. 
Je n'aime pas que la science-fiction ou le fantasque, j'adore aussi Orson Wells et particulièrement son chef d'œuvre Citizen Kane, Alfred Hitchcock, Roman Polanski. J'adore les réalisateurs qui créent des univers et n'aime pas trop les films "parlottes autour d'une table".

Histoire de Papier

La dame dans le radiateur : Après votre baccalauréat vous avez intégré une école de cinéma à Bruxelles. Quels étaient vos « rêves professionnel s» durant cette période d’apprentissage, et quelle a été, pendant cette période, la technique la plus difficile à maîtriser ? 
JM Costa : Dans notre école, l'INRACI (qui a changé de nom depuis), il n'y avait pas de section animation mais avant d'y entrer, mon frère et moi avions déjà réalisé plusieurs court-métrages d'animation en super 8. Nous nous étions inscrits à un club de cinéastes amateurs : "Les Lumières d'Artois" (je suis originaire d'Arras dans le Pas-de-Calais) avant de faire cette école. Un vieux professeur de l'INRACI nous a encouragés à continuer dans l'animation et de faire un film pour notre diplôme. 
Beaucoup plus tard j'ai même pu acheter sa Caméra Mitchell 35mm avec laquelle j'ai fait les trois derniers court-métrages, des pubs et des effets spéciaux. Dans l'audiovisuel comme dans beaucoup d'autres domaines les rencontres sont souvent capitales. Les techniques, nous les avons maîtrisées petit à petit. Mon père nous a toujours soutenus même si notre mère était inquiète pour notre futur dans le cinéma. Comme mon père était carrossier, j'avais à disposition tout l'outillage et ses conseils pour fabriquer des décors et les armatures pour les marionnettes. Nous avons même construit un banc-titre pour faire du dessin animé ! 
Mon rêve a été pendant un moment de travailler avec Ray Harryhausen mais, à part cela, je n'ai jamais eu de plan de carrière. Ma seule grosse déception a été l'abandon de l'animation image par image pour le film : Mars Attacks de Tim Burton. 
J'avais été contacté par le réalisateur anglais : Barry Purves qui devaient superviser l'animation. Puis la production, curieusement contre la volonté de Tim Burton, a décidé de faire les martiens en image de synthèse. Je m'étais rendu à Los Angeles (mon frère travaillait à l'époque chez Warner sur Space Jam) et j'avais vu les premiers essais et déjeuné avec quelques animateurs. Tout le monde a été viré, l'animation et les effets spéciaux ont été réalisés chez LucasFilm. 

Banc titre fabriqué par Alain et Jean-Manuel Costa Caméra Eyemo Bell and Howell 35 mm avec un travelling manuel 

La dame dans le radiateur : Avez-vous conservé votre caméra 35 mm que vous avez conçus pour les travellings de La Tendresse du Maudit ? L’avez-vous utilisée pour d’autres réalisations ? 
JM Costa : J'ai toujours mes trois caméras 35mm, ainsi que ma caméra super 8 et mes deux caméras 16 mm. Ma première caméra 35 mm je l'ai achetée durant mon service militaire au cinéma des armées à un adjudant. C'était une petite caméra américaine de reportage sans visée réflex (on ne voyait pas directement à travers l'objectif pour cadrer et faire la mise au point, c'était donc une vrai galère pour filmer des marionnettes, j'ai changé en cours de film pour une caméra française: un Camé 6, avec laquelle je pouvais voir au travers de l'objectif. J'ai construit un système précurseur de la caméra assistée par ordinateur pour les mouvements, un système très répandu maintenant, avec des moteurs électriques et des minuteries pour faire avancer la caméra régulièrement. 
Pour mon premier film, la Tendresse du maudit, je travaillais chez les films Martins-Boschet et une grande partie du peu que je gagnais, était investi dans le film. J'ai emprunté également de l'argent à mon frère et ma sœur. 
Par la suite, après le succès de mes deux premiers court-métrages, j'ai pu trouver du travail dans la publicité, rembourser mes dettes et m'offrir la caméra Mitchell de mon prof, et un vrai "Motion Control" contrôlé par un ordinateur. 

Sur le tournage de la Tendresse du Maudit 

La dame dans le radiateur : Dans Le Voyage d’Orphée, vous avez de nouveau (1) travaillé avec Pierre Mourey pour la musique (vous lui avez d’ailleurs dédié vos deux Césars (2)). La musique tient une place importante dans tous vos films, et vous avez vous-même conçu la musique pour Histoire de Papier. Comment abordiez-vous le thème musical dans vos premiers courts-métrage ? Pendant l’écriture du scénario ou au visionnage final ? 
JM Costa : Pierre Mourey travaillait chez Jean-Michel Jarre comme ingénieur du son, je l'avais rencontré grâce à un ami commun, Françis Grosjean qui travaillait lui dans une boîte de post-production "Eurocitel" et m'a aidé pour le scénario. 
En fait j'ai commencé à tourner mon film, la Tendresse du Maudit, en 1977, cela m'a pris un an et demi car je ne pouvais y consacrer que les weekend et les vacances. Malgré mes espoirs je ne trouvais pas le film à la hauteur de mes espérances et je l'ai laissé terminé sans bande sonore pendant trois ans. C’est Pierre, qui, enthousiasmé par mon travail, m'a proposé de faire la musique et le son dans le studio de Jean-Michel Jarre. Bien lui en pris ! Il a forcément travaillé sur le second: le Voyage d'Orphée et comme j'ai obtenu également un César pour ce film, je lui ai donné. Cela me semblait la moindre des choses. 
En fait, quand j'ai réalisé la Tendresse du maudit, ma mère était malade de cancer, elle est morte à la fin du tournage et n'a donc jamais rien vu. Si le film est aussi "fort" cela est sans doute dû à la souffrance que j'éprouvais à cette époque (je suis le monstre qui combat la mort pour sauver sa mère). 
Quand j'ai décidé de faire Orphée, je venais depuis peu de rencontrer celle qui allait devenir ma femme. Finalement, si je regarde rétrospectivement mes réalisations, elles correspondent à certaines étapes de ma vie. Dans mon dernier film Histoire de Papier, je mets en scène, vers la fin, un garçon et une fille et j'ai effectivement un garçon et une fille. Je dois avouer que j'ai fait cela inconsciemment. 

Le compositeur Pierre Mourey

La dame dans le radiateur : Comment est né le projet de la Tendresse du Maudit, qui est encore de nos jours toujours aussi touchant d’émotion et de beauté visuelle ? Avez-vous eu des difficultés à mener à terme ce projet ?
JM Costa : Le problème est de croire à son film malgré le temps qui passe jusqu'à ce qu'il soit terminé. En terme de difficultés et de ténacité, je crois que Paul Grimault qui a terminé son film au bout de 25 ans comme il l'entendait et non comme l'entendait son producteur, est le champion du genre. 
J'ai toujours été un admirateur du chef-opérateur Henri Alekan qui a fait la lumière de la Belle et la Bête et j'ai eu l'occasion de travailler avec lui sur un film en Omnimax réalisé par Pierre Etaix en 1989. 
J'ai fait la lumière sur quelques pubs et quelques court-métrages également en prise de vue réelle. J'adore cela. En fait je m'intéresse à toutes les techniques, je me suis mis à l'image de synthèse il y a dix ans. Les outils actuels sont formidables. La bonne technique est celle qui est adaptée au scénario même si dans le cas de l'audiovisuel il ne faut jamais perdre de vue le côté financier. Un film c'est tout de même beaucoup plus cher que d'écrire un livre ou peindre. 

La dame dans le radiateur : La scène d’ouverture de La Tendresse du Maudit rappelle certains passages du Terminator de 1984 avec ses plans post-apocalyptiques. James Cameron aurait-il vu votre court-métrage ! Que pensez-vous de la vague déferlante du cinéma 3D comme Avatar et bientôt Tron Legacy?
JM Costa : Je ne pense par que James Cameron ait vu mon film quoiqu'il ait été diffusé aux USA dans un circuit universitaire pendant trois ans avec d'autres films d'animation français et a participé à beaucoup de festivals. Des copies tournent encore par l'intermédiaire de l'Agence Du Court-Métrage. Le cinéma 3D, que je préfère appeler cinéma en relief, est intéressant même si cela n'est pas nouveau. Je ne suis pas contre l'évolution des techniques sinon nous en serions encore au cinéma muet (même s'il ne l'était pas totalement). Le problème est : qu'est-ce-que l'on en fait ? 
J'étais récemment membre du jury des court-métrage aux Utopiales de Nantes et j'ai assisté à la projection d'un vieux film américain muet de 1916 : 20 000 lieux sous les mers de Stuart Paton avec au piano Serge Bromberg qui l'avait restauré (pas le piano, le film). 
La magie du cinéma muet fonctionne encore mais je doute que cela puisse plaire aux jeunes. Quand elle était au collège, ma fille, qui elle aussi est fan de cinéma, a vu des films en noir et blanc avec le prof et d'autres élèves, notamment le film de François Truffaut Les 400 coups. Elle a été stupéfaite que ses camarades trouvent le noir et blanc "fatiguant à regarder" !

La dame dans le radiateur : Vos courts-métrages ont été distribués en VHS chez Haxan Films en 1995 sous le titre Anges et Démons. Pensez-vous qu’ils seront un jour disponibles en DVD (*) ? JM Costa : Pour les exploiter en DVD, il faudrait refaire un master d'après les négatifs originaux et cela coûte beaucoup d'argent. J'attends d'en avoir la possibilité, et si un jour je fais un long-métrage, je les mettrai en bonus. 

La jaquette de la VHS Anges et Démons

La dame dans le radiateur : Vous avez réalisé le teaser pour le film Réincarnations de Gary Sherman, dont les effets spéciaux sont de Stan Winston. Avez-vous, à cette occasion, pu rencontrer le spécialiste américain des effets spéciaux ?
JM Costa : Le film annonce, que j'ai réalisé avec un maître des effets spéciaux Guy Delécluse, aujourd'hui disparu, est tiré de l'affiche américaine qui était un dessin. Le distributeur français a eu l'idée d'en faire un film annonce qui est devenu l'affiche du film lors de sa sortie en France (d'ailleurs je n'ai rien touché pour l'affiche !). Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de rencontrer Stan Winston. 
J'ai, par contre, rencontré et déjeuné avec Jim Henson (le créateur des Muppets (4)) et à la fin du repas il m'a demandé ce que je faisais, je lui ai répondu : « de l'animation de marionnette », il m'a alors dit qu'il détestait cela ! 
Mais j'ai eu la chance de prendre un petit déjeuner, à Munich, en tête à tête avec Dark Vador (David Prose), cela ne s'oublie pas. 

Photo extraite du tournage de Réincarnations

Jean-Manuel Costa et Ray Harryhausen

La dame dans le radiateur : Vous avez réalisé les effets spéciaux du film Les Aventures d’Hercule de Luigi Cozzi. Les amateurs des productions Cannon seront curieux d’apprendre comment vous avez été amené à travailler sur ce film.
JM Costa : Armando Valcauda qui avait travaillé avec Luigi Cozzi sur Star Crash et Hercule 1 s'est fait viré par la production (question de caractère). 
J'avais rencontré Luigi au cinéma le Grand Rex à Paris lors d'un festival, il venait présenter Star Crash et mon film la Tendresse du maudit était également projeté. On a fait connaissance et comme ma femme est italienne, j'ai appris l'italien ce qui a facilité le contact. 
Il m'a appelé pour prendre la suite d'Armando. Le film était pratiquement terminé, il fallait ajouter les effets spéciaux. J'ai créé ma société à cette époque et cela m'a permis de produire ensuite moi-même mes autres courts-métrages... 
J'ai revu Luigi Cozzi assez récemment, il tient la boutique Profondo Rosso de Dario Argento à Rome. Il m'a adressé un mail il y a quelques semaines pour m'informer qu'Hercule 2 était sorti en DVD et qu'il allait m'envoyer un exemplaire.

Hercule 2

La dame dans le radiateur : Après avoir obtenu vos deux Césars, vous avez eu beaucoup de demandes pour réaliser de grandes campagnes publicitaires françaises dans les années 80 (EDF, Chronopost, La Poste) ou d’autres grandes marques telles que Philips (3), Chanel, etc… Vous êtes alors devenu le spécialiste des effets spéciaux en France. La France ayant toujours été plutôt hermétique à l’univers fantastique, avez-vous vous eu envie de vous diriger vers des réalisations plus classiques ?
JM Costa : J'aime le cinéma en général du moment que l'histoire est bonne. J'adore diriger les acteurs et l'ambiance d'un plateau de tournage. 
Pendant ces dix dernières années j'ai été enseignant dans des écoles de cinéma et en même temps je dirigeais une école pendant quatre ans. J'ai donc participé à pas mal de films d'étudiants en animation et en prise de vue réelle. J'aime aussi beaucoup le montage et la musique de film. 
Je pense que j'aurais du mal à refaire moi-même de l'animation en stop motion maintenant que je vais vers mes 57 printemps car c'est une technique très éprouvante physiquement. Je suis en train de chercher des idées pour un long-métrage, il y aura sans doute de l'animation et des effets spéciaux, mais j'aimerais qu'il y ait également des acteurs en chair et en os.

 (En haut et au centre) Publicité Philips
(En bas) Publicité EDF

La dame dans le radiateur : Vous avez enseigné l’Animation. Déjà pour Le voyage d’Orphée, vous aviez collaboré avec le réalisateur Jean-Pierre Jeunet. Je crois que vous avez des idées de projets ensemble. Pouvez-vous nous parler un peu de cette possible nouvelle collaboration ? JM Costa : Jean-Pierre est un ami de longue date, nous nous sommes donné des conseils mutuellement. J'ai travaillé sur les pubs pour lui et il a travaillé pour moi sur les effets spéciaux d'une série : Astrobab 22 (qu'il vaut mieux oublier). 
Il a envie de produire un long-métrage d'animation. Il m'en parle depuis qu'il a fait Alien la Résurrection. Il m'avait dit : « Si je fais fortune, je te produirai un film d'animation ! ». Il ne reste plus qu'à trouver un excellent sujet. 
Jean-Pierre est très exigeant et ne peut participer qu'à un film auquel il croit fermement. Etant donné la pléthore de films qui sortent depuis plusieurs années, c'est assez dur d'être original, mais maintenant j'ai plus de temps de libre et j'ai une idée (pas simple à développer !). 

Jean-Pierre Jeunet pendant le tournage d’Astrolab 22

La dame dans le radiateur : Quel regard avez-vous en cette fin d’année 2010 sur tout le travail que vous avez accompli ? Pensez-vous que de nos jours, un jeune réalisateur puisse réussir ce que vous avez fait avec la Tendresse du Maudit : mener un film d’animation seul, puis être reconnu par les professionnels ?
JM Costa : Oui, bien sûr. Beaucoup de jeunes auteurs se font remarquer dans les festivals et sur internet. Les moyens de diffusion n'ont jamais été si nombreux. Il y a malheureusement aussi beaucoup plus de concurrence. J'ai toujours du mal à regarder mes propres films. Je n'ai plus l'insouciance des débuts. C'est ma fille Marie-Eugénie, qui me pousse à m’y remettre. 

Jean-Manuel Costa et David "Dark Vador" Prose

La dame dans le radiateur : Quel premier conseil donneriez-vous à ce débutant ?
JM Costa : Mon fils, Jean-Nicolas, s’est lancé dans la même branche que moi. Il ne fait pas d'animation mais du "compositing", c'est à dire qu'il travail sur les effets visuels devant un ordinateur. Il a travaillé trois ans en France, et depuis quelques mois il est à Londres. 
Il a travaillé quelques mois sur le dernier Harry Potter et vient de signer un contrat chez Cinesite. Il a passé une licence de physique fondamentale à la fac, puis à remis son diplôme à ma femme et a décidé de se lancer dans les effets spéciaux. Dans ce métier, il ne faut pas forcément avoir les diplômes, mais plutôt les compétences, une grande rigueur et être un grand travailleur. 
L’audiovisuel fascine beaucoup de jeunes gens pour le côté "glamour". Le Cinéma c'est tout sauf glamour ! Il faut avoir une passion inébranlable et surtout ne pas penser aux récompenses éventuelles. Beaucoup de réalisateurs ou de comédiens n'ont pas de récompenses et font un excellent travail. Maintenant, avec les nouvelles technologies vidéo, il est possible de faire un film sans trop de moyens financiers. Le problème reste le même qu'auparavant: il vaut mieux avoir de bonnes idées. 
Pour débuter, il est possible de tourner des films courts qui permettent de se rendre compte du travail que cela demande comme réunir une équipe ou même travailler seul. Il y a tout de même plus d'idées dans deux cerveaux que dans un seul ! 
Il faut faire des exercices courts pour appréhender la technique et ne pas se lancer dans un projet trop ambitieux dès le départ. Faire une école de cinéma n'est pas absolument nécessaire, c'est une bonne béquille mais personne ne peut vous garantir que vous trouverez du travail en sortant, même si vous faites la FEMIS. 
Il y a plus de possibilité de trouver du travail dans la postproduction (animation, compositing...) car les sociétés d'effets spéciaux ont besoin de grosses équipes souvent pendant une longue période. 
Les festivals sont la meilleure façon de se faire connaître même si on n'est pas récompensé. Il faut y aller le plus souvent possible pour voir ce que font les autres, prendre des contacts et surtout ne pas se décourager. 
Le Centre National du Cinéma et les régions accordent des aides financières pour la production de court-métrage et aussi, bien sûr, pour les longs et les documentaires. Il faut les contacter mais c'est tout de même mieux si on a quelque chose à présenter. 
Pour les aides techniques, on trouve énormément de chose sur internet. Il y a plus de trente ans ce n'était pas la même histoire.

"On n'a plus d'excuses pour ne pas s'y mettre !"

(*) le dvd est enfin disponible à partir du 15 novembre 2016 !


Un grand merci à Jean-Manuel Costa, aussi talentueux que doté d’une incroyable gentillesse en voulant bien se prêter au jeu de mes questions « étranges ».

Toutes les photos sont la propriété de Jean-Manuel Costa.
Entretien que nous avons eu à l'origine sur le site Mondes Étranges.

(1) Pierre Mourey fut le compositeur de la sublime musique de La Tendresse du Maudit.
(2) Jean-Manuel Costa a obtenu en 1982 le César du film d’animation pour La Tendresse du Maudit, puis a obtenu en 1984 son second César pour Le Voyage d’Orphée.
(3) Ce film publicitaire aura marqué les mémoires : "Philips invente la musique laser !". Toujours aussi impressionnant bien des années après.
(4) Réalisateur aussi de Dark Crystal.