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Les Yeux de Laura Mars - 1978

Les Yeux de Laura Mars, c’est le giallo à l’américaine et le film testament d’une certaine époque :
 celle de la fin des années 70 annonçant la touche "eighties" dans le cinéma fantastique mondial.


Laura Mars est une photographe américaine qui connait un certain succès dans le milieu branché de New-York de la fin des années 70. Un jour elle subit d’étranges visions, dans lesquelles elle voit ses proches se faire assassiner dans une mise en scène rappelant ses célèbres clichés. Bientôt ses rêves mystérieux deviennent réalité. Ses visions lui montrent ce que l’assassin voit lui-même pendant les meurtres qu’il perpétue dans son entourage proche. Laura Mars assiste alors impuissante, comme le spectateur, à la succession des meurtres sadiques de ses amis, puis finira par se voir elle-même à travers les yeux du tueur, car c’est elle la prochaine victime. Un jeune policier prend en main l’enquête, tout en devenant l’amant de Laura. 


 En 1978, le réalisateur John Carpenter (Il deviendra mondialement célèbre quelques mois plus tard avec son film Halloween) écrit un scénario Eyes pour la chanteuse et comédienne Barbra Streisand (à l’époque, elle est la compagne de Jon Peters le producteur du film). Mais celle-ci se retire du projet jugé trop violent. John Carpenter décide alors d’abandonner lui-aussi le projet. Le film sera finalement réalisé par Irvin Kershner (L’Empire contre-attaque) avec l’élégante et charismatique Faye Dunaway (Bonnie and Clyde, Chinatown). On « retrouvera » malgré tout Barbra Streisand dans le très beau générique avec la chanson Prisoner

 C’est par une mise en scène et une trame post-Hitchcockienne que Les Yeux de Laura Mars rappelle le style de Brian De Palma (Carrie au bal du diable, Phantom of the Paradise) avec les nombreux plans séquences où l’on suit le point de vue du héros, mais rappelle aussi le style des réalisateurs Dario Argento (L’Oiseau au plumage de Cristal, 1970) et Mario Bava (La Baie Sanglante, 1971). Alors de là à vouloir qualifier Les Yeux de Laura Mars en digne héritier du giallo à la sauce américaine il n’y a qu’un pas que je vais bien vite sauter… Hop ! 


Comme dans tout bon giallo donc, tout le monde est suspect (tel le tout jeune acteur Brad Dourif jouant déjà à la perfection les schizophrènes mystiques) ou l’ex-mari de Laura Mars, l’acteur Raùl Julià (La famille Adams). Un bon giallo, c’est aussi un thriller flirtant avec une ambiance fantastique : ici l’héroïne voit les meurtres de ses amis à travers le propre regard du tueur. Ainsi les meurtres sont filmés en caméra subjective dans une « démonstration » de violence stylisée. Les célèbres clichés (1) de Laura Mars prendront réalité quand le tueur reproduira les scènes de crimes imaginées sur papier glacé par la photographe. Mais si l’enquête policière passe au second plan (on comprend assez rapidement qui est l’assassin, mais on ignore l’origine du don de Laura), le suspense reste toutefois bien entretenu… malgré une mise en scène plus que convenue en 2012 c’est certain ! La beauté sulfureuse et la classe de Faye Dunaway, ainsi que la célèbre scène de photos tournée à Columbus Circle, mais aussi la présence de Tommy Lee Jones (acteur alors débutant), et celle du toujours inquiétant Brad Dourif, restent les atouts maîtres qui donnent envie de (re)découvrir ce film sans prétention à l’époque, mais annonciateur « involontaire » (?) de nouveaux mœurs : ceux des années 80. 

Sans essayer d’analyser le contexte économico-politique de l’époque, il est bon de rappeler que les Etats-Unis sortaient de deux crises importantes : l’affaire du Watergate et la guerre du Vietnam. La société américaine commence à cette époque à remettre en cause son idéologie trop manichéenne, voire même maccarthyste. 
En 1978, la société capitaliste est alors en pleine crise. Déboussolée, elle se cherche de nouveaux repères, et pourquoi ne pas les retrouver dans la décadence sous toutes ses formes ? Commence alors une nouvelle soif de pouvoir, mais traduit cette fois-ci par un insatiable appétit sexuel… N’est-ce pas les débuts de la série télévisée Dallas ! A cette époque, l’érotisme commence à entrer dans les médias (la publicité, la télévision et le cinéma) et heurte la société puritaine. 
Ainsi, Laura Mars, divorcée d’un homme faible et alcoolique, photographie les couples dans des mises en scène provocantes (elle fait mourir les hommes dans ses photographies et fait porter systématiquement des tenues légères et sexy aux femmes). Son but étant de montrer, mais sans dénoncer, dit-elle, la violence de la société de consommation, base de la culture américaine. Ainsi, les photos (mêlant sexe et mort) et séances de travail de Laura Mars illustrent bien la liberté de ton régnant à l’époque. A travers les yeux du tueur (la société ?), Laura Mars redécouvre alors son propre travail comme si elle était elle-aussi une meurtrière (une consommatrice ?). De belles séquences « mode » pré-années 80 (avec l’éphèbe crypto-gay Sterling Saint-Jacques (2)), un procédé ingénieux pour les scènes de meurtre (vous voyez l’assassin avancer vers vous alors que vous êtes dans l’obscurité !), des personnages complexes et une scène finale, certes facile mais travaillée, font des Yeux de Laura Mars un thriller ingénieux qui mérite d’être redécouvert encore de nos jours. 


 (1) Les photographies de Laura Mars sont les œuvres d’Helmut Newton et Rebecca Blake.

 (2) Allez faire un petit tour par  pour découvrir ce fameux Sterling Saint-Jacques.

Réalisateur : Irvin Kershner
Scénariste : John Carpenter et David Zelag Goodman
Producteur : Jon Peters
Production : Columbia Pictures Corporation
Musique : Artie Kane
Directeur de la photographie : Victor J. Kemper
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller
Durée : 105 minutes
Année : 1978



Nowhere to run, nowhere to hide. The Warriors - 1979

Le réalisateur américain Walter Hill réalise en 1979 un film devenu culte (1) The Warriors (le titre français Les Guerriers de la nuit sera pour une fois bien choisi (2)).

Alors que l’affiche de l’époque scandait : «Voici les armées de la nuit. Ils sont 100 000. Ils sont cinq fois plus nombreux que les flics. Ils pourraient diriger la ville de New-York», provoquant immanquablement le tollé général chez les forces de l’ordre, le film n’aura eu pourtant qu’un succès populaire mitigé à sa sortie en salle, et n’aura pas fait naître de vocation guerrière chez le délinquant en herbe des banlieues ghettoïsées des grandes métropoles du début des années 80. Les banlieues ne se réveilleront véritablement que dans les années 90, mais nous y reviendrons plus tard si vous le voulez bien… et même si vous ne le voulez pas, c’est moi qui décide, étant la chef de gang sur ce blog !
Le leader du plus puissant gang de New-York a réuni, au cœur de la nuit et du Bronx, les principaux représentants d’une centaine de bandes régnants dans les bas quartiers de la ville. Tel un gourou devant ses adeptes, il annonce son projet mégalomane : regrouper tous les malfrats pour commander cette nouvelle armée prête à en découdre avec la police.
Mais son projet démentiel est contré par le chef psychopathe d’un gang frondeur qui l’abat sans raison. Il se dépêche d’accuser le chef du petit groupe des Warriors qui est le seul gang à l’avoir vu tirer.
Une descente de police disperse alors l’assemblée, et chacune des confréries n’a plus qu’une idée en tête : être celle qui retrouvera la première les Warriors pour les tuer et venger ainsi la mort de leur chef.
Commence alors pour les Warriors un long périple nocturne contraints de se livrer à de terribles combats de rue pour rejoindre leur quartier sains et saufs. C’est dans une interminable déambulation nocturne que les jeunes garçons, flanqués d’une nouvelle recrue marginale, verront enfin leur innocence prouvée sur la plage de Coney Island, leur territoire retrouvé, au lever d’un soleil salvateur dissipant ainsi les moiteurs d’une nuit sanglante. Je sais, c’est une très belle fin, mais la bande originale est bien plus belle encore. Il suffit de (ré)écouter les titres de Desmond Child (Last of An Ancient Breed), Arnold McCuller (Nowhere To Run), Joe Walsh (In The City) pour le comprendre.


The Warriors est un film qui a gardé encore aujourd’hui toute sa puissance visuelle grâce à la maitrise d’une réalisation nerveuse où les scènes très réalistes de rixes se succèdent dans une chorégraphie stylisant la violence, rappelant ainsi cette volonté si particulière à l’époque (3) d’afficher ses couleurs et d’avoir « the Attitude » (même dans la violence) pour s’affirmer et prouver son appartenance à un groupe.
Même si de nos jours la volonté principale d’un gang n’est plus de contrôler un quartier (territoire) pour imposer ses propres règles et couleurs, mais plutôt gérer l’économie souterraine (trafic de drogue, crime organisé, etc...); le film de Walter Hill intéressera surtout la jeune génération plus intéressée par les prémices d’une imagerie urbaine et populaire, inexistante dans les médias de l’époque, et qui influencera toute une génération d’artistes underground (les musiciens de N.W.A ou Public Enemy entre autre) plutôt que de les inciter aux émeutes.


Mais on peut quand même se demander si cette armée si bien dépeinte dans le film de Walter Hill finira un jour pas se constituer, prête à une prochaine guérilla urbaine.
Les dramatiques et médiatiques évènements de mars dernier à Toulouse ont remis le sujet des violences urbaines d’actualité, et cette année les médias ne manqueront de rappeler une certaine date anniversaire : le 29 avril 1992 débutèrent les émeutes à Los Angeles où durant 6 jours, en représailles à l’acquittement des quatre policiers qui passèrent à tabac un afro-américain arrêté pour un simple excès de vitesse. Les gangs les plus puissants de la ville utilisèrent ce soulèvement populaire pour s’allier et imposer leurs revendications au pouvoir local jusqu’à ce que les Marines soient envoyés pour rétablir l’ordre.


Post-scriptum de la Dame : Tony Scott réalise actuellement un remake dont l’histoire se déroulera à Los Angeles. Il existe un jeu vidéo très populaire type beat them all sorti en 2005 sur PlayStation 2 et Xbox.


(1) Je rappelle ma définition du mot Culte : une poignée, et une seule (sic), d’admirateurs porte un intérêt particulièrement fort et constant à un film dès sa sortie en salle, alors qu’il ne suscitera que peu d’entrain aux yeux du plus grand nombre. Clamer par exemple que le film Intouchables est un film culte est, non pas une hérésie, mais une stupidité désespérante, enrobée d’un relent communautaire inquiétant (le film communautaire étant devenu par ailleurs le thème de prédilection du cinéma français actuel).

(2) Clockwork orange devient Orange Mécanique, Blood Simple se traduit par Sang pour Sang, The Hangover et Very Bad Trip sont un seul et même film, etc… Je vous laisse compléter la longue liste de ces traductions françaises très aware

3) Je pense au fameux clip vidéo The Message de Grandmaster Flash pour le côté « the Attitude » des gangs de l'époque du film.

Titre : Les Guerriers de la nuit
Titre original : The Warriors
Réalisation : Walter Hill
Scénario : David Shaber et Walter Hill, (d'après le roman Les Guerriers de la nuit de  Sol Yurick)
Musique : Barry De Vorzon
Directeur de la photographie : Andrew Laszlo
Producteurs : Lawrence Gordon, Frank Marshall, Joel Silver
Société de production : Paramount Pictures
Pays : États-Unis
Genre : Action
Durée : 92 minutes

Année :1979