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Sortir du jeu

 "Plus tard, à l'école, au lycée, à la fac, des groupes se forment, des amitiés éclosent ; puis des couples qui compensent, par l'intensité romantique, ce qu'ils perdent en sorties, en camaraderie. Un jour, la bulle éclate, écrivait-il dans son journal, l'iridescence s'évanouit, il ne reste plus qu'un petit être promis à la mort, dans l'indifférence générale. Quand il vit trop longtemps, ce petit être est rangé dans des mouroirs, on le mouche, on le lange, on l'essuie, on le divertit, puis on le jette." 




 

La poursuite de l'idéal, Patrice Jean 
Editions Gallimard, Collection Folio 
2021

Retour aux sources

 


Black & Noir, enragez-vous ! 


Patrick Foulhoux 
Editeur : Metro Beach 
Date de parution : 11 octobre 2024 
EAN : 9782957430826 
Prix : 14€

Onis soit qui mal y pense

9 pages d'extraits en version papier 


Le roman de science-fiction Onis, les Lumières d'Abak est toujours en vente pour la modique somme de 10€99, il contient 405 pages de mondes sombres et féeriques, et se commande en ligne à la Fnac, chez AmazonCultura, entre autre...

"Nous avons existé, telle est notre légende"

Il y a des films, des œuvres diverses qui nous accompagneront toujours. Ces œuvres nous ont interpellé à un moment donné, pour nous marquer à jamais. Elles nous auront peut-être aidé à comprendre des événements difficiles dans notre vie, voire à avancer vers un renouveau. Il y a aussi des livres qui racontent des histoires caractéristiques, sorte d'échos à notre existence. Je n'évoque pas les livres inspirés du développement personnel qui débordent dans les rayons des librairies, sous promesse de résilience (le terme est à la mode !), mais le premier roman bouleversant de l'auteur Jérome Baverey.


Octobre 2019. 
Une histoire d’amour s'achève par la rupture incompréhensible de celle qu'il pensait être son « âme sœur » rencontrée trois ans plus tôt. Après un an, resté seul avec les souvenirs de « ces bonheurs vécus, éléments scintillants et célestes d'un accord parfait », l'auteur Jérome Baverey nous fait partager avec pudeur et sans amertume, cette histoire d'amour sublimée dans une glorification des sentiments à la fois très personnelle, mais pourtant bien éternelle. 

La Dame dans le radiateur a découvert « par hasard » (si le hasard existe) ce roman autobiographique au titre éloquent : Bonheurs perdus, provoquant chez la Dame, la réminiscence de stigmates mélancoliques. Son intuition ne s'était pas trompée et les extraits sur le site éditeur achevèrent de la pousser à commander ce roman racontant les souvenirs aussi pudiques qu'exaltants d'une histoire d'amour sur fond de passion cinéphile et musicale, et dont la fin « injuste » ne pouvait que toucher la Dame ! Il n'est pas nécessaire d'être un lecteur cinéphile averti et avoir connu une belle romance pour être marqué par ce livre. La force d'un récit - inspiré ou non d'une histoire vécue – est d'emporter le lecteur dans un univers qui lui est propre, mais qui lui fait ressentir des émotions fortes et sincères. Bonheurs perdus, nous raconte l'amour vrai et inattendu qui surgit dans la vie d'un homme qui depuis l'adolescence consacrait son temps libre à la passion du cinéma et de la musique. Un peu renfermé dans cette confortable et rassurante bulle, il est convaincu que son mode de vie presque atypique ne peut correspondre à une vie de couple (1). Pourtant, un jour sans que cet homme s'y attende, il croise le chemin de LA femme dont il n'osait seulement à peine rêver. Cette femme va porter un réel intérêt à son univers, puis à sa personnalité marquée par le monde du cinéma et de la musique (Il l’emmènera très vite écumer les festivals de films de Cannes à Locarno). Cet être à la personnalité forte et fine d'esprit saura éveiller le désir en lui, et cette envie toute nouvelle de vouloir vivre un jour une vie de couple. 

Paris tient une part belle dans cette histoire piquante et magnifiée qui commence alors entre cet homme et cette femme dont le désir de vivre une aventure passionnante se ressent dans chacun des bonheurs qui sont dépeints, en particulier, une de ces scènes (tableaux) racontant une soirée à l'Opéra Garnier, où l'auteur ne cesse de lever les yeux afin d'admirer le magnifique plafond peint par Chagall. Les théâtres et les concerts, les promenades dans les jardins parisiens, véritables havres de paix, estompant l'agitation des grandes avenues, sont aussi des témoins de ce bonheur complice, les librairies spécialisées, évocation d'un Paris disparu - celui des cinémas de quartier - vont les entraîner bien évidement à la Cinémathèque de Paris, découvrant les expositions grandioses comme celle de Sergio Leone. L'auteur décrit avec pudeur, et avec une plume trempée dans une émotion poignante, ces moments de bonheurs marquants, où l'être tant chéri se trouve toujours à ses côtés. 

Dans son roman, Jérome Baverey, pose régulièrement cette question : « Je ne sais pas pour les autres, mais... ». Nombreux – je l'espère – sont ceux qui ont connu ces moments de grâce, où nous sommes certains d'être au bon endroit avec la bonne personne. Ce roman bouleverse autant qu'il apaise car il nous fait partager et (re)vivre à la fois les bonheurs « révolus » d'un amour entier, mais ces instants parfaits, ne disparaitront jamais, car ils ont fait de ceux qui les ont vécus ce qu'ils sont : des êtres à jamais sensibles et sincères. Le roman est parsemé de nombreuses anecdotes bouleversantes qui montrent bien la sincérité de cet homme qui s'est battu pour entretenir l'amour qu'il porte à cette femme : « Cela ne m'empêchait pas de vous déposer devant ta porte les week-end où tu étais avec lui (2), quand je passais devant chez toi au retour de la boulangerie, des croissants et des gâteaux dont un éclair qui était (et est toujours je l'espère) son pêché mignon.» 

Le côté cinéphile de la Dame dans le radiateur, lui fait évoquer l'idée d'un film mettant en scène cette histoire d'amour. On y verrait le pittoresque jardin anglais de l'Aimée, les week-end en Italie, l'effervescence du festival de Cannes, la légèreté des fêtes de Noël, la folle fuite du couple après un dîner au restaurant sans payer, etc... 

Qui sait si ces deux êtres ne se retrouveront pas un jour ? C'est ce que la Dame leur souhaite, mais si ce n'est pas le cas, ces bonheurs ne se seront jamais totalement perdus, car l'auteur a su les faire partager dans une bouleversante ode à l'Amour, dédicacée à l'âme sœur. Alors, qu'il destinait cette histoire à une sorte de catharsis libératrice (pardonnez le pléonasme), Jérome Baverey s'est laissé convaincre par son entourage, et a décidé de publier son récit autobiographique, dans un style simple et profond, toujours emplis de pudeur et d'émotion. Il emmène son lecteur dans un beau et tendre road-movie, comme un clin d’œil au Cinéma qui lui est cher, faisant partager de magnifiques endroits tout en gardant une part introspective à ces bonheurs vécus. 

Son second roman est déjà attendu par la Dame dans le radiateur, à noter qu'il devrait être entièrement destiné au 7e Art ! 

Mais il est temps de tourner la page... Extraits : 

« A une époque où l'on pourrait remettre en doute le bien-fondé des religions qui ne sont que des sources de haines et de conflits entre les peuples du monde, ma religion à moi c'est le cinéma et ce depuis tout petit. » 

« Tu as trouvé ça « tellement génial et romantique » de se rapprocher sur un album et de s'éloigner sur le suivant. » 

« Je retournerai surement dans tous ces endroits où notre histoire a laissé des souvenirs qui n'appartiennent qu'à nous. Mais j'y retournerai seul. Je ne les ferai découvrir à personne d'autre. Ils font partis de notre jardin secret, de notre univers. Jardins désormais un peu triste, mais aussi beau et mélancolique que ton jardin anglais. Jardin que je m’efforcerai de venir entretenir de temps à autre afin qu'il se rappelle à nous et ne meure jamais. » 


Titre : Bonheurs perdus
Auteur : Jérome Baverey
Reliures : Dos carré collé 
Formats : 11x17 cm 
Pages : 121 
Impression : Noir et blanc 
N° ISBN : 9782957706808 
Prix : 8€50

(1) Consacrer sa vie, en tout cas tous ses loisirs depuis l'adolescence, à la passion du cinéma ou de la musique, c'est un peu refuser un certain conformisme, car on sait pertinemment que cette passion dévorante sera difficilement partagée avec une autre personne.

(2) Lui, incarnant le fils de l'être aimé.

Post-Scriptum de la Dame : Le titre de cet article est extrait du poème La disparition, dans le recueil La poursuite du bonheur de l'écrivain chouchou de la Dame : Michel Houellebecq.

Ailleurs

La tête dans les étoiles...


ou allongée dans l'herbe.


 Tous les endroits sont parfaits pour se plonger dans Onis, les Lumières d'Abak !

"Les rêves, c'est rien que des mensonges"

Sandrine Collette est devenue l'une des grands auteurs du thriller français, sinon la première. Mais je ne suis pas là pour vous faire un classement, et parlons plutôt de ses livres, en particulier de son roman post-apocalyptique Et toujours les forêts, paru chez Jean-Claude Lattès, en janvier dernier. 
Je n'avais pas voulu lire le pitch de l'histoire, préférant découvrir, à mesure de la lecture, le sujet de ce roman. Le titre laisse songeur, et rappelle d'autres titres de ses livres (1), comme une continuité certes, mais en abordant plus concrètement ce thème de plus en plus utilisé chez les écrivains français actuels (il était temps depuis Barjavel ou Robert Merle) : le monde post-apocalyptique. 

Le sujet est d'actualité ! N'avons-nous pas basculé il y a quelques mois dans un pathétique Nouveau Monde ? Mais revenons à nos forêts. 

Sandrine Collette préfère vivre loin des villes, et c'est dans le Morvan qu'elle a choisi de s'installer. On retrouve dans tous ses romans, son attrait pour les grands espaces, la campagne perdue, la forêt profonde, sans oublier la mer et les coteaux de vignes. Dans des histoires ancrées dans une réalité âpre, les personnages basculent souvent dans une sorte de conte "moderne"(2), où la fiction bascule, sans que l'on s'y attende, dans une étrangeté tragique. 


Il était une fois, Corentin, un enfant traîné de foyer en foyer depuis son enfance, avant que sa mère (jeune femme volage qui aura en phrase d'adieu : «File, merde.») revienne le chercher pour l'abandonner aussitôt à Augustine, une arrière grand-mère un peu lugubre qui habite le hameau où il est né. La vie triste de Corentin prend un nouveau chemin dans cette vallée isolée au cœur des forêts, mais grâce à Augustine, il reçoit enfin un peu d'amour et de l'éducation, puis la Grande Ville l'appelle pour y faire des études supérieures. Corentin découvre les soirées enfumées aux conversations alcoolisées, aux fêtes et aux amourettes mornes. Ni lui, ni ses amis étudiants, ni personne ne voit le monde tel qu'il est : une terre meurtrie au climat devenu hostile. Le monde implose durant une nuit qui ressemble pourtant à tant d'autres, mais où il ne restera plus rien. Le monde s'est éteint, mais Corentin a survécu par miracle, coincé avec ses amis dans les catacombes où ils faisaient la fête. Quand ils découvrent la désolation autour d'eux, chacun décide de partir de son côté dans l'espoir de retrouver les siens. Corentin, resté seul parmi les cadavres et les vestiges de la Grande Ville, est déterminé à retrouver Augustine. Il prend alors la décision de longer les voies du chemin de fer pour rejoindre les Forêts à pieds. 

On pense bien évidemment au roman de Cormac McCarthy, La Route. Mais c'est bien la plume de Sandrine Collette que l'on retrouve dans Et toujours les forêts. Dans ce roman, les personnages doivent trainer l'histoire tragique de leur famille (ce fil rouge que l'on retrouve dans tous les romans de l'auteur) tout en devant se battre - en même temps que la Nature - pour survivre dans un monde éteint, où la violence des derniers hommes est d'autant plus exacerbée qu'elle a dû repousser la frontière entre l'humanité et l'animalité. Cette Nature, où les arbres dépouillés de tout feuillage sont devenus aussi noirs que l'espoir de Corentin, où le ciel gris ne fait plus passer aucune lumière, où seul le silence oppressant règne... et la peur en permanence. 
La survie d'un chiot aveugle trouvé dans sa pérégrination retient Corentin à ce monde figé dans la flétrissure, et puis il y a Augustine, qui l'attend depuis ce jour où il est parti pour la Grande Ville. Dans cette quête éperdue de survie dans un monde de solitude, Corentin veut voir la vie dans le moindre brin d'herbe dont la pâle verdeur balbutiante contraste avec la noirceur qui règne partout et dans ces petites formes étranges et grises qui s'agitent dans les rivières croupissantes. 

Et toujours les forêts conte une histoire prenante, dont le style cinématographique (3) ne fait jamais l'impasse sur la poésie déchirante d'une Nature quasi mystique, et personnage à part entière du roman.

L'espoir est là malgré tout, qui subsiste dans ces forêts mortes. Les jours et les années passent amenant des heures interminables de rudesses pour Corentin, mais l'expérience de son enfance meurtrie par une mère indigne, lui a permis de se modeler un caractère salutaire pour s'adapter à ce destin sinistre. Dans une nature mortifiée, Corentin va réussir à se créer une famille, où les sentiments seront forcés au départ, faisant fi de tout sentimentalisme évidemment hors de propos dans un monde apocalyptique, mais où peu à peu, telle une nature renaissante, l'harmonie et l'espérance gagneront. 

Et toujours les forêts reste avant tout une histoire de résilience sur fond d'apocalypse à la française

Le roman a obtenu de nombreux prix :  Prix de la Closerie des Lilas 20204,5, Grand prix RTL-Lire 2020, Prix du Livre France Bleu - Page des Libraires, ainsi que le prix Amerigo-Vespucci. 


Quelques citations :

Ce fut la fin du monde et ils n'en surent rien. Il regardait les Forêts et cela lui faisait penser à un dessin à l’encre de Chine, cela lui faisait penser à des squelettes que quelqu’un aurait peints en noir avec la régularité et l’acharnement d’un être malade.  

Quand il s’agit de survivre, on trouve en soi des ressources insoupçonnées, des forces impossibles. Quand il s’agit de survivre, on ne trébuche pas : on ne tombe qu’au dernier moment.  

S'il n'y avait plus d'étoiles. Il n'y avait plus à perdre son regard dans le ciel, il n'y avait plus de quoi rêver.

Les rêves, c'est rien que des mensonges. 

(1) Le roman Un vent de cendres paru chez Denoël en 2015, renvoie lui-aussi avec son titre à une atmosphère de désagrégation naturelle. Son roman paru en 2014, Il reste la poussière, baigne de même dans une ambiance crépusculaire et aride. Le titre de son livre Les larmes noires sur la Terre sorti en 2017, est très évocateur d'un contexte de fin du Monde, où règne la désolation. 

(2) Dans Un vent de cendres Sandrine Collette transporte le conte La Belle et la Bête, dans le vignoble champenois. 

(3) Espérons la préparation à venir d'un film (une série dirons-nous dorénavant) prochainement ! 

Titre : Et toujours les forêts 
Auteur: Sandrine Collette 
Éditeur: JC Lattès 
Genre: Roman 
Année : 01/2020 
Pays: France
ISBN : 9782709666152

Disponible à la vente

S'il reste un dernier cadeau à s'offrir pour les fêtes de fin d'année, c'est bien le premier roman de l'auteur Alexandre Martin : Onis, les lumières d'Abak. Ce roman de science-fiction est (enfin) accessible sur toutes les plateformes de vente en ligne, comme celui de la Fnac par exemple : 


On peut le commander avec son petit prix de lancement (en plus il y a cette semaine un conte de Noël qui vous est offert avec votre commande sur le site de la Fnac) sur les sites de bod./librairie, amazon.fr, decitre.fr, chapitre.com, placedeslibraires.fr, cultura.com, leslibraires.fr, ainsi que sur le catalogue des librairies physiques Dilicom. 

Titre: Onis, Les lumières d'Abak 
Auteur: Martin, Alexandre 
ISBN: 9782322258765 
ISBN ebook : 9782322216468 
 
N'hésitez-pas à laisser votre avis sur les sites... après lecture cqfd !

Tout ça pourquoi ?

En ces périodes statiques, où nous n'avons plus qu'un seul loisir celui de consommer à outrance (le temps que le grand reset mondial soit terminé ?), alors quoi de mieux que lire un bon roman dans son texte intégral, (On a encore la possibilité de le faire, donc profitez-en) qui nous transportera dans un monde, où l'on pouvait encore se déplacer libre dans de grandes étendues sauvages.*

Je vous propose une évasion garantie avec le roman épique de l'écrivain américain Edward Abbey : Le Gang de la clef à molette (The Monkey Wrench Gang) qui date de 1975.


Quatre américains au caractère bien trempé se rencontrent au hasard d'une expédition au Colorado, où ils entreprennent de descendre les rapides en rafting. Un mormon polygame et mélancolique, un vieux chirurgien accompagné d'une jeune hippie aussi déjantée que sublime et un ancien du Vietnam, alcoolique, armé jusqu'aux dents. Leur point commun, en plus de leur folie douce : l'amour de la liberté et des grands espaces sauvages américains. Ils décident de se revoir, non pas pour de nouvelles balades, mais pour organiser une lutte acharnée contre les grandes firmes industrielles qui s'implantent dans tout le désert de l'Ouest américain. Ils commencent alors à saboter les chantiers, où règnent de monstrueux engins de constructions, armés de leurs simples clefs à molette. Le périple de ces quatre pieds nickelés commence quand ils se mettent à planifier la destruction des ponts et des mines de charbons qu'ils croiseront sur leur chemin. Le projet téméraire sera financé par le médecin du groupe, qui valse entre les opérations chirurgicales et les sabotages séditieux. Grisés par leurs premiers succès, ils décident d'abandonner leur clefs à molettes pour passer aux explosifs. Mais ces justiciers aussi attachants qu'incontrôlables vont voir alors la police et tout l'état de Californie se mettre à leur trousse. Devenus hors-la-loi, cachés dans les immenses canyons vertigineux, mais protégés par les connaissances topographiques du mormon. ils ne feront plus qu'un avec les rudes paysages, où les bêtes sauvages deviendront les seuls spectateurs de leur projet suicidaire.

La psychologie de chaque personnage est bien décrite, ce qui rend leurs motivations crédibles. George Hayduke, l' ancien béret vert spécialiste des explosifs est le personnage le plus captivant, son caractère bourru de brute mal dégrossi contraste avec la jeune et fluette Bonnie, à la beauté provocante, dont il tombera forcément amoureux. Dans le vaste désert de l'Utah, ces deux êtres que tout oppose feront exploser aussi bien les voies ferrées qu'une vaine passion.

A travers la longue traque dans le Grand Canyon de ces "touchants terroristes en herbe", Edward Abbey, fervent écologiste avant l'heure, dénonce dès 1975, dans un style impeccable et dans un rythme effréné, les ravages du monde industriel moderne, où le capitalisme s'insurge jusque dans le désert. Les descriptions techniques et les cavalcades effrénées se mêlent à la magnificence des paysages décrits dans une poésie subtile. Son hommage à la nature sauvage écrit il y a plus 45 ans, fait de ce roman épique, peu connu du grand public actuel, une référence qui peut dérouter pendant les premières pages par la profusion des détails techniques complexes, mais on se laisse vite emporter par la folie douce de ces personnages en marge, qui malgré leurs nombreuses "tares", ont conscience du danger couru pour la planète. Le caractère de chaque personnage est bien décrit, ce qui rend leurs motivations crédibles. La subtilité est telle que l'auteur va jusqu'à montrer ses personnages jeter leurs canettes vides au fond d'un canyon, participant eux-aussi aux ravages écologiques qu'ils combattent.

Un polar burlesque qui peut dérouter (en particulier les jeunes lecteurs peu habitués à se rebeller) par son ambiguïté tant l’insurrection y est célébrée, mais sa profondeur subtile rend cette histoire subversive puissante, et devient alors une référence pour les générations militantes écologistes actuelles, et réveille aussi nos consciences.


Edward Abbey (1927–1989)

Edward Abbey fait de son roman un véritable road trip dans l'Ouest Américain, qui se transforme par moment en western surréaliste avec ses lents duels épiques, où les personnages écrasés par la chaleur et la poussière aride du désert s'affrontent dans une lutte utopique. L'humour parsemée dans tout le roman évite par contre de sombrer dans la noirceur que l'on retrouve tout au long de cet autre chef-d'œuvre (mais celui-là cinématographique) : Délivrance de John Boorman, fervent écologiste lui-aussi qui dénonçait, trois ans plus tôt, les ravages de la grande industrie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord.

Edward Abbey a été un véritable visionnaire écologiste, dont le combat pour la sauvegarde des milieux naturels fut officiellement reconnu aux Etats Unis. Il reste encore à ce jour un auteur à découvrir pour cette fable chimérique mais salutaire (et toute son œuvre complète), où se mêlent avec grâce et subtilité, l'insolence, le rire et l'angoisse, mais aussi l'implacable spectacle de l'agonie d'une somptueuse nature ravagée par la course à la surconsommation et la culture intensive provoquant l'épuisement irrémédiable de nos ressources naturelles.

* Et sans avoir à respirer dans un masque chirurgical, pensez-donc !


bnf.fr



Entretien avec Jacques Thorens, écrivain


A travers son livre Le Brady, cinéma des damnés,  paru le 08 octobre 2015 dans la collection Verticales chez Gallimard, l'écrivain et ancien projectionniste Jacques Thorens nous fait revivre la grande époque des cinémas de quartier, dont le fameux Brady. Ce petit cinéma  parisien - inauguré en 1956 et situé au 39 boulevard de Strasbourg dans le 10ème arrondissement - fut d'abord fréquenté par des cinéphiles tels que François Truffaut, avant d'être racheté en 1994 par  le réalisateur franc-tireur Jean-Pierre Mocky (qu'il revendit en 2011). Un cinéma de 100 places doté d'un minuscule écran et d’une seconde salle que construisit de ses propres mains le réalisateur de Litan  en 1982 ou encore de Ville à vendre en 1992 pour y projeter ses nombreux films.

Cet entretien, que l'écrivain Jacques Thorens m'a accordé, est une formidable occasion pour les lecteurs (et les cinéphiles plus âgés) de (re)découvrir cette époque culte de la double programmation chère aux cinémas de quartier, lieux mythiques qui faisaient le charme d'un Paris aujourd'hui disparu, avec son public aussi hétéroclite qu'étrange (famille les dimanches, militaires en permission, jeunes cinéphiles, mais aussi déviants de toutes sortes), tout comme les films que l'on y projetait.

Son livre évoque, avec beaucoup d'humanité et d'humour, cette époque du cinéma permanent, où les spectateurs pouvaient rester sans limite de durée. Le Brady, Cinéma des damnés c'est aussi le portrait d'un quartier populaire et de ses habitants, dont la plupart sont des marginaux traînant autour de ce cinéma, devenu dortoir pour clochards, lieu de rencontres pour vieux homosexuels ou encore vestiaire pour prostituées.

Jacques Thorens, grâce à son style concis et émouvant, redonne vie à tous ces indigents. Le Brady se transforme en une sorte de cour des miracles (rappelant ainsi l'atmosphère des films de Mocky). Il décrit avec une grande tendresse le quotidien de tous ces originaux, ces gens à part, vrais anarchistes dans l'âme : Django, un ancien para et proxénète à ses heures, Abdel le pickpocket mais aussi parfois caissier du Brady (Sic!), les rabatteurs des salons de coiffure africains à proximité : le «  Saint-Esprit  » et le «  Jésus  », Laurent, passionné de cinéma bis, mais aussi Mado, la foldingue, une des rares femmes à fréquenter la salle, et tous les autres spectateurs : des clochards qui commentent les scènes, dont certains iront jusqu'à crier : «  Moins fort le film ! » après avoir été réveillés par les cris de femmes victimes de tueurs psychopathes sur l'écran !
Des habitués feront cuire leurs popotes sur un réchaud aux premiers rangs, quand d'autres spectateurs feront des bras d'honneur pendant certaines scènes qui les inspirent. Mais il ne faut surtout pas oublier Gérard, l'ancien assistant de Jean-Pierre Mocky : le gérant et protecteur des prostituées du quartier, Azzedine l’homme de ménage débrouillard, Jean le projectionniste des années 80 qui racontera à Jacques Thorens le fameux trafic des copies de films, mais aussi les vieux maghrébins retraités, sans oublier les assidus des toilettes transformées en lupanar de fortune.


 La devanture du Brady : aujourd’hui (en haut) et en 1986 (en bas)

L'époque de ce cinéma de quartier, temple du film d'horreur, semble être bien terminée : l’aseptisé l’emportant sur la contre-culture, celle-ci ayant finit par être récupérée avant d'être « formatée » (fort matée ?).

Mais pourquoi alors Le Brady fait-il toujours partie de la mémoire d'un Paris révolu, ce Paris que l'on aime se remémorer avec nostalgie ? Laissons Jacques Thorens répondre  :



Quel est votre parcours avant de devenir le projectionniste du Brady ? Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à devenir au début des années 2000 le « caissier guitariste projectionniste (1) »  de ce cinéma de quartier ?

Je souhaitais devenir scénariste et cherchais un boulot qui me laisserait un peu de temps et la tête libre. Je n'ai jamais été convaincu par mes scénarios, j'avais plus ou moins laissé tomber l'affaire. En bossant au Brady je prends des notes en étant effaré par ce que j'observe. Au départ sans prétention littéraire. Je suis tombé par hasard sur ce cinéma, n'étant pas, au départ, un connaisseur du cinéma bis. Mais je l'ai vécu de l'intérieur ce monde-là, je lui rends hommage, avec un regard décalé. C'est ce que je raconte dans ce livre, sous la forme d'une histoire, lisible par tous. 

(1) Un jour, Jean-Pierre Mocky le propriétaire du cinéma, s'interroge sur le fait que Jacques Thorens ne vienne plus travailler avec sa guitare. Belle occasion pour notre invité de répéter à la caisse (sous les regards étonnés ou ravis des spectateurs) ou dans la cabine de projection quand bon lui semblera.

Quelle a été votre réaction les premiers jours en découvrant le public atypique (2) de ce cinéma ?

Un peu peur. Quand on ne connait pas les personnes, les us et coutumes on imagine le pire. Après on finit par s'habituer, les connaitre. On était là pour eux finalement, ils n'avaient pas intérêt à se fâcher avec nous. 

(2) Quelques cinéphiles, mais surtout des clochards, des marginaux du quartier, des prostituées bulgares ou asiatiques, sans oublier les déviants sexuels.


Existait-il d'autres cinémas de ce genre (3) en France, ou était-ce spécifique aux grandes capitales ?

Non il y en avait partout. À Paris on trouvait aussi des cinémas spécialisés dans l'action, la comédie, le polar… La spécificité de Paris était ces façades décorées comme celles d'une maison hantée avec monstres, hémoglobine et squelettes (Le Colorado, Brady) ou un antre mystérieux (Le Styx). Il parait que c'est unique au monde. Une tradition qui date peut être des cafconcs et cabarets comme l'Enfer ou La Taverne des truands.

(3) Le Brady a fait partie de ces cinémas de quartier comme le Midi Minuit Fantastique, le Cosmos, Le kitch Styx, Le Western et les cinémas de Time Square à New York. Des salles de cinéma où un public populaire s'y retrouvait pour regarder des films d'exploitations tels que Le Cauchemar de Dracula, le Masque du démon dans les années 50-60, ou plus tard  Esclave de Satan  (mais il y en aurait tellement d'autres à citer !)

Aimiez-vous ce genre de films avant de devenir projectionniste au Brady ? Si c'est le cas quels sont vos préférés ?

Je ne connaissais pas bien. J'aimais déjà Sergio Leone, La Mouche ou Braindead, mais je n'étais pas à fond dans ces genres, j'ai découvert Ilsa la louve des SS ou King Kong contre Godzilla en les projetant. Cela a évidemment eu un impact. On ne s’ébroue pas en liberté dans ce bordel branquignol qu’était le Brady sans être marqué. Souvent cela met en lumière des choses qui étaient déjà en nous. Pour citer des films : Le Corps et le fouet de Mario Bava, Night of the chicken dead de Lloyd Kaufman, Duel to the death de Chin Siu Tung, mais aussi les films plus évidents comme : Mad Max 2, Alien, etc...

Vous évoquez avec beaucoup de talents de nombreuses anecdotes souvent drôles, mais parfois tragiques, sur le quotidien de ce lieu étrange et lunaire, des scènes singulières sous la forme de petits chapitres qui décrivent la salle, les habitués et aussi le personnel. Quels sont les souvenirs (et il y en a beaucoup dans votre livre)  les plus marquants, voire déroutants les plus représentatifs de l'ambiance « étrange » de ce cinéma ?

Passer un western grec malade du vinaigre qui n'a gardé que ses couleurs rouges devant des mecs bourrés qui dorment. La caisse servait de vestiaire aux prostituées du quartier du coup la police sous Sarkozy faisait des rondes dans le cinéma. Pendant que Mocky faisait des travaux on pouvait mater les films par le mur extérieur ou entendre et voir les jambes des passants de la rue. Pour la suite, achetez le bouquin !


Avez-vous « censuré » quelques anecdotes dans votre livre, car il est vrai que le Brady avait une réputation sulfureuse ?

Pas réellement censuré. Écrire un livre c'est aussi doser. J'ai enlevé des passages quand je n'avais pas assez de moyens pour vérifier leur authenticité ou quand l'invraisemblance d'un témoignage menace de décrédibiliser l'ensemble. Tout est déjà assez extravagant je ne voulais pas qu'on pense que j'en rajoute ! J'en ai plutôt enlevé. Même si la concentration de 10 ans, avec des aller-retour dans les années 70-80, dans un seul livre accentue l'aspect aberrant de l'ensemble.

Quelle était la programmation type du Brady quand vous y officiez ? Pouvez-vous nous expliquer ce qu'était un «  double programme  »  ?

Gérard notre programmateur essayait de faire un cinéma plus cinéphile classique, voire un cinéma de quartier familial, tout en passant des Mocky, du cinéma bis et en composant avec une clientèle interlope de clochards, une mission impossible ! Ce qui amène quelques séquences d'anthologies dans le livre. On passait un gore à côté d'un film pour enfants… 
Un double programme et permanent est un cinéma qui offre au client deux films pour le prix d'un, tout en lui permettant de rentrer à n'importe quel moment et d'en sortir à la fin de la journée s'il le désire. C'est ce qui attirait les clochards qui venaient pour dormir.  


Jean le projectionniste qui a travaillé longtemps au Brady vous a raconté la fameuse époque où les copies des films projetés dans les cinémas de quartier (comme au Colorado) étaient «  repassées ». Expliquez-nous un peu cette histoire des trafics de copies aux séquences, ou images coupées, revendues ou conservées précieusement par des collectionneurs.

Certains maniaques étaient prêts à payer pour obtenir des photogrammes de monstres ou de femmes dénudées. Jean-Pierre Dionnet m'a avoué avoir passé commande pour une actrice un peu dénudée… Les projectionnistes peu scrupuleux faisaient un petit trafic. Du coup certains bissophiles n'étaient jamais sûrs de ce qu'ils allaient voir. Quant aux copies elles étaient aussi sujet à diverses magouilles et tripatouillages (scènes interverties, films raccourcis pour mettre plus de séances, droits escamotés…) 

Avez-vous gardé le contact avec quelques-uns des spectateurs cinéphiles, en particulier Laurent le Bissophile ?

Oui, c'est devenu un ami. Contrairement à d'autres personnages du livre, il a un téléphone et une adresse...

Avez-vous gardé quelques objets souvenirs de votre passage au Brady ?

Je le regrette. Pas beaucoup. Quelques affiches, des panneaux d'affichage, le mot de Francis Huster à Mocky, le miroir des prostituées (il sert à me couper les cheveux).


Vous racontez dans votre livre que les deux années passées au Brady vous ont paru avoir duré 10 ans. Diriez-vous que cette expérience a changé votre regard sur la société ?

Oui forcément. Cela a changé mon regard sur le cinéma certainement. Pour la société, j'avais déjà un regard acéré, je passais mon temps à faire la navette entre un pays de l'Est communiste plutôt pauvre et un pays occidental riche.

Quel regard portez-vous sur les opportunités qu’offrent désormais internet en matière de visibilité du cinéma bis  : via les nombreux sites et forums, ou même ces souscriptions qui permettent de lancer la publication de livres et coffrets collector  ?
Internet aurait-il apporté un regain d'intérêt pour cette époque et amené les nouvelles générations vers ce genre de cinéma, ou est-ce toujours (malheureusement ?) un cercle fermé ?

Oui je pense que ça a contribué à montrer des choses auxquelles on a difficilement accès. Internet permet de tout voir. Le problème avec ces genres bizarres qui n'attirent pas toujours les foules et qui ne sont pas souvent défendus (même s'ils le sont de plus en plus) c'est que si la majorité de son public le consomme gratuitement, les films vont disparaître ou ne pas être produits tout simplement. C'était déjà le cas avec le 35mm. Et après ils vont pleurer qu'une copie n'est visible qu'en pixel Mp4 plus neige de VHS


Allez-vous parfois aux soirées Bis de la Cinémathèque de Paris présentées par l'inénarrable Jean-François Rauger ? Y aurait-il des «  rescapés » du Brady d'après vous ?

Je n'y vais pas assez à mon goût. Les rescapés du Brady ont entre 40 et 100 ans, ça fait du monde… On peut en croiser là-bas c'est sûr. À Metaluna aussi (Ex-Movies 2000 la boutique spécialisée de Jean-Pierre Putters) Et Mad Movies ou Starfix ayant beaucoup fait pour sa légende, ce cinéma est mythique dans toute la France !

Jean-Pierre Mocky, l'ancien directeur du Brady, a-t-il lu votre livre, et si oui, savez-vous ce qu'il en a pensé ? (On ne peut s'empêcher d'imaginer le scénario qu'il pourrait en faire !)

Il a trouvé ça :  « pittoresque » et m'a poussé à tout raconter, « Il faut dire les choses ». Et pour ça je lui tire mon chapeau bien bas. Je ne sais pas si beaucoup de réalisateurs accepteraient ce regard sans compromis sur eux. 
  

Avez-vous d'autres projets d'écriture, et si c'est le cas, seront-ils en rapport avec l'univers du cinéma ?

Un projet avec des bûcherons savoyards cinglés, un autre avec des Métalleux pendant la chute du communisme en Bulgarie. Toujours un rapport avec des fêlés...

Question bonus du Dr Franknfurter :

Avez-vous progressé dans vos reprises à la guitare acoustique, en particulier celle de Postmortem de Slayer  ?

Hum non. Il faut la jouer avec une guitare électrique. J'ai arrêté la musique quand j'ai commencé à écrire. On ne peut pas tout faire. Par contre je découvre que je peux chanter de manière gutturale et grave comme le chanteur de Cannibal corpse. Mais j'avoue que ça ne me sert pas à grand-chose. À part passer pour un taré auprès de mes voisins, comme ça ils me fichent la paix.


Le Brady, Cinéma des damnés
Auteur : Jacques Thorens 
Editeur : Verticales Phase Deux 
Date de parution : 08/10/2015 
EAN 978-2070107483 
ISBN 2070107485

Post-scriptum de la Dame : Un grand merci à Jacques Thorens qui a bien voulu se prêter au jeu de mes questions « étranges ».

Crédit photos du quartier Château d’Eau : Michel Poirout

Mise en page : Dr FrankNfurter
Entretien que nous avons eu à l'origine sur le site Mondes Étranges.

J’avançais je gagnais de l’espace et du temps...

Il existe au milieu du temps / La possibilité d'une île, dixit Michel Houellebecq, mais il existe aussi un roman que je recommande vivement aux amateurs de Science-Fiction, et La dame dans le radiateur vous donne quelques liens car elle est trop sympa :




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