samedi 6 mai 2017

Il était une légende...

En 1977, Ridley Scott réalise son premier long métrage : The Duellists (Durant 15 ans, deux hussards se poursuivent et s’affrontent en duel à cause d’une simple brouille). Très impressionné par la magnificence des paysages français où il tourne la plupart des scènes de ce film, le réalisateur britannique plus habitué au tournage de films complexes (Blade Runner, Alien) destiné à un public restreint, commence à envisager l’idée d’un film mettant en scène un univers totalement imaginaire, racontant une mythologie plus accessible au « grand public ». Il fait appel au romancier William Hjortsberg afin que celui-ci ébauche un scénario inspiré d’un sujet universel, lié aux souvenirs d’enfance : le conte de fée. 

Dans une forêt enchantée aux arbres immenses et magnifiques, divers personnages et animaux vivent en harmonie avec des créatures fabuleuses (lutins, elfes et autres farfadets). Tous les habitants de la forêt vivent heureux grâce à la protection d’un couple de licornes sacrées. Mais le danger menace : Darkness, le seigneur des Ténèbres (incarné par Tim Curry himself !) attend, caché dans les entrailles de la terre, son heure… Lily, une toute jeune et belle princesse, va provoquer, à cause de son insouciance, la mort d’une des licornes et réveiller les forces du mal. Le fragile équilibre du monde de la lumière bascule alors. La forêt et ses habitants se figent dans une glaciation soudaine. La princesse Lily (Mia Sara, Timecop) aidée de son ami Jack (Tom Cruise alors acteur débutant) et de Gump (l’incroyable David Bennent mais sans son Tambour), lui-même secondé d’une fée clochette au fichu caractère, décident d’affronter Darkness dans son propre royaume voué au mal. 


Legend, comme Dark Crystal ou Le Seigneur des Anneaux, raconte la quête éternelle du héros au cœur pur et au courage sans faille affrontant les forces du mal pour rétablir l’ordre du monde. Ce scénario n’a bien sûr rien de révolutionnaire. Par contre, la réalisation maîtrisée et minutieuse, ainsi que la conception visuelle de la forêt enchantée et du royaume des ténèbres font de Legend une première dans l’histoire du cinéma et un film unique où le conte de fée de notre enfance prend forme devant nos yeux. 

Tous les décors ont été entièrement reconstitués dans les studios anglais de Pinewood. Ainsi, la forêt et tous ses immenses arbres ont occupé pas moins de six plateaux dont le fameux « oo7 stage » (créé uniquement pour les films James Bond). Point d’effets numériques pour les effets spéciaux de Legend ! Les rayons de lumière que filtrent les feuilles des arbres majestueux semblent émaner de véritables rayons du soleil. Pourtant ce sont d’immenses projecteurs qui font office de source solaire ! Mais c’est pourtant bien la vie qui émane de cette forêt (personnage principal du film). Le souffle d’un vent léger fait s’agiter les feuillages d’un vert tendre, le frémissement d’une mousse épaisse et fraîche invite les habitants à se reposer au pied d’un tronc millénaire, le bourdonnement des insectes se mêlant au pollen virevoltant dans l’air frais, accompagne les chants d’oiseaux multicolores. Grâce à un tel contrôle de l’environnement végétal (impossible dans des décors naturels), l’univers propre aux contes de fée prend vie, renforcé par la présence d’animaux réels : loups, biches, lièvres, grenouilles, vers luisants, oiseaux… (et licornes, cqfd). C’est ce qui fait la différence avec les films de Jim Henson (Labyrinth, Dark Crystal) où toutes les créatures sont issues de l’imaginaire Fantasy, voir même burlesque pour Labyrinth. D’ailleurs Ridley Scott dira à l’époque, qu’ « au départ, le film se voulait une célébration de la nature. » 

La représentation du royaume de Darkness est d’autant plus sombre que la forêt est merveilleuse. Les colonnes immenses aux sculptures démoniaques soutenant les voûtes du château maléfique terré dans les entrailles de la forêt rendent l’impression d’un monde aussi immense que celui de la Lumière. La cuisine dont l’âtre de la cheminée ressemble plus à une gueule béante crachant des flammes (de l’enfer !) grouille d’ogres cuisiniers affairés aux repas du Malin, sous le regard terrifié des prisonniers destinés à finir dans les plats. Toute cette richesse picturale permet à Ridley Scott de mettre en scène à l’échelle réelle un monde aussi féerique que démoniaque. 


De nombreux personnages au caractère bien défini et autres créatures peuplent ce monde de légendes : Darkness est le personnage le plus représentatif de la créativité et de l’originalité de ce film. L’acteur Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show) met la subtilité de son jeu ainsi que sa voix puissante au service du rôle et, malgré l’impressionnant maquillage qui le recouvre entièrement, Tim Curry donne au seigneur du mal une dimension terrifiante et majestueuse, inspirée principalement par le diable de Fantasia. Sublime ! Toutes les créatures qui font du conte de fée la plus merveilleuse des histoires à raconter (et à voir grâce à Ridley Scott) n’ont pas été oubliées : les méchants ogres et autres inquiétants Gobelins, les lutins, les elfes et farfadets, la curieuse créature Gump, judicieusement incarné par David Bennent, au corps juvénile, dont le regard et le sourire semblent pourtant si mystérieux et inquiétant, les gracieuses licornes (deux magnifiques chevaux d’un blanc immaculé) et bien sûr la princesse et son fidèle et courageux ami prennent vie dans cet univers aux décors naturels et pourtant magiques si minutieusement reconstitués. A noter la puissante et envoûtante musique de Jerry Goldsmith (dans la version européenne du film), ainsi que les maquillages spécialement conçus pour ce film par Rob Bottin (Robocop, Fight Club). Même si l’histoire et les personnages restent très manichéens,

Legend est un film qui a traversé le temps sans prendre aucune ride, restituant parfaitement l’univers merveilleux et inquiétant des contes de fée.


Réalisation : Ridley Scott
Scénario : William Hjortsberg
Décors : Leslie Dilley et Assheton Gorton
Costumes : Charles Knode
Photographie : Alex Thomson
Musique : Jerry Goldsmith (version européenne), Tangerine Dream (version américaine)
Pays d'origine : Royaume-Uni, États-Unis
Genre : fantasy
Durée : 125 minutes et 94 minutes (version internationale), 114 minutes (director's cut)
Sortie le 13 décembre 1985

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