vendredi 12 avril 2013

Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. L'Autre - 1972

L’Autre (The Other, 1972) est un film important dans le cinéma fantastique. Il va influencer beaucoup de réalisateurs dont Brian De Palma (Soeurs de sang, 1973), John Carpenter (Halloween, 1978), M Night Shyamalan (Sixième Sens, 1999), mais aussi Hideo Nakata, le réalisateur de Dark Water en 2002.


Dans les années 30, au fin fond du Connecticut, la vie s’écoule paisiblement dans la ferme des Perry. Ada, la grand-mère russe un peu fantasque veille sur Niles jeune garçon de 9 ans qui se laisse entraîner dans les jeux téméraires de son frère jumeau Holland. Mais la vie paisible de cette petite maison dans la prairie va bientôt sombrer dans le cauchemar...

  

La représentation nostalgique de l’Enfance (et de la perte de l’innocence) est très bien rendue dans ce film de Robert Mulligan, un réalisateur assez méconnu des années 70 (1). Tandis que le film s’écoule lentement, comme l’été brûlant et les jeux des jumeaux, un sentiment de malaise s’installe dès les premières scènes. On comprend bien vite que les jumeaux, deux adorables bambins aux regards pleins de douceur, partagent un lourd secret. Ainsi le bruit qui résonne dans la mystérieuse boite en fer à laquelle Niles, l’un des jumeaux, se cramponne pendant tout le film n’est surement pas le bruit d’une bille de terre ! 

Le calme des après-midi ensoleillés, le chant lancinant des oiseaux, le bleu azur du ciel et la musique envoûtante de Jerry Goldsmith (L’ Age de cristal, 1976, The Omen, 1977, Les évadés de la planète des singes, 1971) renforce l’idée de douceur liée à l’enfance : les joies des parties de cache-cache, le vol de pots de confiture, la grange et ses recoins protecteurs... 

C’est cette particularité du film de Robert Mulligan qui en fait un chef-d’oeuvre du cinéma d’horreur : dans une lenteur presque agaçante, il montre le quotidien d’un tueur en série de 9 ans ! 

On découvre très lentement, voire sereinement, comme le sont les deux jumeaux, les "accidents" qui vont se produire. 
D’abord un rat blanc est malencontreusement étouffé par Holland sous le regard interrogateur de son frère, puis tout bascule : c’est le cousin qui tombe sur une fourche, la mère des jumeaux subira elle aussi un terrible accident, le père, lui, est mort (sans que l’on apprenne comment) avant que ne commence le film, un nouveau-né connaîtra lui-aussi une triste fin, jusqu’à la mort horrible de Ada la grand-mère russe un peu sorcière. A noter que la scène de la mort d’Ada fait penser à Carrie de Brian De Palma : la mère de Carrie est elle-aussi vêtue d’une longue chemise de nuit blanche, portant de longs cheveux roux. Elle veut entraîner Carrie avec elle dans les flammes qui ravagent leur maison, tout comme Ada veut enfermer les jumeaux dans la grange en feu afin d’expier leurs pêchés.

Ada, la grand-mère des jumeaux et Margaret White, la mère de Carrie

L’Autre est un film éprouvant. Les regards tout en douceur et interrogatifs, les non-dits des jumeaux deviennent terrifiants quand on découvre la vérité. 

Il n’y a point de Diable réincarné dans le corps d'un enfant, comme c’est le cas dans The Omen, mais la terrible représentation de la schizophrénie propre à l’enfance quand l’innocence lutte contre la violence des déceptions, du désir naissant ou de l’acceptation de la mort d’un proche. 

C’est la liberté des sentiments chers à l’enfance qui refuse de se plier aux lois des adultes. 


(1) Un été 42 est un beau souvenir télévisuel, avec une sublime musique de Michel Legrand :



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