mercredi 27 juin 2012

La Tendresse du maudit - 1982

Il y a des films, des chansons, des photographies qui vous marqueront à jamais. Il y a des personnes bien évidemment qui influenceront vos actes ou vous accompagneront tout au long de votre vie, mais il y a également parfois des personnages imaginaires qui viendront se rappeler à vous de temps en temps comme ce Tendre Maudit découvert il y a bien longtemps dans un court-métrage de dix minutes dans La 25ème Heure de Jacques Perrin. Une émission diffusée sur Antenne 2 à l'époque, où l'on pouvait voir d'incroyables documentaires inédits ou de magnifiques films d'animation (1).
Je vis de nouveau ce Maudit lors d'une promenade dominicale près de la Cathédrale Notre-Dame il y a quelques jours...


A l’âge de 13 ans, Jean-Manuel Costa réalise des films d’animations en volume en mettant en scène ses jouets d’enfance. Quelques années plus tard il réalise un chef-d’œuvre obtenant le César du meilleur court métrage d’animation en 1982 avec La Tendresse du maudit.

Un an après avoir obtenu cette récompense bien méritée pour cette perle animée, Jean-Manuel Costa confirme son talent de spécialiste des effets spéciaux (assez rare en France) avec son second court, lui aussi couronné par un nouveau César et toujours dans le genre fantastique, Le Voyage d’Orphée : un long et magnifique travelling animé racontant la descente aux enfers d’Orphée pour retrouver Eurydice sa bien-aimée. le jeune réalisateur s’inspire du King-Kong de 1933 et donne vie à l’une des Gargouilles de la Cathédrale Notre-Dame.
Après un cataclysme nucléaire, une Gargouille décide de défier la Mort et le Mal (représentés par un squelette), puis meurt en voulant « atteindre » le Bien en touchant une statue de la Vierge dont la créature au faciès monstrueux et au regard désespéré était tombée amoureuse.


Dans chacun des courts-métrages de Jean-manuel Costa, il y a cette quête de l’amour impossible qui est toujours magnifié dans des plans minutieusement travaillés. Bien évidemment on peut évoquer les animations de Ray Harryhausen ( Jason et les Argonautes, le Choc des Titans, le septième voyage de Sinbad , etc…). Pourtant le style de Jean-Manuel Costa semble plus ambitieux et c’est vers l’Expressionnisme allemand des films muets des années 20 que son travail semble se diriger. Ainsi ses images animées sont aussi belles, voir élégantes, que des prises de vues réelles. A noter le rendu magnifique des éclairages pour l’ombre et la lumière dans la Cathédrale Notre-Dame.

Jean-Manuel Costa utilise pour son Tendre Maudit et pour son Orphée une caméra 35mm qu’il a lui-même conçue facilitant ainsi les effets de travellings. On peut suivre alors chaque personnage marchant à sa propre vitesse. Remarquable d’ingéniosité ! Afin de faciliter la pose pendant la prise de vue de ses personnages, pas moins de douze articulations sont placées en forme de rotules : c’est « l’articulation Balls & Sockets », méthode utilisée à l’époque aux USA.

Le lyrisme de chacun de ses films, renforcé par un rythme soutenu dans chaque plan, ainsi qu’une histoire forte évoquant la Condition Humaine dans ce qu’elle a de plus absurde ou pathétique, font du travail de Jean-Manuel Costa une œuvre unique en France.



Post-scriptum de la Dame : le fameux générique de l’émission Temps X des frères Bogdanoff a été réalisé par Jean-Manuel Costa, qui a aussi réalisé (il me semble) les SPFX d’Astrolab 22 et Hercule 2

(1) Si quelqu'un a des informations concernant La 25 heure qu'il n'hésite pas à faire partager !

A suivre...



2 commentaires:

  1. excellent "tendre maudit"... excellente "25e heure" produite par l'inénarrable perrin. sa diffusion, après minuit dans la nuit du samedi au dimanche, nous fit presque bénir le magnétoscope, à mon humble époque...
    sinon, chère (ex-)angevine, les thugs sortent "come on, people !" avec des dvd qui promettent ! entre autres...

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  2. Tu l'as déjà acheté ? Je pense que oui ;-) Je vais aussi sans doute le faire d'ici peu :-)

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