Sortir du jeu

 "Plus tard, à l'école, au lycée, à la fac, des groupes se forment, des amitiés éclosent ; puis des couples qui compensent, par l'intensité romantique, ce qu'ils perdent en sorties, en camaraderie. Un jour, la bulle éclate, écrivait-il dans son journal, l'iridescence s'évanouit, il ne reste plus qu'un petit être promis à la mort, dans l'indifférence générale. Quand il vit trop longtemps, ce petit être est rangé dans des mouroirs, on le mouche, on le lange, on l'essuie, on le divertit, puis on le jette." 




 

La poursuite de l'idéal, Patrice Jean 
Editions Gallimard, Collection Folio 
2021

Le secret de la femme en noir


" (...) Je n'oublierai jamais les anciens jours d'amitié et d'intimité avec lui, alors que je posais pour lui et que son esprit si charmant me tenait en éveil pendant ces longues heures."




Berthe Morisot : Le Secret de la femme en noir 
Dominique Bona
Le Livre de Poche 
Octobre 2002 
378 pages
ISBN ‏ : ‎ 978-0820417967

Retour aux sources

 


Black & Noir, enragez-vous ! 


Patrick Foulhoux 
Editeur : Metro Beach 
Date de parution : 11 octobre 2024 
EAN : 9782957430826 
Prix : 14€

La nuit...


Les arbres parlent la nuit

Tous les hiboux les écoutent

Ils renversent sur leurs plumes

L'encre sombre des poètes,

Et dessinent de leurs ailes

Aux couleurs charbonneuses, 

Des rêves noirs dans le ciel.

En français dans le texte

Voyageuse immobile, j'aimerais vivre un conte d'été Rohmerien, et me perdre dans ces égarements passagers - mais denses - d'une introspection poétique surannée.

Le Monde d'après - Partie 2

 

                                                         
 (...) 
pour faire mourir 
   les hommes par l'épée, 
par la famine, par la mortalité 
              (...)                       

Les Temps morts - Partie 1




Épreuve par neuf

SANS LIMITE
MARCHANDER
DEPROGRAMMER
AUTOMATE
DENATURER
FALSIFIER
HYBRIDES




Phase IV de Saul Bass (1974)

Tribute to Roland Topor ?



 

Onis soit qui mal y pense

9 pages d'extraits en version papier 


Le roman de science-fiction Onis, les Lumières d'Abak est toujours en vente pour la modique somme de 10€99, il contient 405 pages de mondes sombres et féeriques, et se commande en ligne à la Fnac, chez AmazonCultura, entre autre...

"Nous avons existé, telle est notre légende"

Il y a des films, des œuvres diverses qui nous accompagneront toujours. Ces œuvres nous ont interpellé à un moment donné, pour nous marquer à jamais. Elles nous auront peut-être aidé à comprendre des événements difficiles dans notre vie, voire à avancer vers un renouveau. Il y a aussi des livres qui racontent des histoires caractéristiques, sorte d'échos à notre existence. Je n'évoque pas les livres inspirés du développement personnel qui débordent dans les rayons des librairies, sous promesse de résilience (le terme est à la mode !), mais le premier roman bouleversant de l'auteur Jérome Baverey.


Octobre 2019. 
Une histoire d’amour s'achève par la rupture incompréhensible de celle qu'il pensait être son « âme sœur » rencontrée trois ans plus tôt. Après un an, resté seul avec les souvenirs de « ces bonheurs vécus, éléments scintillants et célestes d'un accord parfait », l'auteur Jérome Baverey nous fait partager avec pudeur et sans amertume, cette histoire d'amour sublimée dans une glorification des sentiments à la fois très personnelle, mais pourtant bien éternelle. 

La Dame dans le radiateur a découvert « par hasard » (si le hasard existe) ce roman autobiographique au titre éloquent : Bonheurs perdus, provoquant chez la Dame, la réminiscence de stigmates mélancoliques. Son intuition ne s'était pas trompée et les extraits sur le site éditeur achevèrent de la pousser à commander ce roman racontant les souvenirs aussi pudiques qu'exaltants d'une histoire d'amour sur fond de passion cinéphile et musicale, et dont la fin « injuste » ne pouvait que toucher la Dame ! Il n'est pas nécessaire d'être un lecteur cinéphile averti et avoir connu une belle romance pour être marqué par ce livre. La force d'un récit - inspiré ou non d'une histoire vécue – est d'emporter le lecteur dans un univers qui lui est propre, mais qui lui fait ressentir des émotions fortes et sincères. Bonheurs perdus, nous raconte l'amour vrai et inattendu qui surgit dans la vie d'un homme qui depuis l'adolescence consacrait son temps libre à la passion du cinéma et de la musique. Un peu renfermé dans cette confortable et rassurante bulle, il est convaincu que son mode de vie presque atypique ne peut correspondre à une vie de couple (1). Pourtant, un jour sans que cet homme s'y attende, il croise le chemin de LA femme dont il n'osait seulement à peine rêver. Cette femme va porter un réel intérêt à son univers, puis à sa personnalité marquée par le monde du cinéma et de la musique (Il l’emmènera très vite écumer les festivals de films de Cannes à Locarno). Cet être à la personnalité forte et fine d'esprit saura éveiller le désir en lui, et cette envie toute nouvelle de vouloir vivre un jour une vie de couple. 

Paris tient une part belle dans cette histoire piquante et magnifiée qui commence alors entre cet homme et cette femme dont le désir de vivre une aventure passionnante se ressent dans chacun des bonheurs qui sont dépeints, en particulier, une de ces scènes (tableaux) racontant une soirée à l'Opéra Garnier, où l'auteur ne cesse de lever les yeux afin d'admirer le magnifique plafond peint par Chagall. Les théâtres et les concerts, les promenades dans les jardins parisiens, véritables havres de paix, estompant l'agitation des grandes avenues, sont aussi des témoins de ce bonheur complice, les librairies spécialisées, évocation d'un Paris disparu - celui des cinémas de quartier - vont les entraîner bien évidement à la Cinémathèque de Paris, découvrant les expositions grandioses comme celle de Sergio Leone. L'auteur décrit avec pudeur, et avec une plume trempée dans une émotion poignante, ces moments de bonheurs marquants, où l'être tant chéri se trouve toujours à ses côtés. 

Dans son roman, Jérome Baverey, pose régulièrement cette question : « Je ne sais pas pour les autres, mais... ». Nombreux – je l'espère – sont ceux qui ont connu ces moments de grâce, où nous sommes certains d'être au bon endroit avec la bonne personne. Ce roman bouleverse autant qu'il apaise car il nous fait partager et (re)vivre à la fois les bonheurs « révolus » d'un amour entier, mais ces instants parfaits, ne disparaitront jamais, car ils ont fait de ceux qui les ont vécus ce qu'ils sont : des êtres à jamais sensibles et sincères. Le roman est parsemé de nombreuses anecdotes bouleversantes qui montrent bien la sincérité de cet homme qui s'est battu pour entretenir l'amour qu'il porte à cette femme : « Cela ne m'empêchait pas de vous déposer devant ta porte les week-end où tu étais avec lui (2), quand je passais devant chez toi au retour de la boulangerie, des croissants et des gâteaux dont un éclair qui était (et est toujours je l'espère) son pêché mignon.» 

Le côté cinéphile de la Dame dans le radiateur, lui fait évoquer l'idée d'un film mettant en scène cette histoire d'amour. On y verrait le pittoresque jardin anglais de l'Aimée, les week-end en Italie, l'effervescence du festival de Cannes, la légèreté des fêtes de Noël, la folle fuite du couple après un dîner au restaurant sans payer, etc... 

Qui sait si ces deux êtres ne se retrouveront pas un jour ? C'est ce que la Dame leur souhaite, mais si ce n'est pas le cas, ces bonheurs ne se seront jamais totalement perdus, car l'auteur a su les faire partager dans une bouleversante ode à l'Amour, dédicacée à l'âme sœur. Alors, qu'il destinait cette histoire à une sorte de catharsis libératrice (pardonnez le pléonasme), Jérome Baverey s'est laissé convaincre par son entourage, et a décidé de publier son récit autobiographique, dans un style simple et profond, toujours emplis de pudeur et d'émotion. Il emmène son lecteur dans un beau et tendre road-movie, comme un clin d’œil au Cinéma qui lui est cher, faisant partager de magnifiques endroits tout en gardant une part introspective à ces bonheurs vécus. 

Son second roman est déjà attendu par la Dame dans le radiateur, à noter qu'il devrait être entièrement destiné au 7e Art ! 

Mais il est temps de tourner la page... Extraits : 

« A une époque où l'on pourrait remettre en doute le bien-fondé des religions qui ne sont que des sources de haines et de conflits entre les peuples du monde, ma religion à moi c'est le cinéma et ce depuis tout petit. » 

« Tu as trouvé ça « tellement génial et romantique » de se rapprocher sur un album et de s'éloigner sur le suivant. » 

« Je retournerai surement dans tous ces endroits où notre histoire a laissé des souvenirs qui n'appartiennent qu'à nous. Mais j'y retournerai seul. Je ne les ferai découvrir à personne d'autre. Ils font partis de notre jardin secret, de notre univers. Jardins désormais un peu triste, mais aussi beau et mélancolique que ton jardin anglais. Jardin que je m’efforcerai de venir entretenir de temps à autre afin qu'il se rappelle à nous et ne meure jamais. » 


Titre : Bonheurs perdus
Auteur : Jérome Baverey
Reliures : Dos carré collé 
Formats : 11x17 cm 
Pages : 121 
Impression : Noir et blanc 
N° ISBN : 9782957706808 
Prix : 8€50

(1) Consacrer sa vie, en tout cas tous ses loisirs depuis l'adolescence, à la passion du cinéma ou de la musique, c'est un peu refuser un certain conformisme, car on sait pertinemment que cette passion dévorante sera difficilement partagée avec une autre personne.

(2) Lui, incarnant le fils de l'être aimé.

Post-Scriptum de la Dame : Le titre de cet article est extrait du poème La disparition, dans le recueil La poursuite du bonheur de l'écrivain chouchou de la Dame : Michel Houellebecq.

Ailleurs

La tête dans les étoiles...


ou allongée dans l'herbe.


 Tous les endroits sont parfaits pour se plonger dans Onis, les Lumières d'Abak !

Eaux étranges

Le soleil d'hiver commence à baisser, créant des reflets sur l'étang qui éblouie le marcheur. 
Rêveur.

Puis une photo comme souvenir, et une forme apparait au-dessus des eaux étranges. 
Mystère.

"Les rêves, c'est rien que des mensonges"

Sandrine Collette est devenue l'une des grands auteurs du thriller français, sinon la première. Mais je ne suis pas là pour vous faire un classement, et parlons plutôt de ses livres, en particulier de son roman post-apocalyptique Et toujours les forêts, paru chez Jean-Claude Lattès, en janvier dernier. 
Je n'avais pas voulu lire le pitch de l'histoire, préférant découvrir, à mesure de la lecture, le sujet de ce roman. Le titre laisse songeur, et rappelle d'autres titres de ses livres (1), comme une continuité certes, mais en abordant plus concrètement ce thème de plus en plus utilisé chez les écrivains français actuels (il était temps depuis Barjavel ou Robert Merle) : le monde post-apocalyptique. 

Le sujet est d'actualité ! N'avons-nous pas basculé il y a quelques mois dans un pathétique Nouveau Monde ? Mais revenons à nos forêts. 

Sandrine Collette préfère vivre loin des villes, et c'est dans le Morvan qu'elle a choisi de s'installer. On retrouve dans tous ses romans, son attrait pour les grands espaces, la campagne perdue, la forêt profonde, sans oublier la mer et les coteaux de vignes. Dans des histoires ancrées dans une réalité âpre, les personnages basculent souvent dans une sorte de conte "moderne"(2), où la fiction bascule, sans que l'on s'y attende, dans une étrangeté tragique. 


Il était une fois, Corentin, un enfant traîné de foyer en foyer depuis son enfance, avant que sa mère (jeune femme volage qui aura en phrase d'adieu : «File, merde.») revienne le chercher pour l'abandonner aussitôt à Augustine, une arrière grand-mère un peu lugubre qui habite le hameau où il est né. La vie triste de Corentin prend un nouveau chemin dans cette vallée isolée au cœur des forêts, mais grâce à Augustine, il reçoit enfin un peu d'amour et de l'éducation, puis la Grande Ville l'appelle pour y faire des études supérieures. Corentin découvre les soirées enfumées aux conversations alcoolisées, aux fêtes et aux amourettes mornes. Ni lui, ni ses amis étudiants, ni personne ne voit le monde tel qu'il est : une terre meurtrie au climat devenu hostile. Le monde implose durant une nuit qui ressemble pourtant à tant d'autres, mais où il ne restera plus rien. Le monde s'est éteint, mais Corentin a survécu par miracle, coincé avec ses amis dans les catacombes où ils faisaient la fête. Quand ils découvrent la désolation autour d'eux, chacun décide de partir de son côté dans l'espoir de retrouver les siens. Corentin, resté seul parmi les cadavres et les vestiges de la Grande Ville, est déterminé à retrouver Augustine. Il prend alors la décision de longer les voies du chemin de fer pour rejoindre les Forêts à pieds. 

On pense bien évidemment au roman de Cormac McCarthy, La Route. Mais c'est bien la plume de Sandrine Collette que l'on retrouve dans Et toujours les forêts. Dans ce roman, les personnages doivent trainer l'histoire tragique de leur famille (ce fil rouge que l'on retrouve dans tous les romans de l'auteur) tout en devant se battre - en même temps que la Nature - pour survivre dans un monde éteint, où la violence des derniers hommes est d'autant plus exacerbée qu'elle a dû repousser la frontière entre l'humanité et l'animalité. Cette Nature, où les arbres dépouillés de tout feuillage sont devenus aussi noirs que l'espoir de Corentin, où le ciel gris ne fait plus passer aucune lumière, où seul le silence oppressant règne... et la peur en permanence. 
La survie d'un chiot aveugle trouvé dans sa pérégrination retient Corentin à ce monde figé dans la flétrissure, et puis il y a Augustine, qui l'attend depuis ce jour où il est parti pour la Grande Ville. Dans cette quête éperdue de survie dans un monde de solitude, Corentin veut voir la vie dans le moindre brin d'herbe dont la pâle verdeur balbutiante contraste avec la noirceur qui règne partout et dans ces petites formes étranges et grises qui s'agitent dans les rivières croupissantes. 

Et toujours les forêts conte une histoire prenante, dont le style cinématographique (3) ne fait jamais l'impasse sur la poésie déchirante d'une Nature quasi mystique, et personnage à part entière du roman.

L'espoir est là malgré tout, qui subsiste dans ces forêts mortes. Les jours et les années passent amenant des heures interminables de rudesses pour Corentin, mais l'expérience de son enfance meurtrie par une mère indigne, lui a permis de se modeler un caractère salutaire pour s'adapter à ce destin sinistre. Dans une nature mortifiée, Corentin va réussir à se créer une famille, où les sentiments seront forcés au départ, faisant fi de tout sentimentalisme évidemment hors de propos dans un monde apocalyptique, mais où peu à peu, telle une nature renaissante, l'harmonie et l'espérance gagneront. 

Et toujours les forêts reste avant tout une histoire de résilience sur fond d'apocalypse à la française

Le roman a obtenu de nombreux prix :  Prix de la Closerie des Lilas 20204,5, Grand prix RTL-Lire 2020, Prix du Livre France Bleu - Page des Libraires, ainsi que le prix Amerigo-Vespucci. 


Quelques citations :

Ce fut la fin du monde et ils n'en surent rien. Il regardait les Forêts et cela lui faisait penser à un dessin à l’encre de Chine, cela lui faisait penser à des squelettes que quelqu’un aurait peints en noir avec la régularité et l’acharnement d’un être malade.  

Quand il s’agit de survivre, on trouve en soi des ressources insoupçonnées, des forces impossibles. Quand il s’agit de survivre, on ne trébuche pas : on ne tombe qu’au dernier moment.  

S'il n'y avait plus d'étoiles. Il n'y avait plus à perdre son regard dans le ciel, il n'y avait plus de quoi rêver.

Les rêves, c'est rien que des mensonges. 

(1) Le roman Un vent de cendres paru chez Denoël en 2015, renvoie lui-aussi avec son titre à une atmosphère de désagrégation naturelle. Son roman paru en 2014, Il reste la poussière, baigne de même dans une ambiance crépusculaire et aride. Le titre de son livre Les larmes noires sur la Terre sorti en 2017, est très évocateur d'un contexte de fin du Monde, où règne la désolation. 

(2) Dans Un vent de cendres Sandrine Collette transporte le conte La Belle et la Bête, dans le vignoble champenois. 

(3) Espérons la préparation à venir d'un film (une série dirons-nous dorénavant) prochainement ! 

Titre : Et toujours les forêts 
Auteur: Sandrine Collette 
Éditeur: JC Lattès 
Genre: Roman 
Année : 01/2020 
Pays: France
ISBN : 9782709666152